Généreuse et bonne fille comme le sont les mythologies, la légende du cinéma prête à différents réalisateurs la conviction que plus fouillé et plus parfait sera le personnage du " méchant ", meilleur sera le film tout entier au bout du compte. Si l'on admet en outre qu'on ne fait pas de bonne littérature avec de bons sentiments, l'idée peut se transposer tout naturellement au roman, et on conviendra alors qu'avec Ferdinand, comte Fathom, Smollett a réussi à peindre un scélérat plus noir, plus révoltant et plus détestable que dans aucune de ses autres ?uvres, qui pourtant n'en manquent pas, et comme il en est peu dans toute la littérature. Car aucune bassesse ne l'arrête : mensonge, escroquerie, vol des plus faibles de la société ou de ceux qui se sont montrés généreux avec lui, tentative de viol ou séduction de filles et de femmes qu'il abandonne sitôt déshonorées, pour les raisons les plus sordides. Ce n'est pourtant pas l'ambition sociale proprement dite qui le fait avancer, mais à la fois la vanité, la sensualité, l'amour de l'argent et un fond de perversité. Rien à voir avec son presque contemporain de fiction Barry Lyndon, dont les manières gardent au moins l'apparence de la correction. Si les aventures où Fathom entraîne le lecteur de ses prétendus mémoires n'ont pas la belle ordonnance du classicisme, elles sont chaotiques comme la vie, prenantes et divertissantes comme elle pour qui ose s'y abandonner, et le ton souvent ironique ou sarcastique de l'auteur leur donne une vivacité, un entrain réjouissants et communicatifs. Si le souci moral n'est pas absent, en particulier dans le dénouement, c'est d'évidence le plaisir de lecture qui prime.
Nombre de pages
476
Date de parution
21/09/1999
Poids
560g
Largeur
135mm
Plus d'informations
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EAN
9782714307002
Titre
La carrière d'un vaurien
Auteur
Smollett Tobias
Editeur
CORTI
Largeur
135
Poids
560
Date de parution
19990921
Nombre de pages
476,00 €
Disponibilité
Epuisé
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Qui est Random ? Un jeune Ecossais, de naissance avantageuse mais orphelin. Doté d'une solide éducation, intelligent à proportion, il partira pour Londres et apprendra la vie, en plein XVIIIe siècle, sous la forge des voyages. Successivement gueux, aide-chirurgien sur un vaisseau, poignardeur, domestique, poète et soldat, Random sera finalement rattrapé par l'amour et la fortune dans un dénouement magnifiquement comploté par Smollett. Son style, comme ses personnages, ne s'embarrasse pas toujours de "précautions, d'éducation et de politesse". Smollett est un moraliste brutal, "contre la misérable et vicieuse économie du monde".
Les romans de Smollett, et celui-ci plus et mieux qu'aucun autre, évoquent irrésistiblement les tableaux du meilleur Hogarth : où le grand peintre anglais nous entraîne de salon en auberge, tous lieux peuplés par lui de barbons irascibles, de fiancées sacrifiées, d'aristocrates impécunieux, de valets filous et de toute sorte de charlatans imaginatifs. Que Smolett ait fait de Humphry Clinker un roman par lettres ne doit pas rebuter le lecteur d'aujourd'hui : il s'est en effet ingénié à malmener dans ces pages les conventions du genre (on y pleure très peu), et l'intrigue qui lie les cinq personnages importe infiniment moins que les amabilités qu'ils s'envoient à la figure. En bref... Matthew Bramble, un «squire» goutteux fort mécontent des progrès du monde (soit Smollett lui-même, à fort peu près), décide de s'aller soigner dans différentes villes d'eau d'Angleterre et d'Écosse, en compagnie de sa soeur Tabitha (une pingre en quête de mari) et de ses neveu et nièce (le «raisonnable» Melford et la bouillante Lydia, «romantique» avant la lettre). Et tous quatre de raconter, au fil de force lettres adressées à divers parents et amis, les tribulations d'un voyage riche en surprises - bonnes et mauvaises -, en aventures, en rencontres de toute espèce... Et Humphry Clinker, dans tout ça ? Humphry ?... Ah oui, le cocher, l'homme à tout faire... C'est, bien sûr, aux yeux de l'auteur, le protagoniste essentiel. Fidèle à ses maîtres, de sens pratique très développé, raisonneur comme pas un, il est un peu le Sancho Pança de l'affaire. Un admirable concentré des contradictions humaines en tout cas : très croyant mais révolutionnaire dans l'âme, soumis à l'ordre des choses et profondément irrespectueux, bricoleur et philosophe. On l'aura compris, Humphry est avant tout l'homme de son siècle, un personnage à la croisée des chemins, défenseur de l'antique bon sens mais prêt à brûler les idoles d'hier... En tout cas un individu d'un métal infiniment supérieur à celui de ses maîtres... et avec qui il n'est pas question de s'ennuyer.Ces cinq-là suffisent à Smollett pour résumer le monde ; et pour soumettre ledit monde à un réjouissant jeu de massacre (les pages consacrées à l'argent-roi, à l'enlaidissement du réel, à la vulgarité du progrès sont d'une méchanceté sans appel ; elles sont surtout étrangement prémonitoires : c'est aujourd'hui qu'il faut lire Smollett !). Il est vrai qu'il aura pris, pour matière de son livre, le sujet qui se démode le moins : l'imbécillité triomphante - laquelle, selon les spécialistes autorisés, aurait encore quelques beaux jours devant elle.Smollett était en son temps un homme «moderne» (détestant les préjugés et tout prêt à applaudir ceux qui fomentaient de culbuter l'hypocrisie sociale) ; mais c'était un homme lucide (n'attendant rien de bon de l'humanité même la mieux intentionnée). Qu'il ait eu si bien raison en tout est triste, mais ce n'est pas grave. L'important est - à nos égoïstes yeux - que ce voyageur impénitent, malgré les mille et une incommodités d'une existence durement secouée, fût resté en tout, et d'abord dans ses oeuvres, un si grand vivant. «Satire parfaite de l'homme, note Giono, Humphry Clinker est la vie même.» Et le même d'ajouter : «Si le romancier est cet homme "qui promène un miroir sur une route", Smollett est le romancier parfait.»Sentiment d'un autre connaisseur (Thackeray, le père de Barry Lyndon) : «L'histoire la plus désopilante écrite de main humaine depuis qu'est né l'art délectable du roman.»
« Dans le vol onirique, si nous revenons au sol, une impulsion nouvelle nous rend aussitôt notre liberté aérienne. Nous n'avons à cet égard aucune anxiété. Nous le sentons bien, une force est en nous et nous connaissons le secret qui la déclenche. Le retour vers la terre n'est pas une chute, car nous avons la certitude de l'élasticité. Tout rêveur du vol onirique possède cette connaissance de l'élasticité. Il a aussi l'impression du bond pur, sans finalité, sans but à atteindre. En revenant vers la terre, le rêveur, nouvel Antée, retrouve une énergie facile, certaine, enivrante. » (Gaston Bachelard)
« Si le regard des choses est un peu doux, un peu grave, un peu pensif, c'est un regard de l'eau. L'examen de l'imagination nous conduit à ce paradoxe : dans l'imagination de la vision généralisée, l'eau joue un rôle inattendu. L??il véritable de la terre, c'est l'eau. Dans nos yeux, c'est l'eau qui rêve. Nos yeux ne sont-ils pas ?cette flaque inexplorée de lumière liquide que Dieu a mise au fond de nous-mêmes? ? Dans la nature, c'est encore l'eau qui voit, c'est encore l'eau qui rêve. » (Gaston Bachelard)
À la suite d'un chagrin d'amour, Aldo se fait affecter par le gouvernement de la principauté d'Orsenna dans une forteresse sur le front des Syrtes. Il est là pour observer l'ennemi de toujours, replié sur le rivage d'en face, le Farghestan. Aldo rêve de franchir la frontière, y parvient, aidé par une patricienne, Vanessa Aldobrandi dont la famille est liée au pays ennemi. Cette aide inattendue provoquera les hostilités... Dans ce paysage de torpeur, fin d'un monde où des ennemis imaginaires se massacrent, le temps et le lieu de l'histoire restent délibérément incertains dans un récit à la première personne qui semble se situer après la chute d'Orsenna. Julien Gracq entraîne son lecteur dans un univers intemporel qui réinvente l'Histoire et donne lieu à une écriture qui s'impose avec majesté, s'enflamme au contact de l'imagination. Pour Le Rivage des Syrtes Julien Gracq obtint en 1951 le prix Goncourt, qu'il refusa.