La question dite ethnique est apparemment au c'ur de toutes les crises en Afrique : le Rwanda en 1994, la Côte d'Ivoire, le Congo ou le Burundi aujourd'hui. Pourtant la définition de ce qu'on appelait autrefois " les races " ou " les tribus " reste le plus souvent floue, énigmatique ou contradictoire. Autant les " ethnies " reviennent comme des évidences dans les médias, autant les historiens et les autres chercheurs en sciences sociales ont multiplié les remises en cause de ce concept et surtout de son utilisation rigide dans l'africanisme classique. Les trente études réunies ici analysent les dynamiques historiques qui ont forgé les consciences ethniques comme toutes les autres " communautés imaginées ". La complexité des constructions collectives, sociales et politiques propres à chaque région d'Afrique a été artificiellement simplifiée et figée dans les lectures et les pratiques coloniales qui ont souvent été intériorisées bon gré mal gré par les colonisés euxmêmes. Les dernières décennies ont été marquées par des sortes de résurgences de ce passé, correspondant en fait à des stratégies politiques et à des montages idéologiques très actuels. La conscience et la mobilisation ethniques, proches en cela du mouvement des nationalités dans l'Europe du XIXe siècle, sont profondément impliquées par les enjeux politiques et sociaux des Etats contemporains. Chaque situation demande donc un décryptage de l'ethnicité concernée, entre les héritages culturels d'un passé parfois très ancien, le legs de l'emprise coloniale et les adhésions ou les manipulations du temps présent. Dans la fièvre des affirmations identitaires actuelles et le réveil d'une ethnicité à l'échelle planétaire, les " ethnies " africaines n'échappent pas aux tentations de l'ethnisme. Les cas étudiés dans ce livre par un groupe d'historiens européens et africains méritent toujours d'être médités.
Nombre de pages
435
Date de parution
23/07/2003
Poids
610g
Largeur
160mm
Plus d'informations
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EAN
9782845863897
Auteur
Prunier Gérard ; Chrétien Jean-Pierre
Editeur
KARTHALA
Largeur
160
Date de parution
20030723
Nombre de pages
435,00 €
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Entre les splendeurs de la liturgie et de l'art éthiopiens d'un côté et l'image misérabiliste d'un pays mourant de faim, l'Ethiopie contemporaine est un pays contradictoire et difficile à saisir. Seul pays d'Afrique à n'avoir jamais été colonisé (l'occupation italienne n'y dura guère plus que celle de la France par les Allemands à la même époque); l'Ethiopieabrite pourtant le siège de l'Union Africaine qui est née dans la foulée de la décolonisation. Longtemps symbolisée par un Empereur qui assumait un vedettariat de people's magazine, ce fut aussi le lieu de la seule révolution communiste authentique du continent noir. Les militants des mouvements black avaient fait de l'Empereur un héros et certains enfirent même un Dieu alors que la culture éthiopienne profonde se veut profondément autochtone et regarde l'Afrique Noire avec méfiance. L'Ethiopie est une sorte de cas-test des possibilités de l'Afrique à rejoindre le monde moderne car premier Etat noir à avoir eu une administration moderne autonome, il lutte aujourd'hui pour transformer cet essai en un accès à une transformation sociétale qui lui permettrait degarder son leadership spirituel sur le continent. A mi-chemin des études de spécialistes et des travaux de vulgarisation, le présent ouvrage cherche à donner un panorama complet de l'Ethiopie contemporaine.
Né à Neuilly-sur-Seine, Gérard Prunier ne sait pas encore où il mourra. Il a écrit une vingtaine de livres, pour la plupart en anglais, et tous "scientifiques", comme la centaine d'articles qu'il a commis. Transfuge de la francophonie, il a longtemps travaillé au CNRS. Ce que vous tenez entre les mains est son premier effort littéraire, un retour (temporaire) à sa langue maternelle, et il aimerait que la curiosité vous le fasse ouvrir. Ses autres livres étaient aussi sur l'Afrique de l'Est, sa deuxième patrie, et celui-là l'est encore. Il roule entre une trentaine d'années et six pays. Ce n'est pas une autobiographie. C'est au contraire plein de gens qui ne sont pas lui, dont il a croisé les chemins accidentés, qui l'ont parfois aimé et qu'il a parfois vus mourir. N'en sortira-t-il donc jamais ? Il n'en a pas vraiment envie mais il est capable d'essayer, par simple goût de la provocation et de l'aventure, mots qui ont entretissé son existence. Si l'Afrique vous ennuie, n'achetez pas ce livre. Mais si elle vous choque, si elle vous fascine, si elle vous fait peur, prenez le risque et vous verrez bien. G. P.
Depuis février 2003, le Darfour, province orientale du Soudan jouxtant le Tchad est le théâtre de massacres épouvantables suivis d'une famine largement programmée par l'action des autorités gouvernementales. Génocide ou pas? La communauté internationale s'interroge mais, en attendant, la population meurt. L'ouvrage de Gérard Prunier remonte dans le temps pour expliquer ce qu'a été le Darfour, pays indépendant du Soudan jusqu'en 1916. Il montre comment il a été marginalisé sur tous les plans tant pendant la période coloniale que du fait des gouvernements qui ont suivi l'indépendance en 1956. La révolte du Darfour et la violence de la répression qui a suivi ont fait exploser le mythe des guerres "religieuses" au Soudan puisqu'ici tout le monde, tueurs et victimes, est musulman. Pour l'auteur, il s'agit d'une guerre de races, d'autant plus paradoxale que les "Arabes" sont noirs et les Noirs souvent arabophones. Mais Khartoum espère garder le contrôle d'une périphérie qui lui fait désormais peur en dressant les unes contre les autres des tribus qui avaient jusque-là vécu dans des rapports parfois tendus mais jamais destructeurs. Génocide "ambigu", la crise du Darfour est à l'image des déchirements de l'Afrique contemporaine, dans un pays qui est en train de devenir l'un des plus gros producteurs pétroliers du continent. Ce livre paraît conjointement en France, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis.
A la croisée de la psychanalyse et de l'anthropologie, cet ouvrage propose une lecture structurale de l'histoire ottomane et républicaine de la Turquie. D'Osman à Kemal, de la chute de Constantinople au mouvement protestataire du parc de Gezi (2013), sont retracées les transformations du "discours" social organisé par quatre places qu'occupent différentiellement le sultan, l'Etat, les assujettis et le territoire. Au "discours d'Empire" des premiers Ottomans succède au XVIIe siècle un "discours d'en pire" dont émerge, au XIXe siècle, celui "de la paranoïa" à la logique génocidaire. De cette matrice naît celui de la République, toujours actuel depuis cent ans : le "discours de l'hainamoration" dont Erdo?an est depuis vingt ans le sujet principal. Ces transformations successives ont pour enjeu, avec une étrange constance, le champ de l'altérité : le lieu de la différence.
La question de l'évangélisation est au coeur de ce récit à caractère autobiographique. Prêtre du diocèse de Vannes, Bertrand Jégouzo a passé plusieurs années de sa vie comme missionnaire Fidei donum dans le diocèse de Riobamba, en Equateur. Plus précisément dans les Andes au milieu d'une population majoritairement indienne. Très vite, il s'est trouvé confronté à l'interrogation à la base de l'évangélisation : comment un missionnaire occidental, formé dans la théologie catholique du XXe siècle, peut-il transmettre - ou partager - la foi chrétienne à des paysans quechua vivant dans une culture plus que millénaire ? Comment composer avec les formes et les traditions d'un christianisme implanté au temps de la conquête espagnole ? A travers le récit d'histoires et d'aventures vécues au quotidien, l'auteur questionne la pratique missionnaire. Dans les sociétés latino-américaines, l'enjeu est d'assurer le droit à la différence dans les manières de vivre, de penser et d'élaborer ses propres conceptions culturelles et religieuses. Son témoignage aborde des questions essentielles et respire l'authenticité.
Cent ans ont passé depuis la fondation de la République de Turquie. Les différents partis politiques qui se sont succédé au pouvoir, au rythme des élections et des coups d'Etat, ont imposé leurs politiques mémorielles. Dans le même temps, on a assisté à la publication quasi ininterrompue de mémoires des chefs du Comité Union et Progrès qui prirent le pouvoir dans l'Empire ottoman à la veille du Premier conflit mondial et furent les principaux responsables du génocide des Arméniens. Aujourd'hui, plus que jamais, ces livres constituent des succès de librairie, et leurs auteurs sont largement considérés en Turquie comme des héros, pères fondateurs de la nation. Duygu Tasalp propose de considérer ces ouvrages comme supports de la construction d'une mémoire publique en Turquie. La mise en contexte des différentes vagues de publications au cours du XXe siècle, associée à une analyse de discours, permet de repérer trois tournants - dans les années 1920, 1940 et 1990 correspondant à l'avènement de trois grands régimes mémoriels : kémaliste, inönüiste et, enfin, islamiste, qui se succèdent et se superposent. Le rôle fondamental des mémoires d'unionistes dans l'élaboration du discours officiel sur le passé témoigne de la force et de la persistance du négationnisme au fil des décennies. Au-delà de la Turquie, ce livre apporte une réflexion de sciences sociales sur les notions de secret et de mensonge, comme sur les effets durables des violences exterminatrices sur leurs auteurs et leurs descendants.