Extrait Elle ne racontera pas les regards entendus, les sourires de connivence. «Il n'y a pas de hasard», «C'était forcé», autant de formules attrapées au vol des centaines de fois, inaugurant la légende familiale selon laquelle l'appel du théâtre, qui fondit sur elle à six ans et qui dès lors ne la quitta plus, surgit de son prénom : Bérénice. Une seule personne osait se démarquer, par conviction, dérision ou plus sûrement par goût de jouer les esprits forts : «Heureusement que vous ne l'avez pas appelée Sapho, elle aurait été lesbienne», ironisait sa grand-mère Mathilde, qui avait des lettres et la plaisanterie facile, introduisant parfois une variante : «Vous croyez que si vous l'aviez appelée Isabelle, elle serait devenue catholique ?» L'allusion à Isabelle la catholique, reine maudite, chasseuse de Juifs en terre espagnole, était assurée de déchaîner les foudres de l'assemblée, catholique, dans la hiérarchie des valeurs de la famille Capel, étant presque plus répréhensible que lesbienne. Mais ce ne fut ni Sapho ni Isabelle, ce fut Bérénice, Gott zu dank, Dieu merci - enfin presque. Elle ne racontera pas à ses petits-enfants ni même à ses enfants qu'elle vint au monde un 28 juin de l'an de grâce 1919, d'autant plus de grâce que c'était l'année, et mieux encore, le jour même du Traité de Versailles. En ce début de vingtième siècle, la France essayait de se convaincre que la Société des Nations tout juste créée allait apporter la paix dans le monde. «Ça avait été dur, mais cette fois c'était la der des ders, on en avait suffisamment bavé comme ça, terminé, l'Europe serait pacifique», ainsi disait son père et combien de milliers comme lui à l'unisson. En ce samedi 28 juin 1919, cinq ans jour pour jour après l'assassinat de François-Ferdinand à Sarajevo, la France était suspendue aux nouvelles, vivant par le truchement des journaux ou des ondes radiophoniques l'arrivée des plénipotentiaires dans la galerie des Glaces, s'imprégnant gravement de la cérémonie historique de Versailles, attendant solennellement que la signature du Traité vienne laver la France de l'humiliation de 1871. Ça ne rendrait pas les morts, ça n'effacerait pas le froid, les vers, la souffrance, l'enfer, mais quand même, ils allaient payer. Bien qu'il ait combattu dès 1914 - et avec orgueil encore, rendez-vous compte, servir la France, quoi de plus honorable pour un émigré juif-, qu'il en ait rapporté deux blessures, citation militaire et Croix de guerre, monsieur Capel avait en ce jour un autre souci en tête que le sort des Boches : sa femme accoucherait-elle d'un garçon ou d'une fille ? Si c'était un garçon, il se prénommerait Philippe, naturellement, comme le sauveur de Verdun. Si c'était une fille, le cas était tout aussi réglé, elle s'appellerait Bérénice. Parfaitement, comme l'héroïne de Racine, oui messieurs dames ! Il n'avait pas beaucoup lu, monsieur Capel, mais à la guerre, il s'était fait copain avec un instituteur. Un jeune gars épatant, qui avait lu des montagnes de livres et connaissait des poésies entières de mémoire. Hugo, Baudelaire, Verlaine, Verlaine surtout. Il y avait longtemps, au héder en Russie, où il avait appris à lire et à écrire, monsieur Capel avait rencontré un haver comme ça, capable de réciter la Torah par coeur. On lui disait le numéro d'un chapitre ou d'un verset et hop, il vous débitait le passage sans jamais se tromper. Même le rabbin, ça l'impressionnait. L'instit, lui, était goy et athée (peut-être même franc-maçon, comme quoi ça peut arriver à des gens très bien), alors il exerçait ses talents sur la littérature française - ce qui, si on y réfléchissait, était encore plus épatant que la Bible. Et avec ça, simple, pas prétentieux pour un sou, ne rechignant pas aux corvées, bon camarade, quoi. Louis, il s'appelait, un nom bien français, un nom de roi. --Ce texte fait référence à l'édition Broché .
1934. Bérénice, adolescente juive, entre au Conservatoire contre la volonté familiale. La jeune fille, au prénom prédestiné, entame sa formation théâtrale dans la classe de Louis Jouvet. Sa vie est désormais rythmée par l?apprentissage des plus grands rôles du répertoire, elle croise Jean Gabin, Jacques Copeau, Jean-Louis Barrault? Admise à la Comédie-Française, Bérénice de Lignières devient une comédienne de renom. La montée du fascisme en Europe, les tensions politiques en France, les rivalités professionnelles, les intrigues amoureuses, rien n?entache le bonheur de Bérénice. Mais au tout début de l?Occupation, avant même la promulgation des lois raciales, la maison de Molière exclut les Juifs de sa troupe. La brillante sociétaire, qui avait dissimulé ses origines, est alors rattrapée par son passé. Sous les ors et les velours de la Comédie-Française, au c?ur du Paris de l?Occupation, vont se jouer les actes d?un drame inédit : celui d?une actrice célèbre prise au piège d?une impitoyable réalité. Une trajectoire captivante de femme et d?artiste qui rend justice, à sa façon, aux destins brisés par la folie meurtrière de la Seconde Guerre mondiale.
Un métallurgiste. Un artiste. Un député. Trois hommes que tout sépare se retrouvent au coeur du combat pour sauver le dernier haut-fourneau d'Aublange, en Lorraine. Les parcours s'entrecroisent, les espoirs grandissent. Face à laideur sociale, la beauté n'est jamais loin. Notamment dans le spectacle grandiose de la fonte en fusion, la solidarité à l'oeuvre ou une naissance à venir... Inspiré par la fermeture des hauts-fourneaux de Florange, ce roman est l'histoire d'une lutte collective et héroïque pour préserver son humanité face à la logique implacable de la finance. Un texte magistral qui réjouira les lecteurs de Hugo, Zola, Vailland ou Aragon...
Résumé : Qu'est-ce qui peut pousser une femme à commettre un infanticide, le plus énigmatique des crimes ? Vivienne Kassoka est une brillante Sénégalaise qui vit à Paris où elle prépare une thèse sur Machiavel. Elle vient d'avoir une petite fille avec Emmanuel, un homme beaucoup plus âgé qu'elle, qui connaît bien l'Afrique. Si Vivienne se sent au confluent de deux cultures, elle semble parfaitement intégrée et paraît mener une vie paisible. Pourquoi alors affirmer à Emmanuel qu'elle envoie leur bébé de quinze mois au Sénégal dans sa famille, puis acheter deux billets de train pour le Nord-Pas-de-Calais, réserver un hôtel face à la mer et commettre l'irréparable sur une plage de Berck ? A son procès, Vivienne martèlera que cette tragédie est le fait d'un envoûtement, que des femmes jalouses de son village lui ont jeté un sort. Mais en France, contrairement à ce que l'on croit fermement dans son pays d'origine, ces histoires ne sont que des superstitions... Peut-on y accorder le moindre crédit dans un tribunal ? Dans ce roman percutant, Isabelle Stibbe approche d'une façon insolite un fait divers qui a marqué les esprits. Par la fiction, elle tente de cerner la complexité d'un acte aussi incompréhensible que celui d'une mère qui tue son enfant.
Une incursion audacieuse dans Les Trois Mousquetaires.Camille, une jeune avocate, est sur le point de se marier avec Vincent, professeur de français dans un lycée. Un soir qu'elle rentre chez elle, rue Férou, à Paris, elle se fait agresser et s'évanouit. À son réveil, elle se retrouve face à Athos, le héros des Trois Mousquetaires !Passé l'ahurissement des premiers instants commence un va-et-vient entre sa vie actuelle et d'étonnantes incursions dans le roman d'Alexandre Dumas. Des aventures palpitantes qui la mènent avec Athos à Montpellier puis à Venise, pendant la terrible peste de 1630. Peu à peu, Camille tombe amoureuse du mousquetaire tandis que Vincent lui paraît bien pâle au regard d'un personnage si flamboyant...Dans cet ouvrage qui revisite avec malice et intelligence l'un des plus grands classiques de la littérature, Isabelle Stibbe nous propose une réflexion passionnante sur le personnage de roman et la puissance de la fiction. Une fiction qui joue avec elle-même jusqu'au vertige.
Trois destinées. Trois cultures. Trois combats. Trois femmes qui se battent avec volonté, courage et fierté pour acquérir leur place dans la société malgré les discréminations et les traditions. Un premier roman fort sur trois destins liés comme les trois brins d'une tresse...
Avant, Gabriel faisait les quatre cents coups avec ses copains dans leur coin de paradis. Et puis l'harmonie familiale s'est disloquée en même temps que son « petit pays », le Burundi, ce bout d'Afrique centrale brutalement malmené par l'Histoire.Plus tard, Gabriel fait revivre un monde à jamais perdu. Les battements de ceur et les souffles coupés, les pensées profondes et les rires déployés, le parfum de citronnelle, les termites les jours d'orage, les jacarandas en fleur... L'enfance, son infinie douceur, ses douleurs qui ne nous quittent jamais. Un livre lumineux. Astrid de Larminat, Le Figaro. Un très beau premier roman, déchirant et incandescent, qui force l?admiration. Yann Perreau, Les Inrockuptibles. Gaby n?est pas un petit Africain, c?est un enfant du monde emporté par la fureur du destin. Notre hantise commune. Maria Malagardis, Libération. PRIX GONCOURT DES LYCÉENS / PRIX DU ROMAN FNAC / PRIX DU PREMIER ROMANNotes Biographiques : Franco-rwandais, Gaël Faye est auteur compositeur interprète. Aussi influencé par les littératures créoles que par la culture hip hop, il a sorti deux albums solo nourris d?influences musicales plurielles: Pili Pili sur un Croissant au Beurre et Rythmes et Botanique, enregistrés entre Kigali, Paris et Bujumbura. Petit pays, son premier roman, a été récompensé par le prix Goncourt des Lycéens.
Olivia Ruiz offre un premier roman très touchant inspiré de son histoire familiale. Par le biais d'une série de lettres, elle nous fait découvrir l'histoire de Rita, une femme au caractère bien trempé. Celle-ci a eu une vie mouvementée, faite d'exil, de fuites, de retours aux sources, de solidarité, ... sans cesse en quête de liberté. Un récit qui sent bon l'Espagne, à la fois triste et joyeux, empli de douceur et de poésie.
Médecin légiste depuis plus de trente ans, Philippe Boxho livre son quotidien fait de morts qui ne le sont pas toujours ou pas encore, de disparitions de cadavres, de dissimulations de meurtres, de suicides étonnants. De la scène de crime à la salle d'autopsie, entre pratique médicale et enquête policière, l'expert médico-légal raconte son métier, qui est aussi sa passion. Il relate ainsi l'évolution du corps après la mort à travers des histoires de mouches, puis il s'arrête sur cet homme qui pensait mourir d'un seul coup de feu et qui a dû s'y prendre à quatorze reprises, sur cet autre qui, en voulant se pendre, est finalement décédé d'une fracture du crâne, sur ce meurtrier qui n'aurait jamais dû consommer d'alcool ou encore sur cette morte qui avait le mauvais goût de transpirer. Les histoires rassemblées ici sont toutes vraies. Ames sensibles, s'abstenir.
En 1945, la guerre est terminée, et Auschwitz est enfin libéré. A seize ans, Tasha franchit les grilles du camp, en route vers la liberté. Elle se retourne pour regarder une dernière fois ce lieu qui lui a volé son enfance en se demandant comment elle a pu survivre à cet enfer, alors que tant d'autres n'y sont pas parvenus. Mais la joie d'être enfin libre est ternie par l'absence de sa mère. Quelques semaines plus tôt, elle lui a été arrachée des bras par un officier nazi... Où a-t-il emmené sa mère ? Est-elle encore en vie ? Avec une mèche de cheveux pour seul souvenir, Tasha demande à tous ceux qu'elle croise s'ils ont vu une femme rousse. Dans le chaos d'une Europe en cendres, la retrouver semble impossible, pourtant Tasha a une certitude : il faut toujours garder espoir. Cet espoir qui a fait d'elle une survivante plus forte que toute l'horreur du monde.
Deux femmes, deux époques, une même soif de justice et de liberté. Cuba, 1856. Un bateau accoste, transportant à son bord sept cents femmes et enfants. Parmi ces esclaves enlevés d'Afrique, Kaweka, onze ans, rejoint la plantation du marquis de Santadoma. Face à l'horreur de l'esclavage, elle apporte une lueur d'espoir pour les siens : la capacité de communiquer avec la déesse Yemaya, un don qui pourrait s'avérer salvateur. Madrid, de nos jours. Lita, une jeune femme métisse employée par la riche famille des Santadoma, découvre l'origine de leur fortune. Déterminée à réparer les injustices du passé, elle s'engage dans une longue bataille au nom de toutes les femmes qui ont sacrifié leur vie au service des puissants. Près de deux siècles séparent Lita de Kaweka, mais un lien les unit, une même soif de justice et de liberté. " Une fresque sur un siècle et demi, vibrant du combat de deux femmes pour la justice. " Femme Actuelle Egalement chez Pocket : La Cathédrale de la mer , Les Révoltés de Cordoue et La Reine aux pieds nus .
Une saga jubilatoire par l'auteur de l'inoubliable Monde selon Garp 1941. A Aspen, Colorado, la jeune Rachel Brewster échoue aux épreuves de slalom mais réussit à tomber enceinte. De retour chez ses parents, elle devient monitrice de ski et élève son fils Adam dans un climat de tendre complicité. Ainsi débutent sept décennies d'une fresque débridée peuplée de personnages irrésistibles qui, dans la très conventionnelle Nouvelle-Angleterre, défient les conventions. Adulte, c'est à l'Hotel Jerome d'Aspen, hanté par de nombreux fantômes, qu'Adam tentera d'élucider les secrets bien gardés de son étonnante famille. Né en 1942, John Irving est l'un des plus grands romanciers américains de sa génération. Le Monde selon Garp a connu un succès mondial et a été porté à l'écran. Tous ses romans sont disponibles chez Points. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Elisabeth Peellaert
Sur le sentier tapissé de neige, je me fais une promesse : jusqu'à mon dernier souffle, je transmettrai la mémoire du passé. Pour qu'il ne se reproduise jamais". Japon, 1993. Ce matin-là, à l'hôpital de Kyoto, Yuna ne s'attendait pas à recevoir comme première patiente sa soeur Ama, qu'elle n'a pas vue depuis plus de trente ans. Ama a besoin d'une greffe d'un parent proche en urgence. Mais, alors que Yuna cherche un donneur compatible, une nouvelle révélation vient tout bouleverser : Ama a été adoptée. Pour la sauver, Yuna part sur les traces de sa famille biologique dans l'ancienne Mandchourie. Dans sa quête, elle est loin de se douter qu'elle va déterrer l'un des secrets les mieux gardés de la Seconde Guerre mondiale. De la Chine occupée par le Japon en 1944 aux ruelles de Kyoto et aux montagnes enneigées des Alpes japonaises, Garance Solveg nous emporte au coeur d'une fresque familiale d'une étoffe extraordinaire.