On l'appelle "corde du diable", "écharde du souvenir" ou "frontière brûlante": comment le fil de fer barbelé, outil agricole ingénieux, est-il devenu cet outil politique, symbole universel de l'oppression? En évoquant le rôle décisif du barbelé dans trois des plus grandes catastrophes de la modernité - la conquête de l'Ouest et le génocide des Indiens d'Amérique, la boucherie de 14-18 et les exteuninations nazies -, mais aussi en dressant une cartographie de ses usages actuels (propriétés privées, prisons, frontières "chaudes" du globe), Olivier Razac analyse, dans la lignée de Foucault, la violence croissante à l'oeuvre dans la gestion politique des espaces et des populations. Il révèle ainsi un principe paradoxal: le succès persistant du barbelé vient précisément de ce qu'il ne tient qu'à un fil - de son austérité et de sa simplicité. La plus grande violence n'est pas forcément impressionnante, bien au contraire: les meilleurs outils d'exercice du pouvoir sont ceux qui dépensent le moins d'énergie possible pour produire le plus d'effets de domination. Le barbelé, lui-même "mur virtualisé", a ainsi ouvert la voie à des dispositifs de contrôle de plus en plus immatériels, dont la vidéosurveillance et le bracelet électronique sont les derniers avatars...
Nombre de pages
240
Date de parution
17/10/2009
Poids
168g
Largeur
107mm
Plus d'informations
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EAN
9782081217010
Titre
Histoire politique du barbelé
Auteur
Razac Olivier
Editeur
FLAMMARION
Largeur
107
Poids
168
Date de parution
20091017
Nombre de pages
240,00 €
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Résumé : La médecine protège un corps machine contre des accidents, des dangers et des risques. Envisagé ainsi, ce corps se voit plongé dans le temps oppressant de l'attente, de l'usure et de la prévision. Sa vie est minée par une mort omniprésente qui la grignote et une mort impensable qui la clôt. La grande santé, elle, s'exprime dans un rapport particulier à la dépense où le sacrifice joyeux vient remplacer la comptabilité inquiète ; une pensée du temps qui ne suit pas la pente de l'Inévitable dégradation mais s'éternise dans l'instant présent ; une pensée de la mort qui n'est plus l'usure fatale du corps contre laquelle on lutte sans jamais gagner, mais la décision affirmative de la haute puissance. Dès l'antiquité, la philosophie stoïcienne montre que la santé ne dépend pas de nous et que seule une extrême tension de l'âme peut permettre de se maintenir au-dessus de l'accident qu'est la maladie. La puissance éthique de cette philosophie, comme celles de Nietzsche et Deleuze bien plus tard, consiste à faire vaciller l'évidence d'une santé triste qui nous fait entièrement dépendre des caprices du destin. Ces philosophes pensent un corps qui ne se constitue qu'à travers des épreuves et des expériences périlleuses. Ce corps vit un temps immédiat et infini. La mort n'est rien pour lui, sauf une autodestruction qui est l'essence de la vie. Il s'agit d'interroger ces pensées, contre l'obsession mortifère très contemporaine de la conservation de sol et, pourquoi pas, de redécouvrir une vitalité joyeuse.
En un peu plus d'un siècle, le barbelé est devenu un symbole universel d'oppression, de tyrannie et de violence. Surgi en Amérique du Nord comme un dispositif destiné à contenir les troupeaux et éloigner les Indiens, il a trouvé son emploi massif dans la guerre des tranchées entre 1914 et 1918, puis à nouveau dans les archipels concentrationnaires du inonde entier tout au long du XXe siècle. D'une efficacité maximale pour un prix minimal, le barbelé figure - pour le rire - parmi les inventions qui jalonnent l'histoire du siècle. Ses emplois trahissent, bien longtemps avant la maladie de la vache folle, l'un des secrets les mieux gardés de l'économie biopolitique moderne : ce qui s'applique aux troupeaux s'applique à l'homme aussi.
Nous serions ainsi passés dans une société de contrôle. Un nouveau monde dominé par des technologies nouvelles permettant d'inventer des manières de gouverner et d'être gouverné inédites. Ces changements radicaux impliqueraient un renouvellement total de nos catégories de pensée qui resteraient construites sur des concepts dépassés. La question politique ne serait plus celle de la loi, ni celle de la norme, mais celle de la régulation en temps réel des comportements dans une grande boucle cybernétique de rétroaction. Dit comme cela, la notion de contrôle provenant des philosophies de Deleuze et de Foucault a l'apparence d'un "mythe" politique qu'il serait urgent de déconstruire. Nous proposons ici autre chose. Ne pas céder à la séduction du "plus jamais comme avant" , pas non plus à la facilité du "rien de nouveau sous le soleil" , mais proposer de mettre le concept de contrôle au travail, au service d'une "analytique critique de la politique" . A partir d'une distinction conceptuelle de trois technologies politiques - la souveraineté, la discipline et le contrôle - nous montrerons comment elles s'articulent toujours dans des dispositifs de pouvoir concrets : d'enfermement, de surveillance électronique, de gestion des risques criminels et de gouvernementalité algorithmique. Dans ces configurations, notre problème n'est donc pas d'être gouvernés "au contrôle" , mais d'être à la fois punis, normés et régulés. Eclectisme qui dessine un régime de domination proprement postmoderne caractérisé par la saturation et les injonctions contradictoires entre nouvelles et anciennes manières de gouverner.
Dans cet essai, Olivier Razac s'interroge sur le destin des sociétés de contrôle dans le monde contemporain. Sa recherche, inspirée par les travaux de Michel Foucault, mais aussi de Gilles Deleuze et Félix Guattari, s'attache à des objets triviaux (le bracelet électronique, le G.P.S, les zoos humains de naguère, telle émission de téléréalité...) pour en faire de véritables objets de pensée. Il montre que les sociétés de contrôle contrastent avec les topographies disciplinaires en ce sens qu'elles excluent tout "dehors" et manifestent, de ce fait même, une aptitude sans précédent à réaménager et apprivoiser tout ce qui tend à résister à leurs dispositifs ou à s'opposer à leurs finalités. Pour autant, l'auteur ne prône pas une soumission aux conditions des pouvoirs mobiles et plastiques d'aujourd'hui. Simplement, pour lui, toute action critique ou toute perspective de résistance suppose une appréhension lucide des nouvelles formes de "gouvernementalité" fondées sur le contrôle bien davantage que sur l'interdiction et la répression. Un livre écrit avec Foucault et les penseurs de l'archipel des pouvoirs - mais après eux aussi et, à ce titre, résolument novateur. Biographie: Olivier Razac est philosophe. Il est actuellement enseignant-chercheur au centre interdisciplinaire de Recherche appliquée au champ pénitentiaire à l'école nationale d'administration pénitentiaire.