L'?uvre d'Antonin Artaud (1896-1948) occupe une position originale, au croisement de la littérature, du dessin, du théâtre, du cinéma et de la radio. Radicalement novatrice, elle participe d'une rage de l'expression qui bouleverse la langue et les codes et ne laisse aucune forme artistique intacte ni aucun lecteur-auditeur-spectateur indifférent. La Bibliothèque nationale de France lui rend hommage dans une exposition rétrospective qui, en proposant, pour la première fois avec cette ampleur, l'ensemble de la production littéraire, graphique, filmique et enregistrée d'Artaud, rend sensible la phénoménale énergie créatrice développée depuis le début des années 1920 jusqu'en 1948. Les quelque deux cents reproductions d'?uvres qui illustrent ce catalogue donnent à voir le prodigieux revers de l'enfermement et de la folie Autoportraits, dessins, cahiers de Rodez et d'Ivry (dont plusieurs inédits) envoyés d'Irlande et de Ville-Evrard, manuscrits autographes, ponctuent le portrait de celui en qui André Breton saluait un une de prodiges ". L'originalité du théoricien du théâtre est soulignée par l'accent mis sur les sources du célèbre Théâtre et son Double, sources souvent non théâtrales et non européennes. Une abondante iconographie, constituée de photographies de plateau et de documents rarement montrés, restitue la fulgurante carrière cinématographique d'Artaud. Enfin, les écrits sur l'art, un aspect méconnu et pourtant remarquable de son ?uvre, présentés en regard des tableaux qui ont marqué sa pensée esthétique (Loth et ses filles, attribué à Lucas de?Leyde, La?Toilette de Cathy, de Balthus, Homme dans un intérieur, d'André Masson...) contribuent à renouveler l'approche critique traditionnelle."
Artaud, le Mexique, le Peyolt." En 2009, à l'âge de 70 ans, disparaissait Raymonde Carasco, une professeur de philosophie et documentariste. Elle a pourtant déroulé une vie extraordinaire sous le signe d'Antonin Artaud et des Tarahumaras, ces Indiens du Mexique initiés au Peyolt. En 1976, cette enseignante de l'esthétique au cinéma se rend au Mexique pour les retrouver et peut être récolter des indices sur le passage du poète qu'elle admire. Mais c'est elle qu'elle va surtout trouver. Durant un quart de siècle, à l'occasion de longs séjours, parfois périlleux, elle tisse des liens avec les Tarahumaras et leurs sorciers, s'initie au Peyolt et se familiarise à des modes de pensée qui lui étaient totalement étrangers, jusqu'à être reconnue comme une des leurs par les derniers chamans : elle a atteint selon son expression, "le bleu du ciel". Son travail cinématographique fait l'objet de réactions passionnées. Il restait aussi des carnets qui font trace de cette impressionnante transformation intérieure et même spirituelle, et qui se lisent comme un roman d'aventures ou un récit de voyage, dans une langue précise, lumineuse et sensible.
Raymonde Bonnetain, première Française à avoir atteint en 183 les rives du Niger, a jeté sur le Soudan colonial (Sénégal, Mali, Guinée) un regard bien différent de celui des officiers chargés alors de le "pacifier". Ni exploratrice ni aventurière, elle accompagnait en mission ethnographique le romancier Paul Bonnetain. Mais l'expérience se révèle déroutante pour cette Parisienne en qui la double aventure du voyage et de l'écriture fait surgir des identités insoupçonnées : femme, jeune, blanche, épouse, mère, française, compagne d'un écrivain, écrivaine néophyte elle-même... La rédactrice de ce journal de route nous rappelle, sans complaisance, ni hostilité, ce que fut au quotidien la pratique coloniale. Elle perce à jour les alibis du discours officiel, s'interroge sur les incohérences et la viabilité d'un monde naissant dans la violence. Partagée entre la force des préjugés et l'apprentissage dérangeant des autres, elle invente pas à pas la formule pacifiste et féministe par laquelle elle résumera son expérience viatique : "On colonise par la femme, et par le fusil."
Raymonde est née en 1933, elle a grandi à Saint Blaise, petit village prés de Briançon. Son enfance a été bercée par les récits des anciens du village, narrant la vie rude de nos ancêtres à la fin du siècle dernier. jusqu'à 11 ans elle a été perturbée par la guerre 39/45 et l'occupation allemande avec ses événements tragiques. Elle raconte sa jeunesse mouvementée, sa rencontre avec l'homme de sa vie. Les aventures cocasses et les épreuves qu'elle a accumulées, avec heureusement le secours de son étoile, à qui elle doit une fière chandelle, tout au long de ses soixante et dix huit années bien remplies!
Raymonde Sigalas-Royer a 18 ans quand la guerre éclate et qu'elle doit fuir avec sa famille sur les routes de l'exode. Ce récit autobiographique se lit comme une épopée burlesque et dramatique où l'héroïsme ordinaire d'une famille pris dans les soubresauts de l'Histoire nous parle à chacun. Ce témoignage exemplaire sur la vie quotidienne sous l'occupation nous décrit ces quatre années qui bouleversèrent à jamais sa vie.
Brodsky Joseph ; Aucouturier Michel ; Bordier Jean
L'oeuvre de Joseph Brodsky (1940-1996), lauréat du prix Nobel de littérature en 1987, a été en partie occultée en France par le destin du poète, symbole de la dissidence du régime soviétique. Pour rendre compte de sa poésie d'une extraordinaire virtuosité formelle, liant l'intime à l'épique, au mythologique, et à de constantes préoccupations métaphysiques, André Markowicz a composé un volume qui réunit les poèmes publiés dans la collection "Du monde entier" en 1987 et 1993, replacés ici dans leur ordre chronologique, auxquels s'ajoute une sélection de poèmes inédits en français.
Ce n'était pas un monde perdu dont je me souvenais, ces mois que nous avions passés ensemble dans les années quatre-vingt. C'était le même temps qui avait continué sa course, et avait fini par nous rattraper." De prime abord, la vie du narrateur semble terminée. Le diagnostic de maladie de Parkinson a d'abord été posé, puis sa femme l'a quitté. Mais un jour, au milieu d'un parc de Copenhague, il croise Anna, son amour de jeunesse, une femme libre qu'il a tant aimée autrefois. Aujourd'hui, elle ne se soucie pas de ce diagnostic, et elle l'entraîne dans le drame de sa propre vie, une histoire emblématique de notre temps, remplie d'abus de pouvoir et de trahisons. Jens Christian Grøndahl écrit une partition subtile où au milieu des souvenirs sont exposées les problématiques les plus actuelles - qui vont de la maladie à l'égarement politique, du fossé entre les générations aux violences faites aux femmes. Une fois encore, Jens Christian Grøndahl nous éblouit par sa capacité à saisir l'esprit du temps et à montrer comment l'on peut choisir de se relever après avoir subi une chute et faire le choix de la vie.
Il y a dans Les Mystères de Paris une énergie sauvage: celle d'une cohorte de personnages maléfiques, malfrats hideux comme la Chouette, Tortillard - un anti-Gavroche -, le Maître d'école ou Bras-Rouge, criminels du grand monde comme le comte de Saint-Remy, monstres hypocrites comme le notaire Jacques Ferrand. Eugène Sue n'est pas avare de noirceur. Mais il y a aussi une sauvagerie du Bien, celle de Rodolphe, prince mélancolique venu à Paris à la recherche de sa fille perdue, impitoyable avec les méchants qu'il punit au mépris des lois. On doit à sa cruauté quelques-unes des scènes les plus stupéfiantes du roman: le châtiment du Maître d'école, ou le supplice de luxure imposé à Jacques Ferrand. Cette cruauté contraste avec la pureté morale de Fleur-de-Marie, comme avec la face solaire de Rodolphe, providence de tous les malheureux honnêtes dont il croise le chemin. Le roman exprime dans son ensemble une quête assoiffée de régénération morale de la société, par l'amélioration des mécanismes préventifs et répressifs (c'est le sens de l'engagement de Sue en faveur dans l'encellulement des criminels) ainsi que par l'invention de mécanismes d'incitation au Bien, police ou tribunal de la Vertu, qui doivent récompenser publiquement les actions exemplaires." Judith Lyon-Caen.