L'intellectuel compulsif. Ou La Réaction philosémite, II
Segré Ivan
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EAN :9782355261473
Dans Le Monde daté des 6 et 7 mai 2012 a paru l'article d'Alain Badiou titré : "Le racisme des intellectuels". Il y expliquait que la montée de l'extrême droite, en France et en Europe, est d'abord le produit d'un discours intellectuel et gouvernemental qui, depuis trente ans, a entonné le refrain du nationalisme et de la xénophobie. Il écrivait : "Comme toujours, l'idée, fût-elle criminelle, précède le pouvoir, qui à son tour façonne l'opinion dont il a besoin. L'intellectuel, fût-il déplorable, précède le ministre, qui construit ses suiveurs. [...] Ce sont eux qui doivent aujourd'hui rendre des comptes sur l'ascension d'un fascisme rampant dont ils ont encouragé sans relâche le développement mental." De ce "développement mental" témoigne à sa façon la récente élection à l'Académie française d'un intellectuel dont les acrobaties ont, depuis une quinzaine d'années, suscité l'admiration de quelques-uns, l'indignation de quelques autres et l'étonnement de la plupart. Nommons-le : Alain Finkielkraut. Surnommons-le : l'intellectuel compulsif. Au début des années 2000 Alain Finkielkraut animait une émission radiophonique hebdomadaire sur la Radio de la communauté juive (RCJ). Avec la montée d'un "nouvel" antisémitisme, l'homme était sur le qui-vive et d'humeur querelleuse. Le 29 novembre 2003, à l'antenne, il accusait Eyal Sivan, cinéaste israélien, d'être un acteur de l'"antisémitisme juif". Il lui reprochait d'être le coréalisateur avec le Palestinien Michel Khleifi du film Route 181 qui avait été diffusé sur Arte cinq jours plus tôt : Je dois dire que ce film [d'Eyal Sivan] est un appel au meurtre et j'accuse Arte de falsification et d'appel à la haine. [...] C'est, si vous voulez, l'un des acteurs de cette réalité particulièrement pénible, particulièrement effrayante, l'antisémitisme juif qui sévit aujourd'hui. [...] Il s'agit de les [les Juifs] tuer, de les liquider, de les faire disparaître pour permettre l'advenue justement, l'avènement de l'émancipation de tous les hommes. [...] Rien n'est plus douloureux pour les Juifs, qui en voient de toutes les couleurs aujourd'hui, que de subir l'assaut de cet antisémitisme juif. L'année précédente avait paru un livre raciste d'Orianna Fallaci, La Rage et l'orgueil ; en 2003 Arte diffusait un film de Michel Khleifi et Eyal Sivan, Route 181. L'intellectuel compulsif avait fait l'éloge du livre raciste, parce qu'il y décelait une "vérité" jusque "dans son exagération", mais il condamna le film d'auteurs, parce qu'il y décelait un "appel au meurtre" des Juifs. Le paradoxe est saillant, peut-être abyssal. Il fallait s'y arrêter. Faire oeuvre d'historien. Ce livre est un essai de micro-histoire contemporaine : on se saisit d'un fait saillant, significatif, symptomatique, on réunit une documentation, on en propose une analyse méthodique. Quelle est la faute des auteurs de Route 181 ? Sont-ils coupables d'avoir appelé au meurtre des Juifs ? Ou bien sont-ils coupables d'avoir proposé une autre vision du cinéma, de l'histoire et de la politique que celle de l'intellectuel compulsif et de ses semblables ? Que le dispositif israélo-palestinien conçu par Khleifi et Sivan dans le film Route 181 ait été qualifié d'"antisémite" n'est pas anodin. Que l'accusateur devienne académicien ne l'est pas moins. C'est la signature d'une époque, ou plutôt d'un pouvoir, qui est de plus en plus dominant. Au travers d'une analyse de cas, c'est l'analyse de ce pouvoir qui est en vue, pas tant le pouvoir d'une "idée", du reste, que celui d'un affect. C'est le pouvoir, nihiliste, d'une "passion triste", dirait Spinoza. Or pour contrecarrer l'ascension d'une passion triste, rien de tel que la joie, comme celle que procure, rationnel et ludique, clinique et cruel, le démontage d'une vile opération idéologique orchestrée par un intellectuel compulsif.
Nombre de pages
221
Date de parution
15/09/2015
Poids
258g
Largeur
130mm
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EAN
9782355261473
Titre
L'intellectuel compulsif. Ou La Réaction philosémite, II
Auteur
Segré Ivan
Editeur
NOUVELLES LIGNE
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130
Poids
258
Date de parution
20150915
Nombre de pages
221,00 €
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A partir des années 1980, l'idée s'est peu à peu imposée : le clivage politique fondamental ne serait pas de nature idéologique - opposant le capitalisme au socialisme - mais civilisationnel. Cette conception, formulée notamment par Samuel Huntington, divise le champ politique entre d'un côté les tenants d'une vision sécularisée des rapports entre les hommes et les sociétés - "l'Occident" -, et de l'autre les défenseurs d'une conception religieuse ou "indigène" . Or de manière paradoxale, elle semble également s'être imposée au sein de courants intellectuels et politiques qui, considérant que l'accroissement de la domination de l'homme sur la nature est indissociable de celle de l'homme sur l'homme, érigent la pratique indigène en figure principale de l'opposition à la logique du capitalisme. Mais la perpétuation de la guerre et de la servitude dans l'histoire de l'humanité procède-t-elle vraiment de la diffusion des appareils conceptuels produits par l'Occident ? Etudiant les déterminants des trois mouvements historiques que sont le développement du capitalisme, la colonisation des Amériques et la traite atlantique, Ivan Segré montre qu'il n'en est rien, et que seul le recours à des facteurs d'un autre ordre - les comportements économiques prédateurs et la xénophobie - rend intelligible le cours de l'histoire.
D'un côté, la révolution néolithique correspond à l'avènement d'un pouvoir qui s'exerce sur le travail humain, l'imperium, d'où procède l'antagonisme entre maîtres et esclaves, oppresseurs et opprimés. De l'autre, elle constitue l'amorce d'un processus d'émancipation, celui par lequel les êtres humains commencent à s'affranchir de l'empire des forces naturelles avec une détermination absolument nouvelle. Certains en ont déduit que la domination de l'homme sur l'homme était une condition de la transformation du monde. Telle est du moins l'idée que véhiculent les mythes des civilisations impériales de l'Antiquité, selon lesquels les humains auraient été créés pour servir les dieux ; celle dont témoignent aussi bien les thuriféraires du capitalisme. Où donc situer le point de rupture avec cette antique justification de la servitude ? Interrogeant, à la suite de Foucault, "la vérité sur ses effets de pouvoir et le pouvoir sur ses discours de vérité" , Ivan Segré situe celui-ci non pas dans l'émergence de la rationalité occidentale, mais dans le récit biblique de la création du monde et de l'humain. Car prise à la lettre, la Bible hébraïque se présente en effet comme un acte de subversion sans précédent des mythes impériaux. Nourri par une connaissance encyclopédique tant de la tradition philosophique que de l'histoire du judaïsme, cet essai propose une exploration inédite de l'injonction anarchique, ou adamique, à destituer le principe de domination.
Au croisement de la philosophie, de la sociologie et de la politique, "La Réaction philosémite" est l'analyse d'une modalité contemporaine du discours réactionnaire français. Après les attentats du 11 septembre 2001, est apparu en France et en Europe un courant idéologique renouant explicitement avec le mot d'ordre d'une "défense de l'Occident" tel que l'extrême droite avait pu en élaborer le contenu et la forme dans l'entre-deux-guerres, affirmant alors sa parenté idéologique avec le fascisme italien et l'antisémitisme allemand. La particularité de cet avatar contemporain, c'est, d'une part, qu'il se présente comme une "défense de la démocratie" contre le "totalitarisme" (communiste ou islamique) et, d'autre part, qu'il s'organise, chez certains idéologues français ici étudiés, autour des deux mots d'ordre que sont "la défense du sionisme" et la "lutte contre l'antisémitisme". Ivan Segré démontre que, par-delà ce rhabillage rhétorique, le contenu idéologique demeure pour l'essentiel inchangé, constituant l'invariant d'un discours qu'il convient précisément de qualifier de réactionnaire, en ce sens qu'il ne repose sur aucun contenu de pensée, sinon la peur, notamment du "musulman", du "progressiste" ou des "jeunes" des quartiers populaires. Mais y rôde également, sous-jacente, et plus fondamentale peut-être, une hostilité au philosophe, au penseur en tant que tel, et au peuple juif, en tant que l'un et l'autre affirment, contre la vacuité narcissique des valets d'Empire, la positivité joyeuse de leur être-là. r.
Au sujet du nom "Israël", bien des prises de position sont crispées, parce qu'irrationnelles. Qu'un nom soit noué à des affects, rien de plus normal, rien de plus commun. Mais la manière dont certains affects prennent le pas sur certaines raisons est parfois singulière, notoirement dans le cas des "juifs" et d'"Israël". Dans Les Pingouins de l'universel. Antijudaïsme, antisémitisme, antisionisme, Ivan Segré s'applique à reprendre le fil historique et politique des raisons : dans une première partie, il aborde la question à partir de l'antijudaïsme antique, puis chrétien, jusqu'à l'antisémitisme moderne. Dans une seconde partie, il aborde l'antisionisme. Il s'agit d'y voir clair, tout simplement. Il importait grandement qu'un livre sobre, réfléchi et cependant résolu apporte des éclaircissements à une question qui ne cesse de cliver, et de cliver bien au-delà, et souvent bien autrement que ne clivent d'autres questions, moins "sensibles" apparemment. La question d'Israël : un sujet en effet "sensible". C'est pourquoi il fallait un livre d'inspiration progressiste (l'auteur dit : "ouvrière") à la fois raisonné, instruit et senti.
La singularité du crime nazi dans l'Histoire est aujourd'hui connue sous le nom d' " Auschwitz ". Mais qu'en est-il exactement de cette singularité, qu'en est-il de la pensée de cette singularité ? Le propos de cet ouvrage est d'interroger des textes théoriques contemporains - philosophiques (Philippe Lacoue-Labarthe et Alain Badiou, mais aussi Martin Heidegger et Hannah Arendt), mathématiques (Jean-Yves Girard), psychanalytiques (Daniel Sibony), idéologiques ou antiphilosophiques (Eric Marty, Alain Finkielkraut, Jean-Claude Milner) - dans lesquels est abordée la question de la singularité d' " Auschwitz ".
La deuxième conférence internationale sur le sens et l'usage du mot " communisme ", organisée à l'initiative d'Alain Badiou et de Slavoj Zizek, s'est tenue à la Volksbühne de Berlin au mois de mars 2010.Après le succès de la conférence inaugurale de Londres, l'année précédente, il s'agissait cette fois d'ouvrir les débats à l'expérience et à la réflexion de philosophes venus d'autres régions du monde, et en particulier des pays de l'ancien bloc soviétique. Leur apport à la définition d'une idée renouvelée du communisme contribue ici de façon déterminante à ce que ce mot retrouve sa place et son aura dans les débats philosophiques qui touchent au problème de l'émancipation. " On le verra, toutes les interventions sont tendues entre deux périls. Le premier est qu'au nom de ce qu'a comporté de Terreur la figure des Etats qui s'en sont réclamé au XXe siècle, on finisse par ne réhabiliter le mot "communisme" qu'au prix d'une idéalisation totale de sa signification, éloignée de tout principe de réalité [ ... ]. Le second est qu'au nom des réalités politiques et économiques contemporaines [...], on finisse par faire du mot "communisme" l'index noble d'un opportunisme activiste ".
Si "barbare" est le nom d'une force envahissante, catastrophique, capable de faire razzia sur tout ce qui se présente sur son passage, alors le déploiement des capacités de production que le capitalisme opère en faisant du profit la règle de ses agissements est barbare. Il l'est parce que, s'étendant, il atteint et occupe le tout du monde, non seulement les espaces et les paysages, mais encore les pensées, le langage, les significations, bref la psychè, qu'elle soit individuelle ou collective. Félix Guattari proposa en son temps de lui opposer non pas exactement une écologie, mais une écosophie. Cette écosophie d'une part élargit la notion d'environnement, d'autre part fait valoir celle de mutation. Tel est encore l'enjeu : non pas se replier sur des formes de vie plus ou moins datées, non pas soutenir l'imaginaire d'une proximité avec une nature plus ou moins mythifiée, mais essayer des agencements. Ces mutations ne sont pas imposantes. Elles sont d'abord des essais mineurs. Pour les repérer et les penser, il faut changer l'échelle du regard et le registre des paroles. Dans les années trente du XXe siècle, un autre penseur, Walter Benjamin, considérant que la catastrophe n'était pas à venir mais déjà là, posait que "la tâche" , comme il disait, n'était pas de sauver un monde paradoxal puisqu'à la fois surabondamment muni, empli de productions de toutes sortes et pour cette raison même consommé et dévasté, oublié même comme monde. Elle impliquait qu'on accepte de faire le vide dans une époque où l'information avait remplacé l'expérience. Ce n'était ni pour aller dans le sens de cet "effroyable déploiement de la technique" qui avait "plongé les hommes dans une pauvreté tout à fait nouvelle" , ni, à l'inverse, pour restaurer ou rétablir un monde dont les conditions n'étaient plus réunies, mais pour faire valoir la décence du peu, "voir partout des chemins" , "déblayer" pour rendre ces chemins accessibles et "se mettre à leur croisée" . Ainsi ne s'agissait-il pas de dresser des murs ni des défenses supplémentaires. De même aujourd'hui, la question n'est pas que nous trouvions des munitions mais des ressources, c'est-à-dire à nouveau des sources, dont, quel que soit leur lieu, nous pourrions nous nourrir à moindres frais et dégâts et comparaître ainsi dans un espace peu à peu libéré de la domination.
André Gorz a traversé la seconde moitié du 20e siècle en témoin lucide de ses mutations économiques et sociales. Disparu l'automne 2007, il a laissé une oeuvre critique exigeante qui n'est réductible à aucun des courants poli-tiques constitués. Ses prises de position en faveur de la sortie progressive du capitalisme se fondent sur une proposition autogestionnaire très argumentée et s'articulent avec son souci précoce pour les enjeux écologiques. Car, affirmait-il, "c'est par la critique du modèle de consommation opulent que je suis devenu écologiste avant la lettre". Le socialisme qu'André Gorz appelle de ses v?ux est celui qui saura faire face à l'urgence des enjeux sociaux, économiques et écologiques inédits auxquels le monde est aujourd'hui confronté. Le présent ouvrage, conçu comme un hommage, est également le premier à proposer un regard sur l'existence et l'?uvre entières d'André Gorz.