La musique au fusil. Avec les Poilus de la Grande Guerre
Ribouillault Claude
ROUERGUE
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EAN :9782812606205
Extrait Prologue Imagine... «Si tu veux vraiment te figurer ce qu'est la guerre, imagine...» «Imagine que tu es né dans un petit village ; qu'à l'école tu t'es fait des amis, des copains ; qu'adolescent, tu as été conscrit ; que tu as fait ton service (deux ans, trois ans après 1913) ; que tu as bu, que tu as ri, chanté avec les copains ; mais qu'un jour, il a fallu repartir, pour le front ; qu'un autre jour il a fallu sortir de la tranchée, la peur au ventre, et charger... Que tu es revenu un peu plus tard presque fou, à la main la main de ton ami d'enfance, son pied, sa tête, et la figure éclaboussée de sa cervelle ; celui avec lequel tu avais chanté et sans lequel il faudrait continuer, pour se griser et se faire croire que la vie reste «normale»... Si vraiment tu peux t'imaginer tout cela, comprendre que ce ne sont pas seulement des mots dans les livres inventés pour faire peur aux enfants et emmerder les élèves ; alors tu sauras un peu ce qu'est la guerre...» Ce discours, Henri Gautier, mon grand-oncle, me l'a souvent tenu, avec des roulements de r, pour maquiller la crudité de quelques mots, une crudité dictée par la vigueur du souvenir. Ses chansons, soigneusement compilées dans un carnet fort épais, il les avait recueillies sur le front, à l'arrière et dans les camps de prisonniers. Elles ne m'ont pas quitté pour des raisons sentimentales d'abord ; mais aussi parce qu'elles reflètent une réalité paradoxale et méconnue, qui n'est surtout pas une incitation à la guerre, ni un docte cours de pacifisme, mais un indice fort d'humanité, et du poids de la musique face au désespoir ou à l'hébétude. Alors imaginons : c'est la guerre ! L'une des plus dures, à tout jamais, que le monde ait connues. Et, à quelques centaines de mètres, alors qu'on entend encore nettement le bruit effrayant des combats, des hommes occupent leurs «loisirs» ! Cela semble incroyable : ils font de la musique ! Ils ont fabriqué des instruments avec des matériaux de récupération et des outils improvisés. Ils jouent entre eux et vont jusqu'à créer des spectacles. Est-ce franchement choquant ou simplement paradoxal ? C'est un fait. On peut même se risquer à dire que c'est justement l'horreur de ce conflit qui a réclamé une telle «soupape». Étudier les musiciens et les musiques populaires est riche d'enseignement pour l'historien. C'est un biais unique pour approcher et mieux comprendre les motivations, la culture des uns et des autres, pour mieux établir des parallèles entre les deux camps, pour tâcher d'apprécier plus clairement la part des manifestations instinctives et de celles qui furent suscitées par le commandement. Mais, plus que tout cela, une évidence ressort d'une telle approche : pratiquer et écouter de la musique semble permettre la survie mentale. En effet, cette conflagration mondiale est une période à la fois dramatique et étonnante, glorieuse et révoltante de notre histoire. Elle parle d'autant plus à nos sentiments lorsqu'elle est envisagée comme un voyage parmi les refrains, les doutes, les fêtes, la peur, les joies, la révolte et les instants de fierté de ces poilus alliés et de leurs homologues Feldgrauen. Partons. Partons pour un voyage parmi les photos, les cartes postales, les souvenirs matériels, les objets façonnés, les témoignages, les dessins, les journaux, les cahiers de mémoires ou de chansons que nos arrière-grands-pères échangèrent et regardèrent ; partons au milieu d'une société masculine à la fois égalitaire, dans chacun des camps confraternelle, et fortement structurée, pour qui la musique fut tantôt un cri, tantôt une mise entre parenthèses de l'idée de la mort, tantôt un refuge de poésie, tantôt l'absurdité décapante et salvatrice de la joie collective. Par ailleurs, ces multiples portraits d'hommes sont aussi l'occasion de comprendre ce que ces quatre années vont changer. Il s'agit bien de réelles mutations : la plupart des historiens considèrent la Grande Guerre comme la fin véritable du XIXe siècle. Cette période va accélérer, d'une part, la fin d'une culture ancrée dans un passé encore majoritairement rural et déclencher, d'autre part, l'envol, à peine esquissé auparavant, d'une culture nouvelle, essentiellement urbaine. Avant le conflit : un monde agricole équilibré, aux traditions stables, à peine perturbées par les débuts français de la Révolution Industrielle. (...)
Résumé : Par définition, le droit à la différence n'exclut pas la différence ; il ne la digère pas non plus pour la rendre invisible. Si ce qui échappe à la norme a frappé les imaginations au point d'alimenter les mythologies, c'est que plus généralement nul n'est exactement semblable aux autres. Dans cette permanente confrontation des identités de chacun, l'humanité peut se questionner aussi par la taille. Nains, hercules et géants ont ainsi alimenté des imagiers, plus ou moins trafiqués, plus ou moins fantasmés, qui ont trouvé un âge d'or avec les premiers pas de la photographie. Construit autour d'albums d'images rassemblés par Claude Ribouillault, ce livre témoigne de la manière dont la réalité constamment alimente le rêve. Les physiques extrêmes, piments des théogonies, mènent ainsi naturellement aux tréteaux des foires, au théâtre, au cirque voire aux palais où les puissants de ce monde se plurent à collectionner nains de compagnie et milices de géants. Fous des princes, nains circassiens, crétins des sommets, hercules de pacotille et colosses authentiques croisent leurs démesures dans cet imagier qui nous jette littéralement aux yeux la diversité de nos humanités et questionne la puissance et la persistance des stéréotypes.
Résumé : Pas d'odyssée sans chant. Sur les mers et les océans, mais aussi les fleuves et les rivières, les gens du bord chantent et dansent, inventent des répertoires, font voyager des instruments. Leurs chansons, qu'elles contribuent à nourrir leur mythologie ou encouragent le travail (chansons à haler, à hisser, à virer, etc.), racontent un mode de vie, une fraternité qui recoupe parfois celles de ces autres milieux fermés que forment les internats, les prisons ou les armées en guerre. A partir d'une importante documentation personnelle réunie depuis de longues années (cahiers de chansons, instruments issus de lutheries professionnelle ou amateur, collectage de témoignages, etc.), Claude Ribouillault interroge ces répertoires et la manière dont ils se sont formés, d'une corporation à l'autre (charpentiers de marine, marins militaires, terre-neuvas, etc.), d'une langue à l'autre, par métissages et créolisations, par circulation des équipages et destinées cosmopolites, dans l'univers des marins professionnels mais aussi dans celui de ces navigants d'infortune que furent les esclaves emportés par les navires négriers.
Décider qu'une chose n'existe pas n'a jamais empêché certains d'y croire. L'idée que magie noire, sortilèges et sorcellerie seraient d'un autre âge est répandue. Que dire en effet de la véracité d'un miracle, d'une malédiction, d'un envoûtement ? ... Il s'agirait de vieilles superstitions, désuètes et même ridicules. Cependant, des rencontres, des récits, des convictions sembleraient clairement démontrer que la réalité est plus complexe. On peut certes tout rejeter sans un regard, mais voilà : plus on s'immerge sans apriori dans le vaste domaine des mystères, plus germent çà et là, au milieu des certitudes confortables, des doutes raisonnables et une considération irrépressible pour la sincérité des témoignages. Même si la sorcellerie et les sorts jetés n'étaient qu'illusions mensongères, reconnaissons néanmoins leur présence têtue dans les croyances de nos sociétés d'aujourd'hui. Les explorer constitue même une piste riche d'enseignements pour mieux comprendre et définir des limites dont celles, troubles, entre le Bien et la Mal, le Blanc et le Noir, le vrai et le légendaire, une éventuelle authentique sorcellerie et celle des charlatans... Quand on décide de ne pas croire, on se protège avec une suffisance dont les bases sont peu discutables, mais on ferme délibérément les yeux. Quand on y croit juste un peu, au contraire, ou que, simplement, on s'y intéresse, toutes ces mystérieuses pratiques et leurs résultats se mettent 3 vivre, avec leurs adeptes, leurs rituels, leurs victimes, leurs plus anciennes mémoires, leur géographie et même leurs incohérences. Depuis les magiciens mythologiques et les secrets de la Nature jusqu'au sorcier piquant d'épingles une statuette, en passant par les pactes avec les figures du Diable, les remèdes et les incantations magiques, cet ouvrage explore la suspicion, à travers les racines d'Une actualité des convictions et des pratiques, celle d'éventuels pouvoirs agissant en secret, jusqu'aux démoniaques calomnies anonymes et aux diffusions de fausses nouvelles.
Résumé : Un beau-livre qui révèle les secrets et techniques des sourciers. Depuis toujours, l'Homme a repéré et inventorié, en plus du maillage large des lacs et rivières, les endroits de contact entre le monde des eaux souterraines et celui où notre vie peut s'épanouir. On a très vite associé des cultes et des croyances à ces lieux d'où sourdent ou jaillissent les sources, issues du monde invisible et mystérieux des entrailles terrestres. Etonnamment, c'est le même mot invention qu'on utilise parfois pour désigner ce qui est créé ou ce qui est trouvé. Cet ouvrage se propose justement d'explorer les liens entre deux types d'acteurs inventeurs : - les démiurges pourvoyeurs d'eau (fées, prophètes, saints...) qui, par la foi, la magie ou selon la légende, auraient été créateurs de sources ; - les sourciers/sourcières qui, par don ou savoir-faire, ont pu être les découvreurs désignant les points où il fallait creuser pour puiser le liquide vital.
Darwin est un dingue de Banksy. Alors quand il apprend que le street artiste a créé une nouvelle oeuvre à Marseille, il lâche tout pour aller la voir. Mais là-bas, c'est plus qu'un graff qui l'attend. C'est toute la richesse de la cité phocéenne et des gens qui y vivent ! Pris sous les ailes de Yasmina et Yakoub, un couple de restaurateurs, Darwin découvre la cuisine palestinienne, le courage des exilés et surtout l'amour, auprès d'une fille qui navigue entre les cultures : la belle et flamboyante Massilia !
Lou a une bande de pote. Avec eux, elle grandit, sort doucement de l'enfance, va au lycée, fait la fête, fait des conneries, prépare son bac, se dispute et se marre. La vie quoi. Quand avec ses amis, elle découvre dans une grotte à côté de chez eux, trois migrants, une jeune fille et ses oncles, leur quotidien à tous prend un tournant inattendu. Pour eux, c'est inconcevable de ne pas les aider. Pour Lou, encore plus. Mais comment faire ? Et comment expliquer sa fascination pour Farah, son histoire terrible, ses yeux vairons, son sourire et sa force ? Avec toute la justesse qui caractérise son écriture, Myren Duval peint l'adolescence aux prises avec l'un des plus grands drames contemporains. Jamais larmoyant, à la fois drôle et touchant, un roman nécessaire !
Dès la première année de la Grande Guerre, l'idée se répand chez les Français qu'une odeur nauséabonde accompagne l'ennemi. Présente dans le sillage des troupes, elle imprégnerait les lieux occupés par les Allemands et, pour certains, elle infesterait même leurs cadavres. Aberrante au premier abord, la dénonciation olfactive de l'ennemi est trop présente pour être mise sur le compte de l'égarement de quelques-uns. On mesure à la lecture d'écrits intimes, de correspondances et de la presse que la puanteur allemande n'est pas un objet de propagande, mais un préjugé ancré auquel le monde scientifique apporte sa caution. En effet, s'appuyant sur des enquêtes et des comparaisons de prélèvements, le Docteur Edgar Bérillon interprète le mystère de la mauvaise odeur allemande comme le résultat d'une absence de contrôle des affects entraînant une sudation surabondante. Il s'agit, selon ce médecin reconnu, d'un caractère de race qui trahit l'essence animale de l'adversaire. Une "racialisation" du conflit se met en place dont la rhétorique va prospérer pendant tout le XXe siècle. Ce livre original apporte ainsi une contribution importante à une anthropologie historique de l'altérité, voire de la haine.
Keegan John ; Keruzoré Noëlle ; Cervesi Pierre-Oli
Résumé : John Keegan, considéré comme l'un des plus talentueux historiens de la guerre, présente une histoire de 1914-1918 sans équivalent aujourd'hui, celle d'une guerre qui implique Africains autant qu'Indiens, Canadiens ou Japonais. En même temps, il n'oublie ni les enjeux nationaux ni les tensions sur les lignes de front, et cette perspective lui permet de s'affranchir des stéréotypes couramment répandus, tels que la responsabilité écrasante de l'Allemagne dans le déclenchement du conflit, de la guerre fraîche et joyeuse des débuts, les " erreurs " allemandes sur la Marne ou à Verdun, les mauvais choix stratégiques anglais ou les insuffisances chroniques de la France. Il replace dans leurs justes proportions le rôle des Russes, le poids des Autrichiens, des Britanniques ou des Américains. Par son analyse originale, il réussit à donner la mesure mondiale de cette guerre et de ses conséquences.
Les facettes de Thomas Edward Lawrence (1888-1935) sont si nombreuses que sa vérité est plus insaisissable que la légende qu'ont propagée ses hagiographes comme ses détracteurs. Historien et archéologue, orientaliste, poète, géologue, photographe, diplomate, agent de renseignements, chef de guerre, il fut l'ami d'hommes aussi différents que Winston Churchill et Bernard Shaw. D'une incroyable témérité, héros de la Grande Guerre au Proche-Orient, il souleva le monde arabe contre le vieil Empire ottoman et sa guérilla du désert apporta une contribution décisive à la victoire alliée. Mais plus que tout c'était un écrivain, et la prose dense, intense, des Sept Piliers de la sagesse captive son lecteur en lui jetant sous les yeux une poétique moisson de paysages, d'actions, de réflexions, de visages. Il pouvait prétendre aux plus grands honneurs, mais il s'en détourna pour se fondre dans la masse des sans-grade d'une armée de métier. Simple mécanicien dans les armes techniques, il écrivit alors un autre chef-d'oeuvre, plus introspectif que le précédent, La Matrice. La lutte de ce serviteur de l'Empire britannique et des peuples arabes fut certes trahie par le cynisme des politiques, mais son génie sut transmuer ses échecs et sa misère intime pour les dépasser et en faire des oeuvres de vérité. André Guillaume est professeur émérite de civilisation britannique à l'université de Paris-IV-Sorbonne. Spécialiste de la littérature anglaise du XIXe siècle, il a établi et traduit, avec Renée Guillaume, la grande édition de référence en langue française des Sept Piliers de la sagesse ('La Pochothèque', 1995).