Le dépérissement de la politique. Généalogie d'un lieu commun
Revault d'Allonnes Myriam
FLAMMARION
9,20 €
Epuisé
EAN :9782080800329
La politique est atteinte d'une maladie de langueur : elle n'en finit pas d'en finir. Et au catalogue des idées reçues, son " dépérissement " occupe aujourd'hui une place très en vue : vidée de son contenu, vouée à l'impuissance, elle n'oriente plus les conduites, elle ne cristallise plus les passions, elle ne propose plus d'idéaux. D'où la kyrielle des termes, et l'on en passe, qui qualifient le rapport que nous entretenons avec elle : déception, désintérêt, désenchantement, méfiance, discrédit... A la chronique de cette mort annoncée, ce livre, à travers une double généalogie - celle du sens commun et celle de la tradition philosophique -, voudrait opposer l'acceptation d'une fragilité essentielle qui résiste à la sempiternelle prophétie de la fin. La politique, loin d'être frappée d'impuissance, se voit certes assigner des limites, et exerce une action sans garantie ultime ; mais, contre le lieu commun de la déshérence, elle choisit la tâche de la transmission. Car il s'agit d'assurer aux générations ultérieures un héritage qui n'est peut-être " précédé d'aucun testament ". Et c'est alors une autre intelligence de la politique qui permettrait d'en repenser aujourd'hui les représentations et les pratiques.
Nombre de pages
318
Date de parution
10/01/2002
Poids
215g
Largeur
108mm
Plus d'informations
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EAN
9782080800329
Titre
Le dépérissement de la politique. Généalogie d'un lieu commun
Auteur
Revault d'Allonnes Myriam
Editeur
FLAMMARION
Largeur
108
Poids
215
Date de parution
20020110
Nombre de pages
318,00 €
Disponibilité
Epuisé
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L'irruption récente de la notion de "post-vérité", désignée comme mot de l'année 2016 par le dictionnaire d'Oxford, a suscité d'innombrables commentaires journalistiques, notamment sur le phénomène des fake news, mais peu de réflexions de fond. Or, cette notion ne concerne pas seulement les liens entre politique et vérité, elle brouille la distinction essentielle du vrai et du faux, portant atteinte à notre capacité à vivre ensemble dans un monde commun. En questionnant les rapports conflictuels entre politique et vérité, Myriam Revault d'Allonnes déconstruit nombre d'approximations et de confusions. Elle montre que le problème majeur de la politique n'est pas celui de sa conformité à la vérité mais qu'il est lié à la constitution de l'opinion publique et à l'exercice du jugement. L'exploration du "régime de vérité" de la politique éclaire ce qui distingue fondamentalement les systèmes démocratiques, exposés en permanence à la dissolution des repères de la certitude, à la tentation du relativisme et à la transformation des "vérités de fait" en opinions, des systèmes totalitaires, où la toute-puissance de l'idéologie fabrique un monde entièrement fictif. Loin d'enrichir le monde, la "post-vérité" appauvrit l'imaginaire social et met en cause les jugements et les expériences sensibles que nous pouvons partager. Il est urgent de prendre conscience de la nature et de la portée du phénomène si nous voulons en conjurer les effets éthiques et politiques.
On ne parle plus aujourd'hui d'une crise succédant à d'autres crises - et préludant à d'autres encore -, mais de "la crise". Désormais globale, touchant aussi bien la finance que l'éducation, la culture, le couple ou l'environnement, elle est aussi devenue permanente. Nous n'en voyons pas l'issue : elle est la trame même de notre existence. La crise, plus qu'un concept, est une métaphore qui ne rend pas seulement compte d'une réalité objective mais aussi d'une expérience vécue. La modernité, dans sa volonté d'arrachement au passé et à la tradition, a dissous les anciens repères de la certitude qui balisaient la compréhension du monde : l'homme habite aujourd'hui un monde incertain qui a vu s'évanouir tour à tour l'idée de temps nouveaux, la croyance au progrès et l'esprit de conquête.
Au XXesiècle, les "camps" où des Etats et des régimes politiques programmèrent l'anéantissement de l'homme ont révélé la "condition inhumaine". L'histoire a pris le visage non plus du destin mais de la terreur. D'où la question : avons-nous vu surgir la figure exceptionnelle du mal, du mal dans une violence et une horreur sans précédent ? Ou bien avons-nous affaire ici, comme l'affirme Hannah Arendt, à la banalité du mal, tout simplement ? C'est de cette expression, dont le sens a été usé avant même d'avoir été compris, que part Myriam Revault d'Allonnes pour tenter d'approcher ce que l'homme peut faire à l'homme, c'est-à-dire la virtualité toujours présente du mal politique. Pour comprendre le présent de ce mal, il faut rouvrir le passé, remonter au mal radical selon Kant, revenir aussi au lien entre le tragique et la capacité d'institution politique chez Aristote ; puis relire les Modernes, tels Hobbes et deux de ses grands commentateurs, Carl Schmitt et Leo Strauss. On trouvera dans cette lecture inédite, comme un fil conducteur, l'idée d'une humanité dénuée de toute prétention à l'innocence, d'une humanité rendue au mal de la liberté (de sa liberté) et donc à sa puissance d'agir.