En Algérie, l'année 1962 est à la fois la fin d'une guerre et la difficile transition vers la paix. Mettant fin à une longue colonisation française marquée par une combinaison rare de violence et d'acculturation, elle voit l'émergence d'un État algérien d'abord soucieux d'assurer sa propre stabilité et la survie de sa population. Si, dans les pays du Sud, cette date est devenue le symbole de l'ensemble des indépendances des peuples colonisés, en France, 1962 est connue surtout par les expériences des pieds-noirs et des harkis. En Algérie, l'historiographie de l'année 1962 se réduit pour l'essentiel à la crise politique du FLN et aux luttes fratricides qui l'ont accompagnée. Mais on connaît encore très mal l'expérience des habitants du pays qui y restent alors.D'où l'importance de ce livre, qui entend restituer la façon dont la période a été vécue par cette majorité. L'année 1962 est scandée par trois moments : cessez-le-feu d'Évian du 19 mars, Indépendance de juillet, proclamation de la République algérienne le 25 septembre. L'histoire politique qu'ils dessinent cache des expériences vécues, que restitue finement Malika Rahal au fil d'une enquête mobilisant témoignages, autobiographies, photographies et films, chansons et poèmes. Émerge ainsi une histoire populaire largement absente des approches classiques : en faisant place au désespoir des Français d'Algérie dont le monde s'effondre ? désarroi qui nourrit la violence de l'OAS ?, elle relate le retour de 300 000 réfugiés algériens de Tunisie et du Maroc, la libération des camps de concentration où était détenu un quart de la population colonisée, ou la libération des prisons, ainsi que les spectaculaires festivités populaires. L'ouvrage décrit des expériences collectives fondatrices pour le pays qui naît à l'Indépendance : la démobilisation et la reconversion de l'Armée de libération nationale, la recherche des morts et disparus par leurs proches, l'occupation des logements et terres laissés par ceux qui ont fui le pays. Une fresque sans équivalent, de bout en bout passionnante.Table des matières : Remerciements et avertissementsIntroduction. Le sceau de la RévolutionDéplier 1962 : l'évènement et la durée1962 : le récit de la déplorationL'évidence du peupleLe pays de l'avenirI. Violences1. Le sang voléLes fractions du réel dans la rumeurLa question centrale de la transfusion sanguineLa profondeur historique de la rumeurL'impensable qui vient2. L'angoisse des Français d'AlgérieLe temps de l'OASL'angoisse eschatologique, la saturation des rumeurs et nouvellesLes rumeurs et l'exodeL'apparition des autorités algériennes3. Le temps de l'effervescenceUne foule insaisissable et jeuneL'effervescence comme mouvement socialEffervescence et violence4. La vengeanceUne histoire emmêléeVu de France ou vu d'AlgérieUne violence populaire ?Le point de vue des combattants de l'ALNVers le monopole de la violence légitime5. L'événement : Oran 1962Le 5 juillet à OranL'arrière-pays de l'événementLa géographie de la ville en guerreLes lignes de tir des snipers de l'OASL'attentat OAS oublié du 28 février, " le plus sanglant de la guerre d'Algérie "A l'orée de l'indépendance, la confusion des autorités, françaises et algériennesDe l'effervescence festive au paroxysme de la violenceAprès la violence6. La défaite des messalistesLes racines du conflit MNA-FLNRelancer le parti dans la période transitoireLa dérélictionLe temps des griefsII. Corps7. Vivre entre soi1962 et le risque de la guerre civileLes retrouvaillesFaire corps : se compter à la sortie de la guerreLes premiers titres de la presse nationaleLa renaissance associativeRévélation des corps et apparition des faillesEn être, ou pasQuelle place pour les Français ?8. Le retour des détenusDes milliers de prisonniers libérésLa fin de guerre en prisonLa libérationLe retournement de l'espace carcéralL'amnistie de juillet9. La démobilisationLes miraculésL'annonce du cessez-le-feuLa fin de la fraternité combattanteLes tâches de la transitionAux frontièresDémobilisation et reconversionLa reprise du temps de la vie10. Le corps collectifLa petite Algérie de Fontaine-FraîcheSoigner les corpsContrôler les corpsFaire corps collectivement,La santé face aux défis de l'indépendanceLa remise en route du système éducatif11. Les disparusLa quête des mortsDes petites annonces pour rechercher des disparusAnnoncer la mort des frères et s?urs de combatPartager les morts et les disparusLa mission du CICR en 1963Les chercheurs d'os12. FestivitésLe début des festivités en marsLes fêtes de juillet et l'inversion du regardLes préparatifsLe déroulement des festivitésLes exclus de la performanceIII. Espaces13. La recouvranceAl-atlal ou la naissance des tracesLe retour au pays de la guerreLa souveraineté et le territoireLa traversée d'un pays fragmentéLes affrontements de l'été et l'interposition populaireSol pollué, sol dangereux, sol réparé14. SégrégationUne ségrégation spatiale accrueL'exode rural accéléréLe refuge des quartiers algériens15. Le retournement de l'espaceLe départ des " Européens "La surprise de ceux qui restentLes meubles et les objetsOccuper les quartiers videsLa révolution urbaineL'héritage des biens vacants16. Le rapatriement des réfugiésGéopolitique du rapatriementLes réfugiés et l'opération de retourAprès le retour17. Le campL'archipel des campsDe la matérialité du campDébut 1962 : anticiper le dégroupementLa complexe expérience de l'ouverture des camps18. La fermeL'inversion des effets de la dépossession foncièreLa manne des terres libéréesAutogestion héroïque à la ferme ChirisHéritagesIV. Le temps19. L'attenteLa longue attente de l'indépendanceAngoisse et impatienceLa fabrique des futursLe temps des paris20. L'adventionL'avènement de la République algérienneL'avenir est un pays ambitieuxAu risque de l'adventionLe " pays de nos utopies "L'urgenceLe temps des possibles21. 1962-1830Ketchaoua, octobre 19621830Ketchaoua, novembre 19621871-1962 : de la réversibilité de la conquête22. L'invention du passéLe récit de cinémaDes films pour contribuer au partage du tempsLe " pays des épopées "Changements de noms de rue et commémorationsLe temps de l'inscriptionConclusion. La dimension révolutionnaire de 19621962 : le partage du tempsL'effervescenceLe long 1962Témoignages et sources primairesListe des personnages et témoins citésAutres mémoires, ouvrages d'acteurs, recueils et biographies utilisésArchives utilisées dans chaque chapitreBibliographie sélectiveInspirations littéraires, historiennes et théoriquesOuvrages et thèsesArticles et chapitres d'ouvrageNotesIndex.
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Date de parution
06/01/2022
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EAN
9782348073038
Titre
Algérie 1962. Une histoire populaire
Auteur
Rahal Malika
Editeur
LA DECOUVERTE
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Date de parution
20220106
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Résumé : En mars 1957, la presse annonce la mort d'un " petit avocat musulman " : " Qui a tué Maître Boumendjel ? " titre France Observateur. On s'interroge sur un faux suicide. Mais que faisait donc ce " modéré " entre les mains des " paras "? Pourquoi a-t-il été assassiné, comme le reconnaîtra le général Aussaresses dans ses mémoires en 2001 ? L'homme était un militant de l'Union démocratique du Manifeste algérien (UDMA), l'organisation de Ferhat Abbas. Son parti, perçu comme modéré, bourgeois, francophone et intellectuel a été gommé de l'histoire officielle algérienne et largement ignoré par les historiographies française et algérienne. Au moment de son arrestation, Boumendjel faisait le lien entre la direction de l'UDMA et la direction algéroise du FLN. Il conjuguait alors, comme il l'avait toujours fait sans complexe, la culture française avec un nationalisme algérien, républicain et démocratique. Il y a plusieurs histoires dans cette histoire : une histoire française et une histoire algérienne, celle d'une affaire qui a secoué les intellectuels français, et l'histoire d'un héros et d'un martyr. L'une et l'autre éclairent d'une lumière nouvelle les récits existants. Au mépris qu'Aussaresses exprime à l'encontre de cet intellectuel, aux abracadabrantes explications qu'il donne de son arrestation, il est nécessaire d'opposer un travail d'historien. A l'histoire officielle algérienne, qui tente d'intégrer Ali Boumendjel parmi ses martyrs en schématisant son parcours, il importe d'opposer la richesse d'une biographie familiale, la complexité d'un engagement politique nuancé et d'un idéal à la fois algérien et républicain, partagé par nombre de nationalistes d'alors, et susceptible de trouver aujourd'hui un écho de l'autre côté de la Méditerranée.
Résumé : En mars 1957, la presse annonce la mort à Alger d'un "petit avocat musulman" : "Qui a tué Me Boumendjel ? " On s'interroge sur un faux suicide. Mais que faisait donc ce "modéré" de trente-huit ans entre les mains des "paras" ? Pourquoi a-t-il été assassiné, comme le reconnaîtra le général Aussaresses en 2001 ? Cette affaire est à la fois une histoire française, qui a secoué les intellectuels français, et une histoire algérienne, celle d'un héros et d'un martyr. Dans ce livre, l'une et l'autre éclairent d'une lumière nouvelle les récits existants. Au mépris qu'Aussaresses exprime à l'encontre de cet intellectuel, aux abracadabrantes explications qu'il donne de son arrestation, Malika Rahal oppose un travail d'historienne. Et à l'histoire dominante algérienne, qui intègre Ali Boumendjel parmi ses martyrs en schématisant son parcours, elle oppose la richesse d'une biographie familiale, la complexité d'un engagement politique nuancé et d'un idéal algérien et républicain partagé par nombre de nationalistes d'alors. Ce n'est qu'en mars 2021 que le président de la République française a reconnu qu'Ali Boumendjel a été "torturé puis assassiné" après avoir été "arrêté par l'armée française". Cette biographie, initialement publiée en 2010 et actualisée, constitue dès lors une référence majeure.
Résumé : "Je m'appelle Malika Rahal et je suis une historienne du temps présent, de ce temps dont les témoins et acteurs sont encore envie". Quels chemins la petite fille d'une atypique famille d'immigrés a-t-elle empruntés pour en arriver là? Connue pour ses recherches sur l'Algérie contemporaine, Malika Rahal nous livre un texte très personnel, dans lequel les vivants et les morts de son histoire se mêlent à ceux de ses enquêtes. Au fil de ces pages où pointent la colère et l'urgence face à la colonisation et à la guerre, les enjeux de transmission de la culture et de la mémoire rythment un récit vibrant, attentif aux détails des lieux et des objets de la vie courante. Lorsqu'elle ouvre le placard à épices de sa cuisine, écoute les disques vinyle de ses parents ou regarde les photos de famille, c'est toujours en historienne : elle fait le lien avec sa pratique d'enseignante et de chercheuse, interroge son rapport aux témoins et à leurs récits, et explore ses engagements. Son livre est une réflexion puissante sur l'écriture de l'histoire du temps présent, "fût-ce au milieu de la guerre".
Résumé : Comment l'affirmation berbère s'est-elle construite en Algérie, et plus particulièrement dans le cas de la Kabylie ? A rebours des clichés et des poncifs sur les problématiques régionalistes, Yassine Temlali, entreprend dans ce livre de définir un cadre d'analyse rigoureux à partir de questionnements essentiels : quelle était la situation réelle des communautés berbères à la veille de la conquête coloniale ? L'occupation française a-t-elle pu être un agent d'intégration des régions berbérophones à une nouvelle entité, l'Algérie ? La révolte de 1871 a-t-elle vraiment été une révolte kabyle ? Y a-t-il eu une " politique kabyle " de la France ? Y a-t-il eu au sein du FLN une guerre entre " Arabes " et " Kabyles " ? S'écartant des sentiers battus de l'essentialisation des identités culturelles, par définition flottantes et éphémères, l'auteur restitue le cadre historique dans lequel, entre 1830 et 1962, est née en Algérie une conscience culturelle et politique berbère, de façon concomitante avec la naissance de ces entités modernes que sont la nation algérienne, la Kabylie? Un livre original et salutaire qui entend dépasser la guerre des " récits identitaires " en Algérie et qui, en France, intéressera notamment nombre de lecteurs dont les racines plongent dans cette culture. " S'il y a une dimension à ce livre, c'est celle de vouloir réinjecter du fond dans des débats politiques présents qui en sont dramatiquement dénués, et redonner aux discussions du savoir, entendu à la fois comme matière et comme distance critique. " Malika Rahal " Ce livre devrait intéresser nombre de lecteurs grâce à ses qualités de nuance dialectique pédagogique : il révèle la Kabylie, l'Aurès, la berbérité et? in fine l'Algérie, en premier lieu aux Algériens. " Gilbert Meynier
De la fin des années 1990 jusqu'au milieu des années 2000, les mondes du cinéma, de la télévision, de l'art, de la mode et de l'édition s'enthousiasment pour le sexe explicite : c'est la période du " porno chic ". Durant cette poignée d'années, des cinéastes, hommes comme femmes, introduisent des scènes pornographiques dans leurs films. Des directrices de casting écument les clubs échangistes et les soirées BDSM. Les artistes inondent les galeries d'oeuvres pornographiques. Les marques font appel aux égéries de films pour adultes pour leurs campagnes de pub. Le public découvre, éberlué, l'arrivée de la téléréalité et le sexe en direct. Les textes explicites écrits par des femmes battent tous les records de vente. Il ne se passe pas une semaine sans qu'une star du X soit invitée sur un plateau TV. C'est ainsi que des mondes qui n'auraient jamais dû se côtoyer ont fini par fusionner. Ovidie a participé à cette parenthèse du porno chic, un moment charnière antérieur à internet qui a inspiré ce que les millenials nommeront plus tard la " culture porn ". Mais tout change en octobre 2017, lorsque #MeToo vient bouleverser nos regards en nous amenant à relire ces années à travers le prisme des discriminations sexistes et sexuelles. Et, pour une fois, l'industrie du X n'est pas la seule sur le banc des accusés. Car derrière la starification des actrices, il y a eu la stigmatisation, le jugement, le slut shaming. Dans cet ouvrage qui mêle récit intime et réflexions politiques, Ovidie décrypte ce mécanisme marquant au fer rouge les femmes qui, à un moment ou à un autre de leur vie, ont été sexualisées - et l'ont payé très cher.
Résumé : Dans la plupart des sociétés occidentales, la place des loisirs et des activités culturelles s'est sensiblement accrue depuis la fin des années 1960. Cette évolution générale masque toutefois de profondes disparités qui interrogent le bilan des politiques de démocratisation de la culture car celles-ci, notamment en France, inspirent l'essentiel des politiques publiques menées dans ce domaine. L'accès aux biens, aux services et aux équipements culturels continue d'alimenter les inégalités observées dans d'autres domaines de la vie sociale, en particulier dans le domaine scolaire. Marquée par la montée de l'audiovisuel, le recul de l'écrit et la globalisation de l'offre de biens et services culturels, la cartographie des styles de vie culturelle est aujourd'hui perturbée par un certain éclectisme des goûts et des pratiques ; si celui-ci brouille le découpage des frontières symboliques entre les groupes sociaux, il n'est pas nécessairement synonyme d'une disparition des hiérarchies culturelles.
La vie de Frantz Fanon se lit comme un thriller de la décolonisation et de la guerre froide. Elle est aussi un témoignage essentiel des bouleversements politiques et intellectuels du XXe siècle. Après avoir combattu dans les rangs de la France libre pendant la Seconde Guerre mondiale, Fanon, jeune psychiatre martiniquais charismatique et talentueux, publie à 27 ans Peau noire, masques blancs , ouvrage prophétique qui s'imposera avec le temps comme un classique. Il approfondit son expérience clinique au centre hospitalier de Saint-Alban (Lozère), berceau d'innovations thérapeutiques qui marqueront profondément sa recherche d'une psychiatrie désaliénée au service des humiliés. Cette quête de la désaliénation, il la met à l'épreuve de la situation coloniale lorsqu'il est muté en Algérie, à la veille de la guerre de libération. Il s'engage corps et âme dans le combat anticolonial, d'abord à Tunis où il met ses compétences médicales au service du Front de libération nationale (FLN), puis comme ambassadeur itinérant du mouvement en Afrique subsaharienne. Fauché par une leucémie foudroyante au moment même où paraît son livre le plus célèbre, Les Damnés de la terre , Fanon meurt le 6 décembre 1961, laissant derrière lui une oeuvre qui suscite depuis soixante ans une multitude d'interprétations et d'appropriations créatrices dans le monde entier. Servie par la plume élégante d'Adam Shatz, cette biographie politique et intellectuelle s'impose comme un ouvrage de référence.
Partout en Europe, à l'abri des regards, les centres de rétention destinés à organiser l'expulsion des sans-papiers se multiplient. Au nom du contrôle des frontières, des milliers de personnes y voient leurs droits fondamentaux bafoués. Surmontant les difficultés d'accès à ces lieux, Louise Tassin est parvenue à enquêter au coeur et autour de ces dispositifs. Grâce à une immersion inédite dans des centres d'Ile-de-France et sur les îles de Lesbos et Lampedusa, elle livre un tableau vivant et documenté de cet enfermement de masse. Avec elle, on découvre qu'une partie du personnel en charge de la rétention a connu des trajectoires migratoires similaires à celles des " retenu. es ". Autrement dit : pas d'enfermement des étranger. es... sans l'appui d'une main-d'oeuvre immigrée précaire. Le contrôle des frontières est par ailleurs largement délégué à des acteurs privés (entreprises, associations, collectifs locaux), qui travaillent en coopération avec les fonctionnaires de police, quand ils ne s'y substituent pas. Quid de la responsabilité des Etats, des conditions d'enfermement, de la transparence des dispositifs dans ce contexte ? Les expériences des étrangères et des étrangers retenus résonnent d'un centre à l'autre et d'un pays à l'autre. Partout s'exprime le sentiment d'être injustement traités en criminels. Que fait la rétention à celles et ceux qui y sont placés ? Et comment l'existence de ces lieux façonne-t-elle les représentations de l'étranger ?