La surprise du lieu, telle que nous l'entendons, n'a pas le statut de la rupture avec le familier : que je voie ce gravier à cet endroit de ce bord de ce chemin ne rompt guère mes habitudes et ne perturbe qu'à peine la banalité de ma vie. En ce cas, la surprise n'est en rien liée à un imprévu qui se concrétiserait, un impossible qui prendrait effet. Pas de surprise qui déboucherait sur un désarroi éphémère. Ce n'est pas qu'il y ait un gravier au bord de ce chemin qui est bouleversant (quoi de plus banal en effet) mais cette trivialité pour ce gravier de se trouver ici : ce qui me trouble durablement n'est pas un quelque chose qui m'arriverait mais seulement la présence passive d'une pauvre chose. Suite à ce premier temps de la surprise, je prends un second temps pour m'émerveiller de trouver cette chose (la plus modeste, peu importe) ici et non ailleurs. Je ne suis pas ému parce qu'il y aurait un affect lié à la chose ou à l'endroit qu'elle occupe : je ne regarde pas ce gravier comme je regarderai une photographie d'un être cher. Ce gravier et ce bord de chemin, je ne les rencontrerai sans doute plus jamais et ils ne m'émeuvent en rien parce qu'ils me rappelleraient un souvenir. Je ne partage avec eux ni passé ni avenir, et pourtant c'est par eux-mêmes ou plutôt par leur conjonction que je suis affecté : non par le charme de leur passéité ou la promesse de leur futur mais bien par le vertige de leur actualité.
Nombre de pages
112
Date de parution
07/11/2017
Poids
145g
Largeur
135mm
Plus d'informations
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EAN
9782343132211
Titre
Au lieu d'être. Vers une métaphysique de l'ici
Auteur
Rouvière Jean-Marc ; Zuppinger Thibaud
Editeur
L'HARMATTAN
Largeur
135
Poids
145
Date de parution
20171107
Nombre de pages
112,00 €
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Biographie de l'auteur Jean-Marc Rouvière a notamment publié Le silence de Lazare (Desclée de Brouwer, 1996) et Brèves méditations sur la création du monde (L'Harmattan, 2006). Il coanime l'Association Vladimir Jankélévitch et collabore à la publication d'ouvrages d'archives ou de travaux de recherches sur l'oeuvre du grand philosophe.
La morale est une création discontinuée. Elle n'est pas codifiable dans de gros livres moralisateurs. Elle n'est rien avant qu'une conscience humaine ne la suscite par des occasions qui la font exister en singularité ici et maintenant. Cet ouvrage désigne la morale non comme une manière possible d'agir que l'on devrait ou non confirmer par l'action mais comme la réponse de principe que donne, dans un réflexe mental, tel homme en prise à tel cas de conscience.
Dans le sillage de Au lieu d'être (2017), cet essai prend appui sur l'exemple trivial d'une pierre anticipée sur le chemin. Il se déploie en un tuilage d'esquisses qui, dans une certaine mesure, peuvent être lues indépendamment les unes des autres. Elles décrivent le phénomène de cette anticipation singulière afin de le porter aux concepts. L'auteur fait appel non seulement à la philosophie mais aussi aux penseurs de la peinture, de la littérature ou de la poésie. La chose effective et la chose anticipée sont reliées par un certain rapport d'exemplarité : l'image créée de la pierre a l'ambition de tendre vers une représentation adéquate de la pierre effective sous l'angle de l'objet bien qu'imparfaite sous celui de la chose. En se concrétisant, les attributs objectifs (forme, taille, poids...) se chosifient, c'est-à-dire se particularisent et, en conséquence, ne peuvent se retrouver identiques dans toutes les choses mais seulement de manière approximative. Entre l'effectif et l'anticipé il n'y a ni hétérogénéité objective radicale (sauf à se tromper d'anticipation), ni amalgame chosique (sauf par un hasard infiniment improbable). L'anticipation demeure toutefois fondée et possible du fait d'une certaine unité analogique qui consiste en ce que la chose effective imite la chose anticipée autant qu'elle le peut.
L'année 2010 marquera, pour de nombreux pays africains surtout francophones, 50 ans d'indépendance, donc de gestion du pouvoir entre les mains des élites dirigeantes africaines. Seulement, un demi-siècle plus tard, un constat se dégage de l'ensemble des Etats africains : le développement semble s'éloigner de l'Afrique au fur et à mesure que les années passent. Pourquoi l'Afrique demeure-t-elle à la traîne malgré toutes les richesses qu'elle possède ? Le continent noir peut-il se sortir du piège de l'aide pour son développement si la bonne gouvernance s'installe effectivement et si les mentalités changent radicalement ? Compte tenu de l'apport remarquable des diasporas intellectuelles notamment chinoise et indienne pour l'émergence de la Chine et de l'Inde, la diaspora intellectuelle africaine, avec l'élection du fils d'Afrique Barack Obama à la Maison Blanche, ne constitue-t-elle pas le meilleur pilier de l'Afrique pour sortir du labyrinthe de la néguentropie ? Dans le cadre de mes recherches de plus d'une décennie, je présente également ce que l'on pourrait assimiler à une nouvelle théorie des relations Nord-Sud. Ce sont ces réflexions et interrogations auxquelles nous essayons de trouver des solutions pour l'avenir de l'Afrique avec quelques brillants intellectuels de la diaspora africaine d'Europe et d'Amérique du Nord.
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