Que produisent ces millions de sons et d'images que nous voyons passer chaque année devant nos yeux et entre nos oreilles, par nos téléphones portables, nos ordinateurs ou nos tablettes ? Quelles catégories esthétiques correspondent à l'époque de la démocratisation des biens d'équipement et de l'amateurisme consacré ? Où l'art contemporain peut-il bien se nicher dans les réseaux sociaux ? Et comment les artistes préservent-ils leur autonomie ? De même, dans le champ de la recherche, est-il encore possible d'avoir une réflexion et des pratiques désintéressées dans un environnement scientifique affecté par la dérégulation des industries télécommunications et l'hégémonie des industries culturelles ? Posant pour postulat que notre époque est celle du faussement durable et de l'obsolescence programmée dans laquelle les algorithmes altèrent les structures de l'expérience, le groupe de recherche sur la basse définition et les standards numériques initié par Nicolas Thély regroupant Annie Gentès, Anne Laforet, David-Olivier Lartigaud, Karine Lebrun, Gilles Rouffineau et Stéphane Sauzedde, s'est enquis d'interroger ce qui gouverne aujourd'hui les manières de penser et de créer des acteurs du monde de l'art. Accompagnés d'élèves et d'étudiants de quatre écoles d'art (Quimper, Valence, Grenoble et Annecy), de l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, de l'École nationale supérieure des télécommunications (ParisTech) et de l'université Pierre Mendes France (Grenoble), ils ont mis en place, entre 2008 et 2010, des dispositifs d'expérimentation mettant à l'épreuve les formats donnés et définis du travail de la recherche en art. Fruit de cette conduite Basse déf. (Own Keywords) est un ouvrage à l'attention des curieux et des amateurs d'art, au sens noble du terme, dans lequel les oeuvres d'artistes et les notions esthétiques viennent se frotter aux créations des nouveaux amateurs et des produits de consommation culturelle redistribués par les algorithmes des plateformes de partage et les internautes eux-mêmes. Partant d'un mot, d'une expression ou bien d'un titre d'oeuvre, Basse déf. (Own Keywords) envisage l'art comme une aventure collective chargée d'expériences singulières. C'est pourquoi il prend la forme d'un guide de requête, à plusieurs voix, qui a pour ambition de laisser au lecteur le soin de s'installer dans une expérience, de parcourir les connexions hasardeuses du réseau Internet, bref d'apprendre à devenir spectateur là où il ne s'y attend pas.
Dans Le Tournant numérique de l'Esthétique, Nicolas Thély examine avec précision les ressorts esthétiques des pratiques artistiques et culturelles "travaillées" par internet et les technologies numériques. Y a-t-il des singularités liées à l'usage des "nouvelles" technologies ? Avec la lecture propre du philosophe de l'art, il repense l'acte de création mais aussi de promotion et de carrière des artistes et de leurs oeuvres à la lumière des pratiques propulsées par internet depuis une quinzaine d'années. Avec le bouleversement de la distinction de l'artiste et l'émergence de pratiques dites amateurs, sommes-nous en train d'assister à une nouvelle définition des formes, à une radicale redistribution des références culturelles, à une réelle transformation de l'oeuvre et implicitement du regard que nous portons sur elle ? Ce sont ces questions qui sont ici en jeu, avec la rigueur et le recul qu'il se doit.
Beauregard Christophe ; Thély Nicolas ; Mitz Vladi
Christophe Beauregard néglige les cicatrices et autres clichés de l' " avant après ", et photographie une série de visages anonymes, tous chirurgicalement retouchés. Ces photographies sont accompagnées des textes de Nicolas Thély, critique et maître de conférences à Paris 1, et de Vladimir Mitz, chirurgien plasticien, qui dévoilent leur propre vision " esthétique ".
Les années 2000 ont été marquées le développement du mouvement maker (résultat de la convergence entre la culture numérique de l'open source et des savoir-faire artisanaux), du do it yourself et de la fabrication numérique à l'échelle individuelle, remettant en cause la frontière entre experts et citoyens ordinaires. En bousculant les codes traditionnels du travail, de la production et de l'esprit d'entreprise, le bourgeonnement de pratiques créatives collectives au sein de communautés d'amateurs (notamment par le biais des FabLabs) a entrainé une métamorphose du capitalisme industriel tel qu'il prévalait jusqu'alors. Les activités de création et de fabrication numérique entendues comme les expressions les plus avancées de nouvelles logiques de production ont engendré des schémas de travail qui ont redessiné peu à peu les contours d'une production revendiquée comme appartenant au courant de l'open design, plus "ouverte" , libre ou décentralisée. Plus qu'un état des lieux, l'enquête conduite par Camille Bosqué revient sur des objets ou projets emblématiques du mouvement maker qui ont contribué à renforcer l'importance de l'open design dans le développement de produits concrets, de machines et de systèmes spécifiques au moyen d'informations partagées par tous. Dès lors, ce livre propose d'envisager le design non pas comme une technique ou un métier au service de la rentabilité et de la production de l'industrie classique, mais davantage comme une manière de faire plus exploratoire, qui prend forme dans les marges et se situe historiquement au coeur de multiples contradictions et débats.
Résumé : Cet essai constitue le premier volume dédié à l'élaboration d'un projet critique des publications numériques portant sur les éditions de CD-ROM d'auteur des années 1990. S'appuyant sur des schémas qui présentent des parcours, l'architecture des programmes, ou bien une contextualisation socio-technique de l'époque, Gilles Rouffineau propose des analyses très précises d'objets éditoriaux qui ont marqué la décennie et qui sont aujourd'hui difficilement consultables. Reprise d'un texte initialement rédigé en 2006 cet essai pose la question d'un désir de transmission des données, du partage d'expériences contrarié par l'obsolescence technique et l'incertitude de positionnement de ces objets culturels.
La Gentrification des esprits est un retour captivant sur la crise du sida et l'activisme d'ACT UP dans le New York des années 1980 et 1990. Sarah Schulman, elle-même new-yorkaise et militante de la cause LGBTQIA+, se souvient de la disparition du centre-ville, pratiquement du jour au lendemain, de la culture rebelle queer, des loyers à bas coût et du prolifique mouvement artistique qui se développait au coeur de Manhattan, remplacés par des porte-parole gays conservateurs, ainsi que par le consumérisme de masse. Elle décrit avec précision et engagement le "? remplacement d'une communauté par une autre ? " et le processus de gentrification qui toucha ces quartiers concomitamment à la crise du sida. Sarah Schulman fait revivre pour nous le Lower East Side qu'elle a connu. Elle ravive autant le souvenir de ses ami·es de l'avant-garde queer que celui de l'ombre inquiétante des premières années de la crise du sida, telles que vécues par une militante. Les souvenirs personnels s'entremêlent à une analyse percutante des deux phénomènes, et du poids invisible qu'ils font aujourd'hui peser sur la société étatsunienne. L'autrice rend compte de son expérience en tant que témoin de la "? perte de l'imagination ? " de toute une génération, et des conséquences entraînées par cette dernière. Cette nouvelle édition sera augmentée d'une préface inédite de l'autrice, remettant ce livre publié en anglais en 2012 dans le contexte des années 2020.
Toxicité coloniale revient sur les programmes d'essais nucléaires français menés entre 1960 et 1966 dans le Sahara algérien. Ce programme secret, qui s'est déroulé pendant et après la guerre d'indépendance algérienne (1954-1962), a permis au régime colonial français de mettre à feu quatre bombes atomiques atmosphériques, treize souterraines et mené d'autres expériences nucléaires dans le désert. Alors que la grande majorité des documents d'archives sont toujours classés secret aujourd'hui, Toxicité coloniale rassemble une variété de sources permettant de documenter l'histoire violente des activités de la France en Algérie. Le livre constitue un corpus de choix à l'intersection de la justice spatiale, sociale et environnementale pour ceux et celles qui s'intéressent à l'architecture, au paysage et aux pratiques d'archivage dans une démarche postcoloniale. Alors que ces essais ont eu des conséquences durables pour les populations et les environnements locaux ainsi que pour les vétérans français, le manque de contrôle des explosions, les lacunes de sécurité et l'utilisation des Algériens comme main d'oeuvre sur des chantiers particulièrement dangereux apparaissent comme des faits coloniaux d'une importance majeure. Samia Henni décrit, sous la forme de deux axes principaux, les sites des explosions que sont Reggane et In Ekker. Au sein de chacune de ces parties sont décrits les caractéristiques des lieux et les conséquences des explosions qui se sont déroulées sur ces sites. En mettant les informations dont elle dispose au service de la documentation, Samia Henni nous invite à repenser les conséquences de la domination coloniale française sur le très long terme. Illustré d'une centaine de documents d'archives et accompagné de la reproduction intégrale d'une dizaine de témoignages de victimes, cet ouvrage donne un accès inédit aux sources ayant documentées la recherche de Samia Henni.
La Boule de pétanque, premier né de la collection Typologie, prend pour point de départ cet objet en apparence parfaitement banal, mais dont l'étude révèle un contenu insoupçonné. Sa filiation avec la tradition universelle des jeux de boules, une histoire moderne et populaire, une fabrication industrielle sophistiquée, une succession de différents procédés que la constante de sa forme permet de mettre en évidence, mais aussi un contenu sociologique, des règles, un cadre, un glossaire, une gestuelle, et même une philosophie de vie... Ces thèmes sont introduits par un texte Philippe Louguet, architecte urbaniste, théoricien du design et peintre qui souligne plus précisément le lien entre la simplicité des terrains de pétanque et sa démocratisation. Une interview croisée réunit par ailleurs Bruno Tainturier, designer industriel co-fondateur de l'agence de design Gulliver, Romain Souvignet, directeur général et président de l'entreprise Obut fabriquant de boules de pétanque depuis trois générations et Philippe Quintais, joueur professionnel de pétanque, douze fois champion du monde dans différentes catégories. Ces textes sont illustrés par un reportage photographique réalisé au sein de l'usine Obut, des images tirées de leurs archives et des reproductions des objets de leur musée.