Cette étude s'emploie à montrer le rôle déterminant du corps dans l'ensemble de l'oeuvre de Jean Giono. Elle procède du constat de la dimension très incarnée des créatures et de la création gioniennes, propose un éclairage englobant les différentes " manières " de l'auteur, dont elle confronte en outre le travail à certains enjeux théoriques de la littérature du XXe siècle. Car Giono n'est pas seulement un écrivain en réaction contre l'évolution mécanique, meurtrière et moderniste de son époque. Son ancrage originel dans une civilisation paysanne privilégiant le sensoriel ne l'enferme pas dans une louange nostalgique. Son pacifisme exacerbé par deux guerres mondiales ne l'empêche pas de reconnaître et de sonder l'inhumain au coeur de l'humain. Enfin son attachement aux formes traditionnelles du roman (l'auteur, les personnages, la fiction) n'exclut nullement la lucidité critique et des jeux narratifs virtuoses. C'est en artiste sans esprit de sérieux que Jean Giono raisonne sur la condition terrestre d'individus écartelés entre leur désir de se fondre dans le monde et leur discontinuité, et c'est en romancier jouisseur qu'il explore les limites de la littérature : c'est en créateur incarné qu'il interroge son rapport au réel. Le corps est constamment à l'oeuvre dans l'univers de Giono parce qu'il est l'objet de descriptions fascinées et le thème privilégié d'une narration qu'il nourrit tout en la bouleversant. Il travaille à mettre au monde les personnages et l'auteur, mais il les y oppose aussi bien, en se plaçant à l'envers de la plénitude de l'univers, du côté du néant, à l'envers du réel auquel l'imaginaire tend à se substituer et à l'envers de la parole qu'il confronte à son impuissance. Le corps est au principe de l'oeuvre gionienne parce qu'il y condense l'incessante remise en jeu du réel par l'écriture et de l'écriture par le réel.
Date de parution
27/04/2009
Poids
820g
Largeur
155mm
Plus d'informations
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EAN
9782745317698
Titre
JEAN GIONO. LE CORPS A L'OEUVRE
Auteur
ROMESTAING ALAIN
Editeur
CHAMPION
Largeur
155
Poids
820
Date de parution
20090427
Disponibilité
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Le regain actuel d'intérêt pour les animaux résulte de profonds changements socioculturels, de préoccupations environnementales et des progrès considérables de la recherche scientifique - qui donne désormais accès, au moins partiellement, à la subjectivité et aux cultures animales. Dans le domaine littéraire, cet intérêt se manifeste également : en France, émergent "les études animales", et même une "zoopoétique" sous l'impulsion d'Anne Simon. Dans cette nouvelle perspective, le temps est venu de s'intéresser à des sujets (la campagne, la pêche, la chasse...) considérés en France comme désuets voire réactionnaires, et souvent cantonnés aux genres rustique ou animalier. Or, que ce soit dans des oeuvres du début du XXe siècle ou dans des oeuvres postérieures et même contemporaines, le monde rural - de plus en plus bouleversé socialement et économiquement - favorise les "communautés hybrides" (Lestel) et ouvre à des "mondes animaux" (Uexkull), ce qui permet de poser d'autant mieux la question cruciale des liens entre hommes, bêtes et écriture.
Les Ames fortes occupe une position singulière dans l'oeuvre de Jean Giono. Encore plus qu'avec Un roi sans divertissement qui avait pourtant beaucoup déconcerté en 1947 et de façon plus subtile que dans Noé (1948) où les multiples récits sont ouvertement présentés comme des développements imaginaires, cette troisième Chronique déroute par sa complexité. Ce récit d'une vie à deux voix pour le moins équivoques, notamment celle de l'intéressée, Thérèse, est un agencement de versions résolument antinomiques et qui pourtant s'ajustent pour dessiner peu à peu le plus grinçant des portraits de l'espèce humaine. Avant les expériences du Nouveau Roman, l'auteur semble s'y complaire à éprouver le lecteur dans son désir d'adhésion à un texte contradictoire et d'identification à des personnages à l'identité éclatée. A la "vérité plurielle" de ce récit est consacrée une lecture plurielle offrant des angles d'approche multiples, de nombreux repères contextuels et Intertextuels, variant les échelles et les méthodes entre étude de réception, histoire littéraire, stylistique, critiques génétique, thématique et générique.
La fascination pour les bêtes sauvages, bien mise en évidence par Jean-Christophe Bailly dans Le Versant animal, s'étend aussi aux textes qui parlent des animaux. Devenue scientifiquement obsolète comme discipline, l'histoire naturelle, dans son ambition inassouvie d'inventaire universel, peut désormais être explorée comme une réserve poétique de discours sur le monde animal. Entre les lignes, elle dit le besoin de raconter des histoires de bêtes, et souligne ainsi l'importance non seulement de la description mais aussi du récit dans l'élaboration des savoirs. S'interroger sur les échos de l'histoire naturelle, depuis Buffon, dans la littérature française, en mettant l'accent sur les textes des XXe et XXIe siècles, nourris de darwinisme et d'éthologie, revient à poser à nouveau frais la question des rapports, au sein du monde animal, entre l'humain et le non-humain. Erudition et fantaisie se côtoient dans des textes qui ne dissimulent plus leur empathie à l'égard des bêtes - dans le cadre désormais reconnu, mais menacé, d'une appartenance commune au monde vivant.
L'angle d'approche choisi pour le présent ouvrage surprendra peut-être les amateurs de l'oeuvre de Giono. On s'attend en effet à ce que le motif des cosmétiques soit d'une importance mineure dans un univers romanesque d'abord ancré en pleine nature. Pourtant, les parfums, les fards, les huiles entrent avec le corps, et notamment avec la peau, dans de subtiles dialectiques du naturel et de l'artifice, de la surface et de la profondeur, du sain et du malsain et jouent avec le désir, la réalité, le néant. Jean Giono, Corps et cosmétiques est le premier volet d'une réflexion sur la représentation, les usages et les langages du corps dans l'oeuvre de Jean Giono.