Lorsque Senancour publie, en 1804, Obermann, ce roman par lettres monodique et mélancolique passe inaperçu, ou presque. C'est la génération romantique qui va le découvrir, près de trente ans plus tard ; Sainte-Beuve, George Sand, Liszt y entendent l'annonce de leurs tourments métaphysiques, de leur élan vers l'idéal, de leur goût pour la haute montagne et pour la solitude. Senancour n'avait-il pas défini, dans un fragment prophétique, ce qu'était l'"expression romantique"? Cependant, si l'écrivain fut heureux de se voir enfin reconnu, il n'acceptait pas sans réserve le romantisme flamboyant de 1830. Il profite alors de cette gloire tardive, pour entreprendre une édition de ses "Ouvres complètes" qui ne vit jamais le jour. Mais des exemplaires préparés par lui avec des annotations manuscrites permettent de savoir quel était le texte définitif qu'il désirait laisser à la postérité. Cet ultime Obermann, que nous publions intégralement ici pour la première fois, est-il en recul par rapport à celui de 1804 ? Nous ne le croyons pas. Si Senancour, infiniment scrupuleux, corrige jusqu'à la fin ce qui lui semblait excessif dans la première version de son roman, ce n'est certes pas le signe d'un reniement, mais au contraire d'un désir d'atteindre un romantisme plus pur dans une incessante recherche de l'absolu.
Date de parution
01/06/2004
Poids
710g
Largeur
150mm
Plus d'informations
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EAN
9782745304513
Titre
OBERMANN. DERNIERE VERSION.
ISBN
2745304518
Auteur
SENANCOUR
Editeur
CHAMPION
Largeur
150
Poids
710
Date de parution
20040601
Disponibilité
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«Un magnifique livre, le pianto de l'incrédulité», disait Balzac, et Proust : «Senancour, c'est moi». Obermann fait en effet penser à un personnage de la Recherche qui n'aurait pas connu «le temps retrouvé» et il appartient à cette race de héros négatifs, d'athlètes du rien qui, de René à des Esseintes, Roquentin et Bardamu, poursuivent inlassablement leur voyage au bout de la nuit et de l'ennui : l'ennui que l'on appelait alors le mal du siècle et dont Senancour fut le prophète. Extraordinaire paysagiste, Senancour a fait aussi d'Obermann l'homme des hauteurs, l'homme du lac, du sapin et du glacier qui, dans la solitude des Alpes, voit les fleurs, «le barbeau des champs et la hâtive pâquerette comme l'expression d'une pensée dont le monde matériel voile le secret». «Ce serait assez de la jonquille et du jasmin pour me faire dire que, tels que nous sommes, nous pourrions séjourner dans un monde meilleur».
« On verra dans ces lettres l'expression d'un homme qui sent, et non d'un homme qui travaille. Ce sont des mémoires très indifférents aux étrangers, mais qui peuvent intéresser les adeptes. Plusieurs verront avec plaisir ce que l'un d'eux a senti: plusieurs ont senti de même; il s'est trouvé que celui-ci l'a dit, ou a essayé de le dire...Ces lettres ne sont pas un roman. Il n'y a point de mouvement dramatique, d'événements préparés et conduits, point de dénouement... On y trouvera des descriptions; de celles qui servent à mieux faire entendre les choses naturelles... On y trouvera de l'amour: mais l'amour senti d'une manière qui peut-être n'avait pas été dite. On y trouvera des longueurs: elles peuvent être dans la nature; le coeur est rarement précis, il n'est point dialecticien. On y trouvera des répétitions: mais si les choses sont bonnes, pourquoi éviter soigneusement d'y revenir...On y trouvera des contradictions, du moins ce qu'on nomme souvent ainsi. Mais pourquoi serait-on choqué de voir, dans des matières incertaines, le pour et le contre dits par le même homme? »