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Dis-leur qu'ils ne sont que cadavres
Soler Jordi ; Saint-Lu Jean-Marie
BELFOND
18,00 €
Épuisé
EAN :9782714453877
L'attaché culturelEn 1950, deux ans après la mort d'Antonin Artaud, Albert Nalpas fonda Artaud & Co., société incertaine qui aujourd'hui encore se consacre, en termes généraux, à la «préservation et à la diffusion de la mémoire du grand poète français». C'est ce que dit, textuellement, le slogan écrit en lettres d'un rouge ambigu, plutôt rosâtre, sur la porte des bureaux, et reproduit dans des en-têtes de la même couleur sur le papier à lettres, les enveloppes et les"cartes de visite de la maison. Les bureaux d'Artaud & Co., en fait deux pièces vétustés aux boiseries partiellement vermoulues, sont situés au sous-sol d'un hôtel de la rue Serpente, dans le 6e arrondissement de Paris.Les premières années d'Artaud & Co. furent favorisées par la parenté supposée entre Albert Nalpas et le poète, dont le nom complet était, en effet, Antoine Marie Artaud Nalpas. Durant presque deux décennies, Albert, toujours accompagné de Delfina, sa femme et vice-présidente de la société, profita de cette heureuse homonymie pour s'approprier une série de documents et d'objets qui peu à peu constituèrent une importante collection. Simultanément, Albert se transforma en expert incontesté chaque fois que, dans une émission de radio ou de télévision, il était question de l'héritage poétique d'Artaud.En 1968, Michel Trias, journaliste français d'origine catalane, démontra, dans un article caustique, la fausseté de ladite parenté, car le véritable patronyme d'Albert n'était pas Nalpas mais Nalpassent, selon ce qu'avait révélé Delfina elle-même au journaliste, qui à l'époque était son amant, un amant qu'elle avait pris «par stricte nécessité», dans la mesure où Albert Nalpas, ou Nalpassent, avait «une façon abjecte et égoïste de se satisfaire».Tout cela, c'est elle-même qui me l'expliqua quand, après avoir beaucoup erré, je me retrouvai dans ces bureaux pour essayer de trouver des informations et des documents sur le bref séjour d'Antonin Artaud en Irlande, événement crucial pour l'anthologie du poète dans laquelle je venais de m'embarquer. Delfina était elle aussi d'origine catalane, et il est probable que cela fut le moteur de ce commerce amoureux, même si elle le niait catégoriquement. «La cause de cette aventure, c'est une fixation maladive sur son père», précisa Albert, puis ils m'avaient regardé longuement tous les deux, comme un chien qui, voyant qu'on va lui lancer un bâton, attend avec une impatience à peine contenue qu'on lui dise: «Rapporte». L'article caustique publié par Michel Trias en 1968 était destiné à torpiller Artaud & Co., mais sa parution ayant coïncidé avec toute cette histoire de «plage sous les pavés» qui avait agité la France ce printemps-là, la bombe était passée pratiquement inaperçue. Malgré tout, Albert Nalpas, ou Nalpassent, et Delfina durent fermer leurs bureaux pendant cinq ans, à la suite de quelques graves menaces proférées par des fanatiques du poète."
Au XVIe siècle, Xipaguazin, une princesse aztèque, fille de Moctezuma II, est enlevée par un noble espagnol qui l'emmène dans un village reculé des Pyrénées. Quelque 500 ans plus tard, Kiko Grau découvre sa condition d'héritier de l'Empire aztèque et en abuse pour s'introduire dans la haute bourgeoisie de Barcelone et de l'Espagne franquiste. Il y triomphe en escroquant celles et ceux qui rêvent d'ajouter à leur nom un titre de noblesse qui les avalise socialement, aussi absurde que soit le titre et aussi mensongère que soit la reconnaissance qu'elle leur apporte.
De 1937 à nos jours, d'Europe en Amérique centrale, le récit d'une vie happée par l'engrenage de l'Histoire. Avec un sens éblouissant de la construction, Jordi Soler mêle réalité et fiction pour mettre en lumière des épisodes historiques méconnus et questionner les mécanismes de la mémoire collective.Petit-fils d'un républicain espagnol, Jordi Soler plonge dans les souvenirs de son grand-père Arcadi, utopiste acharné et héros malgré lui: l'engagement dans les troupes républicaines, les désillusions de la défaite, la répression franquiste, qui le force à fuir en abandonnant les siens, l'espoir de passer en France, l'effroyable internement dans un camp de concentration sur la plage d'Argelès-sur-Mer, le choix déchirant de l'exil au Mexique et la fondation de La Portuguesa, une plantation de café au beau milieu d'une forêt tropicale hostile, petit bout de Catalogne rêvée, lieu de tous les possibles...
Un jour qu'il est invité à une conférence à Argelès-sur-mer, Jordi Soler est abordé par une vieille femme qui lui remet une photo et une lettre. Sur la photo, trois soldats républicains: Arcadi, le grand-père du narrateur; Oriol, son frère; et leur père. Dans la lettre, une incroyable révélation. Oriol, qu'Arcadi avait dû abandonner blessé dans les Pyrénées lors de leur fuite en 1939, cet homme que la légende familiale disait mort ou reconverti en pianiste quelque part en Amérique latine, aurait vécu toute sa vie là, dans un village du coin. Dès lors, l'enquête peut commencer. Le narrateur va alors découvrir la face cachée de cet oncle à qui il est censé tellement ressembler. Un homme aux antipodes du héros inventé par Arcadi et les siens. Une sorte de bandit de grand chemin dévalisant les malheureux qui fuient les camps de réfugiés; un traître qui n'hésitera pas à dénoncer celui qui l'a sauvé dans les montagnes et soigné dans sa cabane; un meurtrier qui finira par être arrêté. Jusqu'à l'ultime coup de théâtre: Jordi Soler découvre qu'Oriol serait encore en vie, juste à côté, dans la petite ville de Prats del Mollo?
Résumé : Alors qu'il souffre depuis des mois d'une infection tenace, Jordi Soler décide de consulter la chamane de son enfance, dans la forêt mexicaine. De retour sur les ruines de ce qui fut jadis une plantation de café prospère fondée par son grand-père catalan, il se souvient de ces héros ordinaires qui rêvaient d'une Espagne idéale. Les cuites au mint-julep du vieil Arcadi, les agapes en l'honneur de Changé', les siestes de l'éléphant sur la terrasse, et Marianne, sa tante, une tigresse qui terrorisait la famille et battait sa soeur... Jordi Soler nous offre une fresque flamboyante, dans une jungle où la vie est vorace, et le poids de l'exil irrévocable.
Cercas Javier ; Grujicic Aleksandar ; Louesdon Kar
Résumé : Un Javier Cercas "athée, anticlérical, laïc militant, rationaliste obstiné, impie rigoureux" , se voit proposer par le Vatican d'accompagner le pape dans un voyage officiel. L'écrivain accepte à la condition de disposer de cinq minutes seul avec François pour pouvoir lui poser la seule question qui vaille - une promesse faite à sa mère : est-il raisonnable de croire à la résurrection de la chair et à la vie éternelle ? Et voilà le fou sans Dieu, guidé dans les méandres de la curie romaine par des "Avengers" en soutane, qui embarque le 31 août 2023 à bord de l'avion qui conduit le divin aréopage en Mongolie. Un roman sans fiction qui pourrait aussi bien être un incroyable thriller sur le plus grand mystère de l'histoire de l'humanité.
Sepúlveda Luis ; Concejo Joanna ; Maspero François
Aux millions de lecteurs qui ont lu ce roman de Luis Sepúlveda, il reste le souvenir limpide d'une histoire parfaitement racontée. Juste ce qu'il faut de mots pour dire la vie d'Antonio José Bolivar Proano, vieil homme rodé aux a risques de la jungle, lecteur balbutiant malgré son âge, mais passionné. Mais voilà que l'imprudence et la bêtise de quelques gringos l'obligent à refermer ses livres pour aller traquer - à contrecoeur - un fauve qui rode non loin du village... A la mine de plomb et aux crayons de couleur, Joanna Concejo vient y ajouter une infusion forte de jungle, de fleuve et de pluie, qui colle à la peau et à l'âme. Et sur cette toile intensément verte et détrempée, une constellation de corps et d'objets. Avec une minutie époustouflante.
Le Petit est l'histoire d'un enfant qui ne rentrera plus jamais de l'école : la chaudière de l'établissement a explosé - cela s'est produit dans une bourgade de Biscaye, le 23 octobre 1980. Toute une classe d'âge (les 5 à 6 ans) a péri. L'auteur est entré à pas feutrés dans la maison de l'un d'eux. Deuil et courage, illusoire reconstruction, impossible oubli. Pour son grand-père, "le petit" vit à jamais. Le chagrin est monté au ciel : "l'aéronef se perd à l'intérieur d'un nuage. Où peut-il bien se rendre ? On murmure (...) que cinquante enfants sont à bord et que c'est une maîtresse qui pilote ; à ses côtés, le copilote est un instituteur. La cuisinière de l'école, elle, déambule le long du couloir, entre les sièges, et joue le rôle d'hôtesse de l'air. Elle s'occupe des petits, leur caresse la tête, leur chante des chansons de l'époque où elle-même était gamine. Ils sont tous morts." Un éclair de joie illumine l'esprit embrumé du vieil homme. On a dû mal compter. Ils ne sont que quarante-neuf fantômes à bord de l'avion. Son "petit" est sauf.