Estomaquant de bêtise. Voici les premiers mots qui surgissent à l'esprit quand il faut évoquer Fumiers et Cie. Et encore, c'est bien parce que la décence nous y oblige que d'autres qualitatifs plus explicites ne viennent pas décrire le dernier opus de Tom Sharpe traduit aux éditions 10/18. Jamais en reste, la quatrième de couverture ose vanter les mérites de ce "mélange des Marx Brothers et d'humour anglais..." En fait, le drame, c'est qu'il s'agirait plutôt d'un mauvais amalgame de sketches ineptes et mal menés, noyés dans une sauce qui tente laborieusement de plagier l'ironie british. L'entourloupe est un peu grosse, un peu comme quand on vous vend des babouches Louis Vuitton aux puces de Barbes en vous jurant qu'elles sont authentiques. Vague réminiscence du loufoque hollywoodien des années trente - clin d'oeil à l'intemporel Helzapopin - le roman suinte l'humour fastidieux des mauvais scénari américains. On imagine d'ici un petit scénariste partant d'un rire crispé en lisant les dialogues à son producteur consterné. Si vous croyez cette critique excessive, un bref résumé du roman devrait vous prouver combien nous savons rester calme dans l'adversité. Sur 320 pages: un yuppie se fait virer de la city, part avec 1 million dans sa valise, gobe du jus de crapaud australien, manque de mourir d'overdose, finit nu dans le lit de la femme d'un inspecteur de police; tandis que de fil en aiguille un escadron de la BIR ( brigade d'intervention rapide) meurt exterminé par un chasseur à la retraite lors de l'attaque d'un vieux château. Par clémence pour l'auteur nous passerons sous silence le Rottweiler qui meurt émasculé, la fille d'un Duc et Pair qui part avec sa copine lesbienne, le commissaire de police qui se suicide à la pâte dentifrice... On aura beau se réclamer d'un hypothétique humour au troisième degré, le résultat laisse songeur.--A.M.F.--