Cet essai entend s'interroger sur une éventuelle spécificité du théâtre de société en étudiant ses rapports avec les théâtres publics et privilégiés. La définition du théâtre de société comme théâtre amateur, discontinu et non lucratif est établie, de même que son inscription est depuis longtemps reconnue dans le paysage théâtral du XVIIIe siècle qui porte à leur point d'apogée ces pratiques. En revanche, la question d'une éventuelle altérité du théâtre de société choisit un terrain d'étude distinct de celui des historiens des deux siècles passés et des sociologues. Il s'agit d'envisager le phénomène dans son ensemble, c'est-à-dire dans son rapport avec les scènes publiques. En effet, les deux théâtres ne s'opposent pas en un simple rapport d'antonymie, mais se caractérisent par d'incessants passages d'acteurs, de textes, d'auteurs et de publics. L'étude et l'interprétation de ces ponts, de ces imitations, de ces innovations, de ces rivalités et de ces parallélismes permettent de cerner cet autre théâtre caractérisé par la présence d'un commanditaire, d'un auteur amateur ou professionnel en marche vers son indépendance, d'une poétique, d'un agencement spectaculaire particulier, enfin de répertoires conçus en articulation ou en tension avec la production contemporaine
Date de parution
05/11/2003
Poids
670g
Largeur
160mm
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EAN
9782745308672
Titre
LE THEATRE DE SOCIETE : UN AUTRE THEATRE ?
ISBN
274530867X
Auteur
PLAGNOL-DIEVAL M-E
Editeur
CHAMPION
Largeur
160
Poids
670
Date de parution
20031105
Disponibilité
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Né en 1709 et mort en 1783, Charles Collé est au coeur de la production littéraire et critique du XVIIIe siècle. Chansonnier, membre du Caveau, homme de théâtre et auteur d'un Journal rédigé de 1748 à 1772 qui est une mine d'informations, il se met à écrire des pièces de circonstance pour la famille de son protecteur M de Meulan, avant de devenir le fournisseur attitré des divertissements du duc d'Orléans (à Paris, Bagnolet et Villers-Cotterêts) et, à un moindre titre, de ceux du comte de Clermont (à Berny). Son statut d'auteur de société ne l'empêche pas de viser une reconnaissance littéraire : l'amuseur renommé pour ses chansons et sa veine amphigourique, le faiseur de parades et de tragédies burlesques est aussi l'auteur de La Veuve ou Dupuis et Desrosnais, des comédies proches du genre sérieux, et de La Partie de chasse de Henri IV, jouée en société puis en province avant d'être tardivement autorisée à la Comédie-Française. Cet ouvrage collectif explore pour la première fois l'ensemble de l'oeuvre de Collé imprimée et manuscrite (chansons, pièces de théâtre de tout genre, journal et correspondance), ce qui permet de réévaluer sa place dans la République des Lettres, ses relations avec ses contemporains chansonniers, dramaturges, auteurs appointés ou indépendants, commanditaires ou acteurs, et d'expliciter un certain nombre de ses jugements esthétiques. Comme témoin de la vie littéraire de son époque, comme dramaturge de société qui réfléchit à sa condition d'homme de lettres et comme spécialiste des formes comiques et des petits genres, Collé est un auteur à redécouvrir.
Aspect essentiel de " la vie théâtrale au XVIIIe siècle ", le théâtre de société constitue un objet d'étude privilégié pour les historiens des mentalités, du théâtre, de la littérature, de la musique, de l'architecture et des arts du spectacle en général. Les textes ici rassemblés, dans cette perspective interdisciplinaire, privilégient un ordre chronologique qui part de la cour de Sceaux pour arriver à la période révolutionnaire, dont on doit se demander si elle sonne la fin de ces manifestations considérées comme caractéristiques de l'Ancien Régime. Trois grands axes de réflexion se dessinent au sein de ce cadre : les lieux et les répertoires qui ont pour objet de situer précisément cette activité parmi d'autres ; les rapports de ces corpus avec la société du triple point de vue esthétique, moral et politique ; les échos que le théâtre de société a laissés dans les écrits du temps. L'étude de sources jusque-là inexplorées permet d'en savoir plus sur la genèse des pièces et des spectacles, de montrer comment, pourquoi, à quel moment de leur vie ou de leur carrière littéraire des auteurs amateurs ou professionnels, comme Marivaux, Voltaire ou Beaumarchais, se sont tournés vers les scènes privées, et quelles y sont les conditions de représentation : bâtiments, des plus simples aux plus luxueux ; composition des troupes, mêlant souvent professionnels et amateurs, qu'il s'agisse des comédiens ou des musiciens, dont le rôle essentiel et parfois novateur est ici souligné. La diversité des théâtres étudiés met en lumière l'importance de la province, tant dans les villes que dans les résidences de compagne. A Paris, l'activité théâtrale publique se trouve même démultipliée par celle des scènes privées. Si le théâtre de société se caractérise par la notion d'espace privé, qui le définit pour l'essentiel et le distingue des scènes privilégiées, officielles et non, il joue également un rôle de théâtre expérimental pour certaines pièces. Il permet en effet à certains auteurs de fourbir leurs premières armes à l'ombre d'un commanditaire s'apparentant plus ou moins à un mécène, dans un cadre où la notion de " société " ou de " spectateurs " se substitue à celle de " public ". Là, il imite, détourne ou invente de nouveaux genres, susceptibles de s'épanouir sur les scènes publiques, en France et, plus largement, dans une Europe tournée vers le modèle français. Lieu de transfert culturel, donc, des textes, des auteurs, des acteurs et des esthétiques, le théâtre de société du XVIIIe siècle est bien aux origines du théâtre amateur qui se développe aux siècles suivants.