Dictionnaire des orientalistes de langue française
Pouillon François ; Ferreux Jean ; Valensi Lucette
KARTHALA
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EAN :9782845868021
Du Maroc à la Chine, l'Orient n'a pas cessé de fasciner un Occident partagé à son égard entre la convoitise et la peur, l'enchantement et la répulsion, le désir de connaître et la volonté de conquête. De la Renaissance à nos jours, des hommes le plus souvent, des femmes quelquefois, ont parcouru les routes lointaines, appris des langues inouïes, observé des m'urs étranges et rapporté de leurs voyages des images, des manuscrits, des objets, des récits et des fables. D'autres en ont rêvé, parlé, sans jamais s'y rendre. Si le terme d'"orientaliste" nous reste surtout pour qualifier des productions largement fantasmatiques (peinture, romans), il est d'abord attaché à une discipline savante qui s'est inscrite dans des cadres institutionnels solides. Il y eut aussi des cohortes de voyageurs, de missionnaires, d'informateurs, des collectionneurs, des prédateurs parfois, qui ont parcouru l'Orient sous toutes ses latitudes et en ont rapporté quelque chose. Artistes et savants, hommes célèbres et modestes médiateurs, éminents professeurs et aventuriers ambitieux, auteurs de chefs-d'?uvre reconnus ou de travaux obscurs: ils sont un millier regroupé dans ce Dictionnaire des orientalistes de langue française par les soins d'une équipe pluridisciplinaire de spécialistes. A son apogée, au siècle, l'orientalisme l'ut contemporain de l'expansion impérialiste. Aussi est-il la cible, depuis la fin des Empires coloniaux, d'une dénonciation qui se voudrait sans appel. Sans ignorer ce procès ni en casser le jugement, ce dictionnaire entend montrer que la population des agents et porteurs de ces savoirs est infiniment variée et qu'elle échappe aux simplifications réductrices: toute la gamme des motivations, des plus désintéressées au plus sauvagement pragmatiques, nous offre un échantillon d'humanité qui, avec ses grandeurs et ses travers, doit faire finalement la trame d'un certain humanisme.
Nombre de pages
1007
Date de parution
01/11/2008
Poids
1 010g
Largeur
160mm
Plus d'informations
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EAN
9782845868021
Auteur
Pouillon François ; Ferreux Jean ; Valensi Lucette
Editeur
KARTHALA
Largeur
160
Date de parution
20081101
Nombre de pages
1 007,00 €
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Parce que l'on ne s'y est risqué que difficilement, parce que ceux qui en sortaient furent souvent assez dépenaillés et parfois même violents, les déserts arabes sont peuplés de fantasmes. Pourtant l'histoire atteste que les gens qui s'y trouvaient s'y sont avancés en cherchant à exploiter au mieux un espace rébarbatif, par le mouvement qui permet de répondre à la précarité et à l'aléa. Ce qui est sûr, c'est qu'ils ne l'ont volé à personne ! Ces nomades, poètes réputés parce que la poésie est une chose légère à transporter, sont néanmoins l'objet des fables les plus extravagantes. Fruit d'enquêtes conduites en Arabie saoudite au tournant des années 1980 et de travaux sur ce thème dans le cadre de l'EHESS, ce recueil entend proposer une image d'ensemble sur un groupe social qui occupe une place à part mais pourtant fondatrice dans le monde arabe. Les Bédouins, ces éleveurs nomades qui, dans la péninsule Arabique et au-delà, habitent la célèbre tente noire, véhiculent des valeurs centrales dans l'Islam (solidarité de groupe, sens de l'honneur, hospitalité) et, en même temps, pugnacité guerrière, religiosité suspecte et refus de tous les pouvoirs établis, ce qui leur a été souvent reproché. Mettant au jour des aspects contrastés et pourtant bien réels d'une société soucieuse surtout de se maintenir dans des environnements, tant naturels que politiques, extrêmement hostiles, ce livre montre aussi comment les Bédouins ont su s'adapter aux conditions d'une modernisation technologique et économique. Il entend restaurer l'image d'un monde aux dimensions humaines, inscrit dans l'histoire et confronté à des forces qui ont réussi à le réduire, sans jamais le soumettre.
L'ouvrage rassemble des pièces éparses de travaux conduits sur un quart de siècle à propos des représentations de l'Orient arabe et des échos ou remplois qu'elles connurent dans les régions dont elles rendaient compte. Il s'attache à suivre dans toute leur variété les parcours biographiques de ceux qui les produisirent, auteurs connus ou au contraire insuffisamment identifiés, de façon à illustrer la multiplicité des modes de représentations et des itinéraires de ceux qui en furent les vecteurs. Partant du principe que l'on peut représenter la même chose (mais avec des contraintes différentes) par les différents procédés de l'image - dessin, peinture, affiche, photographie -, par la description littéraire ou scientifique (spécialement, pour notre cas, l'ethnographie), il réfléchit sur les conditions d'élaboration des figurations du social dans l'histoire, et leur legs aux sociétés d'aujourd'hui. C'est en effet un héritage difficile dont doivent traiter les Etats nouvellement indépendants, travaillés qu'ils sont par des recherches identitaires autant que par leurs confrontations à l'Occident, que d'avoir à traiter d'un stock documentaire, savant ou fantasmatique, produit dans le cadre de la curiosité coloniale, mais qui reste souvent le seul témoignage sur leur passé ou leur diversité interne. Bien que ces interventions soient rangées en phases, en thèmes et perspectives (y compris quelques aveux biographiques), l'auteur assume ici, la "stratégie du lièvre", soit une démarche cherchant à sillonner l'espace, la durée et les points de vue, sur un Orient qui doit en ressortir avec d'autant plus de relief.
L'anthropologie ne sert-elle qu'à analyser les peuples exotiques ? Il faut, dit-on, de la distance pour "étudier les moeurs des autres peuples" (Descartes). On admet cependant aujourd'hui que l'on peut l'appliquer aux sociétés proches et il y existe même de nombreux travaux dans ce sens. Celui-ci se veut un peu différent. Dans une série de notes (rangées dans un abécédaire), François Pouillon, fait état de sa perplexité lorsque, de retour des pays arabes sur lesquels il s'est spécialisé, il revoit les petites choses de chez lui sous un jour différent, délivré en tout cas de l'illusion que nous vivons dans le meilleur de mondes possibles. Ces réflexions, fondées sur des expériences personnelles du dépaysement, mais aussi sur une connaissance des diversités et des changements que notre société traverse, sont nourries par des souvenirs personnels, des références dans les registres les plus divers (romans, films, sketchs d'humoristes, bandes dessinées, etc.), aphorismes d'écrivains ou de philosophes et, bien sûr, réflexions anthropologiques en bonne et due forme. Vision goguenarde sans doute, qui nous appelle à regarder avec un certain relativisme nos différences comme nos vertus.
A la croisée de la psychanalyse et de l'anthropologie, cet ouvrage propose une lecture structurale de l'histoire ottomane et républicaine de la Turquie. D'Osman à Kemal, de la chute de Constantinople au mouvement protestataire du parc de Gezi (2013), sont retracées les transformations du "discours" social organisé par quatre places qu'occupent différentiellement le sultan, l'Etat, les assujettis et le territoire. Au "discours d'Empire" des premiers Ottomans succède au XVIIe siècle un "discours d'en pire" dont émerge, au XIXe siècle, celui "de la paranoïa" à la logique génocidaire. De cette matrice naît celui de la République, toujours actuel depuis cent ans : le "discours de l'hainamoration" dont Erdo?an est depuis vingt ans le sujet principal. Ces transformations successives ont pour enjeu, avec une étrange constance, le champ de l'altérité : le lieu de la différence.
La question de l'évangélisation est au coeur de ce récit à caractère autobiographique. Prêtre du diocèse de Vannes, Bertrand Jégouzo a passé plusieurs années de sa vie comme missionnaire Fidei donum dans le diocèse de Riobamba, en Equateur. Plus précisément dans les Andes au milieu d'une population majoritairement indienne. Très vite, il s'est trouvé confronté à l'interrogation à la base de l'évangélisation : comment un missionnaire occidental, formé dans la théologie catholique du XXe siècle, peut-il transmettre - ou partager - la foi chrétienne à des paysans quechua vivant dans une culture plus que millénaire ? Comment composer avec les formes et les traditions d'un christianisme implanté au temps de la conquête espagnole ? A travers le récit d'histoires et d'aventures vécues au quotidien, l'auteur questionne la pratique missionnaire. Dans les sociétés latino-américaines, l'enjeu est d'assurer le droit à la différence dans les manières de vivre, de penser et d'élaborer ses propres conceptions culturelles et religieuses. Son témoignage aborde des questions essentielles et respire l'authenticité.
Cent ans ont passé depuis la fondation de la République de Turquie. Les différents partis politiques qui se sont succédé au pouvoir, au rythme des élections et des coups d'Etat, ont imposé leurs politiques mémorielles. Dans le même temps, on a assisté à la publication quasi ininterrompue de mémoires des chefs du Comité Union et Progrès qui prirent le pouvoir dans l'Empire ottoman à la veille du Premier conflit mondial et furent les principaux responsables du génocide des Arméniens. Aujourd'hui, plus que jamais, ces livres constituent des succès de librairie, et leurs auteurs sont largement considérés en Turquie comme des héros, pères fondateurs de la nation. Duygu Tasalp propose de considérer ces ouvrages comme supports de la construction d'une mémoire publique en Turquie. La mise en contexte des différentes vagues de publications au cours du XXe siècle, associée à une analyse de discours, permet de repérer trois tournants - dans les années 1920, 1940 et 1990 correspondant à l'avènement de trois grands régimes mémoriels : kémaliste, inönüiste et, enfin, islamiste, qui se succèdent et se superposent. Le rôle fondamental des mémoires d'unionistes dans l'élaboration du discours officiel sur le passé témoigne de la force et de la persistance du négationnisme au fil des décennies. Au-delà de la Turquie, ce livre apporte une réflexion de sciences sociales sur les notions de secret et de mensonge, comme sur les effets durables des violences exterminatrices sur leurs auteurs et leurs descendants.