Skira Pierre ; Andral Jean-Louis ; Mauriès Patrick
ATELIER CONT
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EAN :9782850351013
C'est tellement étrange la peinture, entre le dialogue qui s'annonce et la conclusion d'une oeuvre ? : plus on la pratique, mieux on la comprend, c'est vraiment un art de vieux. J'ai mis des années à me dégager d'une forme d'immaturité, et j'ai l'impression que ce n'est que maintenant que j'entrevois ce qu'est la peinture. Delacroix disait ? : "? il faut un coeur d'acier pour terminer un tableau. ? " Il ne s'agit pas simplement de transmettre la vision de ce que l'on a dans la tête, car dans l'abstraction il n'y a pas de sujet, on s'appuie sur des notions étranges, couleurs, formes, espaces, mais à un moment donné la chose vous quitte, parce que la chose est plus forte que nous. Picasso le disait parfaitement ? : "? la peinture est plus forte que moi ? : elle me fait faire ce qu'elle veut. ? " Le pastel est doute, et moi je veux garder ce doute, parce que le doute est l'humain. La peinture ne sert pas à grand-chose, si n'est peut-être à poser des questions. Et la grande question pour moi aujourd'hui est celle de la forme. Bernard Noël, peu avant de mourir, m'a écrit, en novembre 2020, une très jolie lettre, une lettre dans laquelle il écrit à propos de mes pastels une phrase de peintre ? : "? C'est la forme qui interroge, comme parcourue par un message qui tressaille en elle. ? " Ce qui m'intéresse, c'est la tension entre la forme et l'espace. La peinture est un grand mystère, on essaie de faire revivre une forme qu'on a vue par exemple chez Georges de la Tour ou Mondrian. Quand ils peignaient, ils étaient dans la forme, ils la délimitaient par un jeu de tensions, et je m'en souviens aujourd'hui dans mes tableaux abstraits où j'augmente ou diminue l'intensité et la densité de la couleur en fonction de la distance ou pas qui se crée entre une teinte et sa voisine, en laissant maintenant de plus en plus de blanc, de respiration entre chaque forme, pour être moins sage. C'est un langage qu'il faut écouter, en laissant aller le pinceau ou le bâton, et qui vous signifie si le bon équilibre est trouvé? ; et le tableau est terminé lorsqu'il me surprend ? : car rien ne doit jamais être acquis.
Nombre de pages
133
Date de parution
21/10/2022
Poids
598g
Largeur
212mm
Plus d'informations
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EAN
9782850351013
Titre
Pierre Skira. Les façons d'être du pastel
Auteur
Skira Pierre ; Andral Jean-Louis ; Mauriès Patrick
Editeur
ATELIER CONT
Largeur
212
Poids
598
Date de parution
20221021
Nombre de pages
133,00 €
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Zsuzsa s'éloigne de nous. Agenouillée, immobile, prostrée, un léger tremblement la parcourt. Les jambes sous l'eau, les mains rendues translucides par le froid, elle agit comme si nous n'existions pas, sans une parole, aussi fermée que la roche. Elle escalade le rocher, trébuche, se redresse, mi-animal mi-végétal, elle atteint son carré magique. Heureuse de parcourir ce territoire inhabité où il n'y a personne pour lui poser des questions, personne pour lui faire face. Elle sait gré à cette montagne de cristal d'avoir gelé le temps."Trois adolescents confrontés à la folie du monde, qui empruntent leur respiration au souffle du glacier, à l'immuabilité de la forêt... Deux garçons fascinés par leur compagne de jeux: Zsuzsa venue de nulle part, qui parle une langue hachée, saturée de mots inconnus, dont l'amnésie est le territoire... Biographie: Né en 1938 à Paris, Pierre Skira est peintre. Il use des mots comme de ses pastels. Ses couleurs mêlées aux clairs-obscurs rendent étonnament présents ces trois gamins "déplacés". Il semble nous transmettre la clé d'un Secret enfoui, qui mit des années à Venir au jour.
Les yeux qui s'ouvrent grand dans les boutiques des confiseurs, éblouis par l'infinie variété des odeurs, des formes, des couleurs. L'émerveillement. L'esprit d'enfance. Seul un peintre pouvait saisir cela et tant d'autres sensations. Pierre Skira, coloriste hors de pair, a collectionné Les bonbons du monde, qui ont longtemps fait concurrence à ses pastels rangés dans ses casses d'imprimeur. Face à la beauté de la lumière transperçant ces minuscules vitraux, les contes de l'auteur associés aux photographies de Jean-Marie del Moral ont fait jaillir des feux d'artifices, dont Pascal Guth, graphiste, a orchestré le spectacle. Ainsi est né Rêves sucrés: bonbons et sucettes du monde.
Né en 1938, Pierre Skira réalise à vingt-cinq ans son premier tondo, tableau de forme circulaire. Le terme apparaît pour la première fois en Italie pendant la Renaissance. Utilisé d'abord en architecture pour qualifier les oeils-de-boeuf des églises (retondo, « rond »), il est repris en peinture de façon abrégée. Très en vogue à cette époque, le tondo est alors adopté par les plus grands maîtres (MichelAnge, Raphaël... ), puis peu à peu oublié. On ne le retrouvera qu'au XIXe siècle dans l'oeuvre d'Ingres. Pierre Skira utilise ainsi une forme de tableau trop longtemps abandonnée dans le but de casser le point de vue classique de la nature morte. En cela, il a plu à Pascal Quignard qui dès lors ne cessera de l'accompagner dans son travail. Ce fut le début d'une grande amitié artistique. Pierre Skira et Pascal Quignard ont déjà réalisé ensemble deux ouvrages (La Septante en 1994, et L Amour conjugalen 1995 aux éditions Patrice Trigano). Trente-cinq tableaux sont ici rassemblés, accompagnés d'un texte de Pascal Quignard, véritable commentaire spirituel et méditation sur l'oeuvre du peintre.
Le noble gentilhomme, peintre au droit de la Révolution, commençait cette génération d'artistes qui s'arrangent eux-mêmes en croquis, en grotesques, en caricatures. Les uns portent des moustaches effroyables, on dirait qu'ils vont conquérir le monde ; leurs brosses sont des hallebardes, leurs grattoirs des sabres, les autres ont d'énormes barbes, des cheveux pendants ou bouffis ; ils fument un cigare en guise de volcan. Ces cousins de l'arc-en-ciel, comme parle notre vieux Régnier, ont la tête remplie de déluges, de mers, de fleuves, de forêts, de cataractes, de tempêtes ou de carnages, de supplices et d'échafauds. Chez eux sont des crânes humains, des fleurets, des mandolines, des morions et des dolimans. Hâbleurs, entreprenants, impolis, libéraux (jusqu'au portrait du tyran qu'ils peignent), ils visent à former une espèce à part entre le singe et le satyre ; ils tiennent à faire comprendre que le secret de l'atelier a ses dangers, et qu'il n'y a pas de sûreté pour les modèles". Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe.
des Forêts Guillaume ; Rabaté Dominique ; Bettenco
Prolongeant la publication en 2015 des oeuvres complètes de Louis-René des Forêts en "? Quarto ? ", ce livre collectif présente pour la première fois de manière exhaustive tout l'oeuvre peint et dessiné de l'écrivain. On connaissait déjà par des expositions dans les années 70 et par des publications en revue (notamment le "? Cahier du Temps qu'il fait ? " en 1991, certaines reproductions dans le "? Quarto ? ") l'activité picturale de Louis-René des Forêts, à laquelle il s'est consacré durant plusieurs années alors qu'il avait cessé d'écrire. Mais on en avait jamais eu que des vues partielles, plus ou moins bien reproduites. C'est donc un manque que vient combler cette publication collective, en permettant de reproduire en grand format les soixante et une peintures de l'auteur et la totalité de ses dessins. L'ouvrage sert donc de catalogue raisonné de toute cette oeuvre secrète pour la donner à voir de la façon la plus exacte et la plus agréable, de la découvrir enfin dans l'ampleur et l'originalité de ses compositions, dans la variété de ses réalisations plastiques. Reprenant son titre à celui d'un des tableaux de des Forêts, cet ouvrage propose aussi une véritable enquête biographique et critique de la constitution de l'oeuvre picturale, en reprenant patiemment la chronologie des dessins et des tableaux, pour établir précisément l'archéologie ancienne d'une activité qui remonte aux années de collège entre 1930 et 1932. On trouvera ainsi l'ensemble des dessins que le jeune des Forêts fait sous nom d'emprunt de ses camarades et de ses maîtres, et où il jette les bases de l'univers adolescent qui irrigue son oeuvre jusqu'à Ostinato. On découvrira aussi une série de dessins de facture plus réaliste, des choses vues prises plus ou moins sur le vif, comme lors d'un voyage en Angleterre en 1970. Il faut donc souligner que l'ouvrage donne accès pour la première fois à une part véritablement cachée de l'oeuvre, qui est ainsi mise en rapport avec les tableaux, eux aussi donnés à voir pour la première fois de façon exhaustive, et dans un format qui leur rend mieux justice. Cessant d'écrire entre 1968 et 1974, Louis-René des Forêts trouve dans la liberté du dessin et dans l'aventure de la gouache une autre manière de s'exprimer, sans doute plus proche d'un monde onirique auquel il donne libre cours, dans des compositions souvent baroques qui jouent des effets de redoublement et de miroir. Quand il entreprend à partir de 1975 "? Légendes ? " qui deviendra Ostinato, il pose définitivement crayons et pinceaux. Mais le détour par la peinture, par les visions qui s'imposent à lui pendant ces années, a nourri le retour à une écriture poétique et obliquement autobiographique. Pour accompagner ce voyage dans les tableaux et les dessins, l'ouvrage propose aussi plusieurs pistes de réflexion sur les liens entre écriture et dessin. L'introduction de Dominique Rabaté revient sur la puissance onirique des tableaux. Bernard Vouilloux établit avec soin la chronologie des dessins en commentant précisément leur évolution. Pierre Vilar déplie les trois temporalités qui fabriquent le pouvoir d'étrangement de visions qui consonnent avec celles de Klossovski ou de Bettencourt (dont les textes sont ici repris en fin de volume). Nicolas Pesquès suggère deux récits critiques qui rendent compte du hiatus et des liens entre littérature et peinture chez des Forêts.
Sans qu'on y prête attention la notion de chef-d'oeuvre est sortie du vocabulaire de l'art contemporain. On ne parle plus de chef-d'oeuvre que pour l'art du passé, et encore. Pris séparément, les mots qui composent l'expression sont eux-mêmes démodés. A l'heure du management libéral, "Chef" et "oeuvre" sonnent trop "vieux monde" , on ne trouve plus de chefs que dans quelques niches : les gares, les cuisines, les orchestres symphoniques... ! Les artistes pensent davantage leur production comme un continuum au sein duquel les pièces découlent les unes des autres et pour lequel c'est la cohérence de l'ensemble qui fait sens. A l'heure des réseaux sociaux et de l'interactivité sans fin, il y a dans "chef" et dans "oeuvre" quelque chose de bourgeois et de vaniteux qui date. Les historiens eux-mêmes n'utilisent plus guère le mot, même pour les oeuvres anciennes préférant laisser cette forme superlative à la littérature touristique et à l'emphase des marchands. On peut donc se demander de quoi cette disparition est-elle le symptôme, par quoi elle a été comblée et ce qu'est devenu ce mot maintenant qu'il ne joue plus son rôle de référence absolue, s'il a rejoint les poubelles de l'Histoire ou s'il se tient tapi dans des limbes d'où l'on peut s'attendre de le voir surgir à un moment ou à un autre. Le livre se propose de voir ce qu'il en est du chef-d'oeuvre aujourd'hui et si sa disparition est un symptôme permettant de comprendre notre contemporanéité. Deux textes pour deux approches différentes, celle d'un artiste et celle d'un critique. Deux approches qui se reflètent, se complètent, se contredisent... pour que chacun puisse faire le procès critique de cette notion.