Kerry Shale, un acteur spécialisé dans les voix-off, reçois un soir un étrange appel téléphonique : "M. Shale, je vous appelle de la part de Stanley Kubrick, le réalisateur. [?] Il s'agit d'être la voix de la bande-annonce de son nouveau film sur le Vietnam, Full Metal Jacket. [?] Cela pourrait-il vous intéresser ?" Kerry est enthousiaste à l'idée de travailler pour Kubrick. Il pense que ce sera un enregistrement expédié en quelques heures, comme c'est la norme pour une bande-annonce, mais il se trompe lourdement car Kubrick soumet en permanence ses interlocuteurs à des tests, sur chaque détail... et sans jamais donner les règles du jeu. C'est le "Test de Kubrick." Commence alors une épopée angoissante et férocement drôle, dans laquelle Kerry découvrira à ses dépends les méthodes de travail très particulières de Stanley Kubrick. La pièce repose sur une expérience vécue et a donc témoignage de premier rang. Mais nul ne sort indemne d'une rencontre avec un génie : Kerry Shale a donc attendu trente ans avant de nous livrer ce portrait d'un cinéaste qui ressemble étrangement à certains personnages de ses films...
Louis Edouard ; Ostermeier Thomas ; Borchmeyer Flo
Reda se lève et marche d'une extrémité à l'autre de la chambre. Reda : tu vas le payer, je vais te buter moi sale pédé, tu m'as insulté de voleur, je vais te faire la gueule pédale. Edouard, Voix intérieure : voilà pourquoi. Il désire et il déteste son désir. Maintenant il veut se justifier de ce qu'il a fait avec toi. Il veut te faire payer son désir. Il veut se faire croire que ce n'était pas parce qu'il te désirait que vous avez fait tout ce que vous avez fait mais que ce n'était qu'une stratégie pour faire ce qu'il te fait maintenant, que vous n'avez pas fait l'amour mais qu'il te volait déjà. Reda, hurlant : sale pédé ! T'es qu'un putain de sale pédé ! Il secoue Edouard. Soudain il se calme. Il l'embrasse. arrête d'avoir peur, je suis sensible, j'aime pas quand les gens ont peur ou quand les gens pleurent." En 2018, Thomas Ostermeier a adapté pour le théâtre le roman d'Edouard Louis, Histoire de la violence, avec l'auteur. Au coeur de la violence est le fruit de cette collaboration.
Un homme de 19 ans vient d'être jugé pour avoir poignardé mortellement son père. « Il n'a aucune chance », marmonne le gardien alors que les 12 jurés sont emmenés dans la morne salle des délibérations. L'évidence de la culpabilité semble impossible à contredire. Pourtant, un des jurés insiste pour passer en revue les faits une dernière fois. Il commence alors à soulever des doutes chez les autres, un à un.
Dans Fin de partie il y a déjà cette notion d'immobilité, cette notion d'enfouissement. Le personnage principal est dans un fauteuil, il est infirme et aveugle, et tous les mouvements qu'il peut faire c'est sur son fauteuil roulant, poussé par un domestique, peut-être un fils adoptif, qui est lui-même assez malade, mal en point, qui marche difficilement. Et ce vieillard a ses parents encore, qui sont dans des poubelles, son père et sa mère qu'on voit de temps en temps apparaître et qui ont un très charmant dialogue d'amour. Nous voyons deux êtres qui se déchirent, qui jouent une partie comme une partie d'échecs et ils marquent des points, l'un après l'autre, mais celui qui peut bouger a peut-être une plus grande chance de s'en tirer, seulement ils sont liés, organiquement, par une espèce de tendresse qui s'exprime avec beaucoup de haine, de sarcasme, et par tout un jeu. Par conséquent, il y a dans cette pièce - qui est à un niveau théâtral absolument direct, où il n'y a pas d'immense symbole à cher-cher, où le style est d'une absolue simplicité -, il y a cette espèce de jeu qu'ils se font l'un à l'autre, et qui se termine aussi d'une façon ambiguë parce que le suspense dérisoire de la pièce, s'il y a suspense, c'est ce fils Clov, partira-t-il ou non? Et on ne le sait pas jusqu'à la fin. Je dois dire aussi que c'est une pièce comique. Les exégètes de Beckett parlent d'un "message", d'une espèce de chose comme ça. Ils oublient de dire le principal, c'est que c'est une chose qui est une découverte du langage, de faire exploser un langage très quotidien. Il n'y a pas de littérature plaquée, absolument pas. Faire exploser un langage quotidien où chaque chose est à la fois comique et tragique.
Un des pionniers du Théâtre de l'Absurde, Samuel Becket, offre un spectacle qui fait rire jaune à plus d'une reprise. Deux personnages en attendent un troisième et pendant cette attente, ils refont le monde à leur manière. Jamais ce que l'on nomme l'absurde n'aura été si visionnaire et réellement vrai.