En 1886, Élisée Reclus (1830-1905), anarchiste ayant pris part à la Commune de Paris, mais aussi géographe de premier plan, attentif à l'histoire et à l'environnement écologique des populations, consacre au Maroc un chapitre du tome XI de sa Nouvelle Géographie universelle. Nous reproduisons ici ce chapitre. Reclus étudie notamment l'impact d'un relief tourmenté (le « système de l'Atlas ») sur le morcellement de tribus inégalement soumises au pouvoir politique central du sultan, dont le prestige religieux fait par ailleurs l'unanimité. Outre la distinction ethnologique et linguistique entre populations berbères et populations arabes, il insiste sur l'opposition entre « bled el-makhzen » (régions soumises au pouvoir central) et « bled es-siba » (régions réfractaires à l'impôt et à la conscription). Le parcours des régions ? dont certaines, au nord et au centre, sont encore mal connues ? et des principales villes lui permet de décrire des activités agricoles, artisanales et commerciales très diverses. Il constate, de plus, que la double façade maritime du Maroc favorise une ouverture économique, linguistique et culturelle aux pays européens. Ce sont là, selon lui, autant de signes précurseurs d'une colonisation qu'il juge prochaine, inexorable et dont il souhaite qu'elle n'entraîne pas, comme ce fut le cas lors de l'annexion de l'Algérie par la France, un déchaînement de violence.
Cet ouvrage de vulgarisation géographique, rédigé en 1875-1876, soit six ans après Histoire d'un ruisseau, s'adresse au public jeune et au public populaire. Comme dans son précédent ouvrage Histoire d'un ruisseau, Elisée Reclus mêle ici l'étude scientifique, climat, géologie, flore, faune, à une réflexion morale et politique sur le progrès et le bonheur. L'exploration de la montagne se fait en compagnie d'un berger. Un classique.
L'histoire d'un ruisseau, même de celui qui naît et se perd dans la mousse, est l'histoire de l'infini". "La source" , "Le torrent de la montagne" , "Les rives et les îlots" , "Le cycle des eaux" ... De chapitre en chapitre, suivant "les sinuosités et les remous" d'un ruisseau, depuis le ru jusqu'à la mer, Reclus ouvre le précis de géographie et le métamorphose, au fil de l'eau, en un singulier écrit d'écologie poétique. Dans cette édition abrégée, se trouvent dix fragments d'une seule histoire : celle de l'Histoire d'un ruisseau d'Elisée Reclus (1830-1905), géographe arpenteur, communard exilé et figure pionnière d'une pensée écologique où se confondent connaissance de la nature et quête ardente de la liberté.