Une femme de mon village, qui paraissait frénétique, était conduite par son mari et des parents à une sorcière, sur les ressources de laquelle ils comptaient pour la guérir. Comme au passage de l'Arno on avait mis la femme sur le dos de l'homme le plus robuste, voilà qu'elle se mit soudain à remuer les fesses comme dans l'accouplement, en criant d'une voix forte à plusieurs reprises : " Je veux qu'on me foute ! " Ces paroles exprimaient la cause de sa maladie. Celui qui la portait éclata d'un tel rire, qu'il tomba avec elle dans l'eau. Tous alors, riant à l'idée du remède, affirment qu'il n'est pas besoin d'incantations pour lui rendre la santé, mais de copulation. Et s'étant tournés vers le mari : " Ta femme ne trouvera pas de meilleur médecin que toi ". Ils s'en revinrent donc, et quand le mari eut couché avec son épouse, celle-ci recouvra son bon sens. Il n'y a pas de meilleur remède à la folie des femmes.
Le Pogge (1380-1459) est, entre autres, un auteur humaniste du Quattrocento, en pleine Renaissance italienne. On trouvera dans cet ouvrage, outre ses 273 Facéties, la reproduction d'une de ses lettres décrivant les moeurs aux Bains de Bade, ainsi qu'un dialogue à l'occasion de son mariage tardif avec une jeunesse de 18 ans : Un vieillard doit-il se marier ? Le rapport entre Pogge et Nasr Eddin Hodja ? Si le personnage réel de Nasr Eddin Hodja a vécu entre 1208 et 1284 en Turquie, des mentions dans le Mathnawï de son contemporain et ami Djalâl ad-Dîn Rûmî concernent un Djuha, un de ses nombreux avatars, colportés par la tradition orale jusqu'à nos jours. Comme pour l'oeuf et la poule, lequel précéda l'autre ? si on retrouve en Nasr Eddin des Fables de Phèdre, de Babrios, qui lui sont antérieurs, comme le recueil de Philogelos (chez le même éditeur), on retrouve également des Fables issues des Hécatomythia d' Anbstémius (1440-1508). Bien malin donc qui saurait se prononcer avec certitude. Je ne m'y aventurerai pas, relevant simplement que si Nasr Eddin fait partie du folklore oral, qui lui a permis de perdurer et prospérer jusqu'à nos jours, même en Anglophonie, les auteurs mentionnés, quant à eux, ont eu le mérite de fixer ces histoires dans le temps.
Le nord, le sud, l'est et l'ouest : toutes les sociétés, ou presque, recourent aux directions cardinales pour s'orienter. Depuis des millénaires, les quatre points cardinaux sont indispensables a` la navigation. Au coeur de l'imaginaire, de la morale et de la géopolitique de la plupart des civilisations, ils n'en restent pas moins subjectifs - et parfois contradictoires. L'historien Jerry Brotton nous invite à découvrir ces directions en fonction de la position spatiale et temporelle des communautés humaines qui en font usage. Il nous explique pourquoi telle ou telle culture en privilégie une plutôt qu'une autre et pourquoi aucune société ne s'est jamais orientée vers l'ouest. De nos jours, cependant, en vertu du GPS, les points cardinaux s'avèrent moins pertinents. Grâce aux applications géospatiales, nous nous situons au centre de la carte sous la forme d'un point bleu qui nous déconnecte du monde naturel. En imaginant les bouleversements que la technologie pourrait imposer a` l'avenir, Jerry Brotton nous rappelle a` quel point les directions cardinales ont été cruciales depuis que nous parcourons la planète.