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Coeur de pierre
Péju Pierre
FOLIO
9,50 €
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EAN :9782070368969
ExpulsionTrois coups! Quelqu?un frappait à la porte. Trois coups puissants et impérieux contre le cadre de bois. « Police! » Puis une grêle de petits coups impatients contre la vitre qui allait voler en éclats. « Ouvrez! Police! » Encore abruti de sommeil, roulé dans ses couvertures sur le matelas de mousse posé au milieu de la pièce vide, Schulz distinguait le bleu des uniformes à travers le verre dépoli. Il entendait des craquements, des bruits de pas et des voix d'hommes autour de la maison. Confusément, il avait perçu le ronronnement d'un moteur au ralenti puis des claquements de portières. Il avait tellement redouté cet instant! À l'aube, chaque fois que des pas lourds approchaient dans le noir, il sursautait. Pour la première fois, Schulz espérait pouvoir passer l'hiver dans ce qu'il avait si longtemps considéré comme « leur » maison. Il avait réussi à dormir sans être réveillé par son cauchemar habituel, ni par une quinte de toux. Le froid était là désormais, glacial. En ce 31 octobre, il ne restait en principe aux autorités que quelques heures pour procéder légalement à des expulsions. Et du monde à jeter à la rue, squatters, locataires n'ayant pas payé leur loyer depuis des mois, il y en avait beaucoup! Les policiers ou plutôt les juges qui les envoyaient avaient donc attendu le tout dernier jour prévu par la loi! Ils étaient là. C?était fini. Schulz rejeta les couvertures, se dressa péniblement, chercha en vain ses lunettes et se résigna à déverrouiller la porte. Il portait son vieux manteau bleu marine boutonné jusqu'au cou, un foulard gris, des chaussettes. Prêt à partir, en somme. Les coups redoublaient. Dans l'affolement, il renversa le petit réchaud posé à même le sol, avec la casserole contenant un reste de pâtes agglomérées, piétina la paperasse et les livres qui cernaient le matelas. Ses lunettes lui manquaient. Sans elles, il n'y voyait pas trop mal, mais il en portait depuis l'enfance et, bien ajustées sur son nez, elles étaient devenues un masque de protection magique sans lequel il se sentait vulnérable. Il était amaigri et mal rasé et les policiers qui pénétraient dans la maison lui parurent gigantesques. Ils avaient de beaux visages lisses et roses, et des uniformes impeccables. Puissants et reluisants, ils se trouvaient surtout du bon côté de cette saloperie d'existence. Schulz l'avait connu et aimé ce bon côté. Il s'y était trouvé durant pas mal d'années. Il s?était cramponné longtemps. Et puis un jour, il avait lâché prise. « Monsieur Schulz? Police! Vous êtes sous le coup d'une procédure d'expulsion prononcée par le tribunal, le 24 avril de cette année. Nous sommes le 31 octobre, et... » D'une main gantée de cuir noir, un policier tendait un imprimé officiel tandis que deux de ses collègues encadraient Schulz, s'attendant de sa part à un geste de rébellion. Derrière eux, un type en civil ne disait rien. Il avait un museau de rat, une casquette de tweed enfoncée jusqu'aux yeux et prenait des notes en se servant de son porte-document comme d'un pupitre. Pendant que son collègue examinait la carte d'identité de Schulz, un jeune flic à la moustache et aux sourcils blonds entreprit de secouer et de rouler le matelas de mousse, tout en rassemblant à grands coups de pied les quelques affaires qui jonchaient le parquet. Sous son épaisse semelle, il écrasa une paire de lunettes. Schulz se baissa pour les ramasser mais les verres étaient brisés et la monture tordue, et il referma sa main sur cette pauvre prothèse brusquement inutile. On lui tapait fermement sur l?épaule. « Vous n'ignorez pas que cette maison ne vous appartient plus et que vous l'occupez illégalement, monsieur Schulz? » Il se taisait. Il n'ignorait rien.
Sous une pluie froide de novembre, la camionnette du libraire Etienne Vollard heurte de plein fouet une petite fille en anorak rouge qui, affolée, courait droit devant elle après avoir vainement attendu sa mère, jeune femme fuyante et transparente. Désormais, cet homme va devoir vivre avec les conséquences de l'accident. Affublé d'une paternité d'emprunt, Vollard, jusque là introverti et solitaire, commence à réciter à l'enfant plongée dans le coma de textes littéraires contenus dans sa mémoire fabuleuse. Lorsque l'enfant s'éveille, elle a perdu l'usage de la parole. Alors, fuyant ses insomnies et ses angoisses anciennes, le libraire emmène Eva marcher dans les paysages de la Grande Chartreuse, lieu sauvage et splendide ou vivent des moines qui ont fait voeu de silence. Un gros homme, encombré de lui-même, une mère bien trop jeune, et une fillette précocement fracassée par la vie forment un étrange trio : le triangle de solitudes. Le narrateur de cette histoire, témoin de l'enfance et de la jeunesse de Vollard, exprime sa fascination pour ce libraire inoubliable. Mais ce roman conte est aussi un hymne inoubliable à la littérature, une méditation sur le fragile pouvoir des livres.
Résumé : Ce livre, qui relate trois naissances singulières, tragiques ou heureuses, tente surtout de dire la " venue au monde " le banal miracle de chaque naissance. Car la naissance est comme le trépas, le passage invisible dont nous ne savons pas, ne pouvons pas parler. " Naissances " est aussi une parole masculine, celle qui évoque le " regard du père ", ce regard ambigu que l'homme porte sur celle qui met au monde. Intrigué par ce que vit la femme et qu'il ne vivra jamais fasciné par l'être inimaginable dont il devra admettre qu'il est le père, l'homme ne peut que se tenir dans une marge étrange lorsque s'annonce le nouveau, lorsque l'enfant paraît. L'homme, voué à ne mettre au monde que des choses ou, au mieux, des livres dont il ne sait jamais s'ils sont morts ou vifs.
Résumé : "Au ciel tout va mal, Dieu se détourne de sa création. Les Anges sont livrés à eux-mêmes. Seul Raphaël, sans mission ni message, médite encore un modeste miracle. Depuis son balcon il se penche au-dessus du monde. Le ciel s'ouvre. Le hasard fait - mais est-ce le hasard ? - que là-bas, tout en bas, dans une maison construite à flanc de montagne, surplombant un lac dont les reflets font paraître le ciel plus beau, il aperçoit une femme endormie. Nora est allongée en travers du lit défait, paupières closes, encore absente au monde, la chemise de nuit remontée au-dessus de la taille, les seins évadés du coton blanc. Un premier rayon de soleil vient glisser sur sa chair, gainer lentement ses jambes, caresser ses cuisses, chauffer son ventre. Le matin le plus ordinaire est aussi l'origine du monde. Quand la lumière atteint son visage, plaquant sur ses yeux une lame chauffée au rouge, Nora fait un bond hors du lit. Debout au milieu de la chambre, elle vacille. Ses pieds nus collent au carrelage tandis que la chemise retombe autour de son corps luisant de sueur. Son cour cogne, comme d'habitude, à la seule idée de devoir affronter le jour."
Dans le droit fil de Naissances et de La petite Chartreuse, Pierre Péju poursuit une méditation surl'enfance au fil de laquelle se dégage la notion d?« Enfantin », qui permet de comprendre comment les impressions de nos premiers jours hantent notre vie adulte, non pas comme des souvenirs mais comme des blocs perceptifs, des clartés et des ombres. Ces impressions originelles sont la clef de notre singularité, de notre style, et de ce que Bergson appelait « la courbure de notre âme ». Accueillir l'Enfantin n'a rien de nostalgique. C'est au contraire une incitation à prendre des initiatives, à créer, ou à trouver une écriture restituant la saveur des premières fois. Alternance de récits intimes et de lectures d?écrivains (Nabokov, Sarraute, Leiris, Kafka) ou de penseurs (Bachelard, Sartre, Walter Benjamin, Lévi-Strauss, Deleuze), Enfance Obscure reprend quelques questions profondes que la modernité a soulevé, en « découvrant » et en valorisant l'enfance. Quels liens notre imaginaire tisse-t-il entre les enfants et les morts? D'où vient la familiarité de l'enfant avec l'animal ou le monstrueux? Qu'est-ce que la haine des enfants? Pourquoi faut-il des grandes personnes? Comment la philosophie a-t-elle considéré l'enfance? Quelle part d'enfance est nécessaire à toute création artistique? Revenir à l'enfant que nous fûmes donne accès à toute l'enfance, nous permet de retrouver l'enfant étranger, ou l'enfant anonyme, que nous avons été aussi et d'en accepter l?énigme définitive. Car toutes les enfances communiquent: des passages secrets relient les plus lointaines aux plus actuelles.
Vous voulez vous venger de l'avarice de votre maître ? Faites-lui croire qu'une troupe imaginaire de spadassins est à sa poursuite et que vous avez trouvé un moyen de le sauver. Prenez un sac. Mettez l'homme dans ce sac et prenez soin de bien le fermer. Promenez-le un peu sur votre dos à travers la ville. Profitez-en pour le rouer de temps à autre de coups de bâton. Mais prenez garde que votre victime ne découvre la supercherie...
Trois destinées. Trois cultures. Trois combats. Trois femmes qui se battent avec volonté, courage et fierté pour acquérir leur place dans la société malgré les discréminations et les traditions. Un premier roman fort sur trois destins liés comme les trois brins d'une tresse...