IL S'AGIT LÀ D'UNE SOMBRE VÉRITÉ qui semble accompagnée du bourdonnement et du grondement des antiques trapèzes magiques: le caractère d'une personne, son âme, son destin ne sont pas des données permanentes, ni déterminées par des forces inconnues. Ce que nous sommes peut dépendre de quelques ombres artificielles ou de quelques traits d'encre de Chine sur le visage. Il suffit de quelques petites interventions pour donner à une tête hautaine de patricien une expressionservile. Avec l'aide de couleurs inertes, le courage devient lâcheté, la sagesse folie, la joie tristesse. Les changements qu'on y opère ont des implications dans les couches profondes de l'être, dont le visage n'est que le reflet. Lorsqu'un maquillage est réussi, il se produit des modifications plus ou moins importantes dans celui qui l'arbore. Il n'est pas impossible, par exemple, qu'en vertu de cette prémisse, un homme pût acquérir certaines caractéristiques chevalines si on lui donnait suffisamment longtemps les traits d'un cheval. En tant qu'art, le maquillage ne pouvait se pratiquer que sur des êtres humains, au risque, sinon, de n'être que de la peinture, une imitation de la vie, comme la statuaire grecque de l'Antiquité. Siméon espérait que ce lien avec la vie et les hommes permettrait à son savoir-faire de prendre la tête de l'aventure, digne de Protée, qui consistera à fuir la nature. Troisième registre d une fresque littéraire qui déroule le destin de l'humanité dans l'histoire tourmentée des Balkans, ce volume nous transporte au siècle de Soliman le Magnifique, quand Siméon de Szeged tente de se faire artiste pour échapper à la destinée commerciale de sa lignée. Où l'on voit que la trahison de la sainte Trinité aroumaine - Famille, Propriété, Passé - se solde par la mort. Biographie de l'auteur Né en 1930 au Monténégro, Borislav Pekic est mort à Londres en 1992, laissant romans, nouvelles, drames et essais qui brassent l'histoire de nos sociétés pour expliquer l'avenir de l'homme par son passé, "où se cache la vérité qui l'a poussé de l'avant".
Nombre de pages
548
Date de parution
20/09/2004
Poids
570g
Largeur
120mm
Plus d'informations
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EAN
9782748900187
Titre
La Toison d'or Tome 3 : Les Profits de Kyr-Siméon
Auteur
Pekic Borislav ; Robin Mireille
Editeur
AGONE
Largeur
120
Poids
570
Date de parution
20040920
Nombre de pages
548,00 €
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TOUS AVAIENT TENTÉ, à un certain moment, d'échapper à la Firme, mais ils avaient fini, tôt ou tard, par revenir en son giron maternel. La Firme était toujours la plus forte. Elle régissait, tel un tyran impitoyable, leurs pensées, leurs agissements, leurs sentiments, tout ce par quoi ils se distinguaient des animaux. Elle était devenue la prémisse essentielle de leur condition humaine. Tel un Moloch impassible, elle digérait leurs révoltes insensées et, quoi qu'ils fissent pour lui échapper, les ramenait toujours à elle, dans ses entrailles brûlantes, comme les victimes immolées au dieu du commerce à Carthage. Elle les attelait à son char doré. Siméon n'avait pu s'en défendre, même en se réfugiant sous une forme chevaline. Car la Firme, c'était eux, justement, tous ces Siméon défunts et dont l'âme n'avait pas encore trouvé le repos. Leur désir d'accumuler, leur soif de posséder se condensaient en Siméon, prenant le contrôle de tout son être. L'énergie ne faisait alors plus qu'un avec la matière, l'idée avec la marchandise. Et l'on ne pouvait rien contre. Rien n'aurait pu ramener cette nouvelle divinité, invisible et inconnue, à l'obéissance et à la modération.Deuxième registre - après La Toison d'or (Agone, 2001) - d'une fantasmagorie littéraire qui déroule le destin de l'homme dans l'histoire tourmentée des Balkans, ce volume retrace les insurrections serbes, la formation de la Yougoslavie et la constitution d'une classe bourgeoise à travers la quête marchande d'une famille serbe d'origine aroumaine. Où l'on voit la lutte pour la survie se transformer en une course effrénée pour l'accumulation de profits. Biographie de l'auteur Né en 1930 au Monténégro, Borislav Pekic est mort à Londres en 1992, laissant romans, nouvelles, drames et essais qui brassent l'histoire de nos sociétés pour expliquer l'avenir de l'homme par son passé, "où se cache la vérité qui l'a poussé de l'avant".
On s'était extirpé des bas-fonds. On avait parcouru le chemin qui menait aux étoiles. On ne pouvait pas aller plus loin. On s'était emparé de la Toison d'or terrestre. Il n'y avait plus de raisons de continuer la route. Maintenant qu'ils étaient tout en haut de l'échelle, les Njegovan ne pouvaient plus que piétiner sur place. Certes, il leur était encore possible d'accroître leur fortune, d'acheter toujours plus de maisons, de commerces, d'usines, de terres, de mines, d'actions, de bijoux, d'acquérir davantage de pouvoir et de gloire, d'arracher quelques boucles supplémentaires à la Toison, mais ce serait de l'accumulation pure et simple. Ils étaient déjà si riches qu'on ne remarquait même plus qu'ils continuaient à s'enrichir. Tous leurs biens avaient moins d'importance à leurs yeux que le deuxième sac de ducats économisé, le second privilège obtenu ou, même, le moindre geste de reconnaissance publique pour leurs ancêtres à l'époque où ils n'étaient encore rien ni personne. Il leur restait à trouver un sens à leur course au profit ou, tout au moins, à remettre en cause celui qui l'avait jadis justifiée. Il convenait maintenant de placer la Toison d'or terrestre sur le plateau de la balance. Cinq siècles d'histoire mouvementée des Balkans sont livrés ici en une fantasmagorie littéraire qui retrace l'ascension sociale et la chute d'une puissante famille serbe d'origine aroumaine : une saga en sept registres nourris de la mythologie qui accompagne l'errance de ce peuple et tourne en dérision les mirages de la société marchande. Où l'on voit que la quête de La Toison d'or se confond avec une recherche du profit et du gain qui n'épargne que les tempéraments artistes...
De sa main droite, Popier enregistrait les condamnations, de la gauche, il arrachait de petits morceaux de celle qu'il avait volée, les portait à sa bouche en faisant attention à ce qu'on ne le voie pas et les avalait après les avoir humectés sous sa langue. Puis sa main se glissait à nouveau sous son vêtement, à la recherche d'une autre bouchée. C'est ainsi que Jean-Louis Popier, greffier du tribunal institué par la grande Révolution française, mangea sa deuxième mort. C'était la première qu'il mangeait intentionnellement. Le papier était moins fade que celui de la nuit passée, l'encre ne lui donnait plus la nausée. Les deux matières avaient désormais le goût sucré de sa volonté. L'individu évoqué ici sous le nom de "l'homme qui mangeait la mort" fait partie de la multitude des petites gens dont les manuels parlent peu. Si les historiens de métier voient là une raison de s'en détourner pour se consacrer à ses contemporains plus illustres tels que Danton, Robespierre et Marat, cela ne saura qu'inciter davantage les écrivains, ces profanateurs de tombeaux, à tenter de la sauver de l'oubli. Biographie de l'auteur Né en 1930 au Monténégro, Borislav Pekic est mort à Londres en 1992, laissant romans, nouvelles, drames et essais. On lui doit notamment La Toison d'or, fantasmagorie littéraire qui, à travers cinq siècles de l'histoire agitée des Balkans, turne en dérision les mirages de la société marchande.
Peuportier Bruno ; Beausoleil-Morrison Ian ; Pénic
OEuvrant tous à la conception ou la réhabilitation énergétique des bâtiments, domaine de plus en plus important où les objectifs environnementaux d'une part et la réglementation de l'autre encouragent à l'amélioration des performances, les auteurs exposent dans ce livre de référence quels sont les différents modèles d'outils de simulation énergétique. Ce sont notamment la thermique, l'aéraulique, l'éclairage et les transferts de masse, l'enveloppe et les équipements sur le cycle de vie des bâtiments. Une description des outils les plus employés en France ainsi que plusieurs études sur la validation des modèles complètent cet ensemble. On y trouvera de nombreux conseils portant sur les données disponibles d'un bâtiment, le climat, les scénarios d'usage et l'exploitation des résultats ; les aspects d'incertitudes et d'optimisation sont eux aussi étudiés. La conception de bâtiments neufs et les réhabilitations font l'objet d'exemples particuliers. Enfin, les auteurs tracent des perspectives pour progresser vers la garantie de performance énergétique.
En 1841, dans son discours de réception à l'Académie française, Victor Hugo avait évoqué la " populace " pour désigner le peuple des quartiers pauvres de Paris. Vinçard ayant vigoureusement protesté dans un article de La Ruche populaire, Hugo fut très embarrassé. Il prit conscience à ce moment-là qu'il avait des lecteurs dans les milieux populaires et que ceux-ci se sentaient humiliés par son vocabulaire dévalorisant. Progressivement le mot " misérable ", qu'il utilisait au début de ses romans pour décrire les criminels, changea de sens et désigna le petit peuple des malheureux. Le même glissement de sens se retrouve dans Les Mystères de Paris d'Eugène Sue. Grâce au courrier volumineux que lui adressèrent ses lecteurs des classes populaires, l'auteur découvrit les réalités du monde social qu'il évoquait dans son roman. L'ancien légitimiste se transforma ainsi en porte-parole des milieux populaires. Le petit peuple de Paris cessa alors d'être décrit comme une race pour devenir une classe sociale. La France, c'est ici l'ensemble des territoires (colonies comprises) qui ont été placés, à un moment ou un autre, sous la coupe de l'Etat français. Dans cette somme, l'auteur a voulu éclairer la place et le rôle du peuple dans tous les grands événements et les grandes luttes qui ont scandé l'histoire depuis la fin du Moyen Age les guerres, l'affirmation de l'Etat, les révoltes et les révolutions, les mutations économiques et les crises, l'esclavage et la colonisation, les migrations, les questions sociale et nationale.
Je ne peux que suivre Emma Goldman quand elle déclare ne pas vouloir d'une révolution où elle ne pourrait pas danser. Mais au moins voulait-elle une révolution, sans laquelle de telles fins esthétiques et psychologiques ne bénéficieraient qu'à quelques-uns. Or les objectifs révolutionnaires et sociaux de l'anarchisme aujourd'hui souffrent d'une telle dégradation que le mot "anarchie" fera bientôt partie intégrante du vocabulaire chic bourgeois du siècle à venir : une chose quelque peu polissonne, rebelle, insouciante, mais délicieusement inoffensive.
Françoise Thirionet a rencontré Silvio Marra, ouvrier italien émigré en Belgique, au début des années 1970. Pendant trente ans, ils militent ensemble en discutant des problèmes rencontrés par Silvio aux Forges de Clabecq où il travaille. Ce livre est issu de leurs entretiens. Pour Silvio et ses collègues, le quotidien à l'usine, c'est d'abord s'atteler à déconstruire certaines règles qui règnent dans l'entreprise. Notamment les attitudes de résignation et de peur. Rapidement élu délégué syndical en charge des questions d'hygiène et de sécurité, Silvio témoigne des luttes qui ont eu lieu pendant trente ans pour améliorer les conditions de travail et pour empêcher la fermeture annoncée du site. Les ouvriers de Clabecq se fient à leurs propres forces et à leur connaissance de leur métier pour mener leurs combats. Quitte à mettre de côté l'appareil syndical sitôt qu'il a déclaré ne plus rien pouvoir pour eux. Dans la forge, l'émancipation doit être une ?uvre collective. Son poste syndical, Silvio le voit comme un moyen de faire vivre l?« esprit de Clabecq » : « Chaque fois qu'on voulait balancer quelqu?un, chaque fois qu'on voulait attaquer les faibles, tout le monde se portait à leur secours. Ce combat contre le licenciement, le chômage, le racisme, les bas salaires, nous le menions tous les jours sur le terrain. » Par la confiance qu'il affirme dans sa classe sans la théoriser à l'absurde, ce livre donne des leçons salvatrices d'optimisme militant.
Stephen Mumford montre que la popularité universelle du football n'a rien d'accidentel et ne s'explique pas uniquement par des facteurs sociaux ou quelque contingence historique : sa popularité tient à la nature même de ce jeu. En répondant avec une rare clarté aux questions que les discussions passionnées sur le football n'ont de cesse de soulever, Football. La philosophie derrière le jeu permet de mieux comprendre le "beau jeu" : quelle place y occupe la chance ? Quelle est la relation des individualités d'une équipe à ce tout dont elles font partie ? Quel est la fonction de l'entraîneur et des schémas tactiques ? En quoi le football a-t-il particulièrement à voir avec l'espace ? En quoi consiste la beauté de ce sport ? Quelle est sa relation avec la victoire et la compétition ?