Tout texte est un palimpseste, à la croisée des traces effacées et d'un nouveau lancer de dés. Tout poème est une convocation de l'inouï, une proposition d'impossible. Toujours sur la ligne de crête où l'inaperçu vient rompre silence et élever sa voix, à jamais non répertorié dans le bal des proses apprivoisées. Choisir de décliner des fragments de monde selon l'axe des quatre éléments physiques - la terre, l'eau, l'air et le feu -, c'est tenter d'illimiter l'écriture en un corps dansant et frapper les choses au coin du verbe. Double mouvement en miroir, double pari. En sécession avec les codes régnants du penser et de l'exister. À l'écart de l'institué et du figé. Afin de phraser ce qui se soustrait à la visibilité, ce qui est exclu de la présence, les vents de ]'ailleurs doivent souffler sur la langue. Jamais à la solde de ce qui est, la poésie invente son espace-temps propre, dans la sédition de vocables qui tombent hors de leur usage marchand, hors d'eux-mêmes. Le verbe ne se tient qu'à hauteur d'une insurrection contre tout ce qui le minore, le corrode, l'aseptise. Prêt à affronter des temps qui ne relèvent d'aucune conjugaison, le verbe allume les points de crise de la grande Histoire et des lambeaux de petits récits, débusquant les noms silencieux sous le vacarme des choses, les puissances vitales dans les tribus de mots hors de leur gond. Le tremblé, le bougé que le poème induit dans la langue du monde et dans le monde de la langue n'est pas sans ricocher sur lui-même. Nul m'emporte et ne déporte s'il n'est d'abord transporté.
Date de parution
29/06/2010
Poids
300g
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EAN
9782874064715
Auteur
VERONIQUE BERGEN
Editeur
ARBRE A PAROLES
Largeur
0
Date de parution
20100629
Nombre de pages
0,00 €
Disponibilité
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Hélène Cixous, la messagère du rêve, réunit des essais de Véronique Bergen consacrés à l'Å?uvre d'Hélène Cixous. L'ouvrage déploie, par une lecture attentive, les motifs qui traversent ses livres : mémoire familiale, héritages historiques, pluralité des langues, figures disparues, pratiques de l'écriture. En suivant le fil de ces thèmes, il dessine une cartographie claire d'une Å?uvre dense et en éclaire les continuités. Ce volume offre ainsi une approche qui restitue la portée d'une voix majeure de la littérature contemporaine. « Les mots se lèvent en rafales, se soulèvent en tempêtes, venus des quatre coins de la mémoire. »
Véronique Bergen nous emmène à la rencontre de Zoë Lund, actrice, scénariste, musicienne, compositrice, mannequin, écrivaine, née à New York en 1962., fille de Barbara Lekberg, sculptrice, et de Victor Tamerlis, marchand de livres rares d'origine grecque. Elle fut la co-scénariste des films d'Abel Ferrara dans lesquels elle jouas, Ms. 45 et Bad Lieutenant. Multiple, insaisissable, c'était créatrice boulimique. qui fit de l'héroïne une mystique, et voua un culte au rituel du shoot. Personnalité flamboyante elle incarne l'underground new yorkais des années 70. Le texte de Véronique Bergen s'accompage de portraits phototgraphiques ainsi que des extraits de certains des poèmes et textes de Zoë Lund.
La poésie comme matériau pour explorer les états du corps, le corps amoureux, le corps jouissant, le corps se donnant de nouvelles naissances, le corps rebelle à l'oppression, le corps soumis à la loi de l'éros, le corps se libérant, le corps s'abandonnant. Griffures se tient sur les lignes où la chair, le désir, l'enfance cherchent à se phraser. La poésie comme déclinaison des folies collectives, du chaos de l'Histoire, en un jeu d'échos avec les débâcles individuelles. Un théâtre des bourreaux et des sacrifiés, une galerie de personnages, Judith, Sulamith, Salomé sur fond de pogroms, avec la Shoah comme ombilic. La Nuit obstinée ou comment veiller sur l'innommable en le dépliant en verbe.
Avec un sens de l'autodérision et un humour qui n'appartiennent qu'à lui, Carino Bucciarelli nous entraîne dans un tourbillon de situations insolites qui visent à stigmatiser l'arrogance déplacée de nos petites personnes occupées ; mieux, porté par l'absurde de Beckett et « l'impuissance à se conformer » de Michaux, il dresse le tableau de nos folies ordinaires, met en évidence le manque qui nous ronge, questionne les apparences et au final, réduit en cendres ce que nous croyons être. Bref, Poussière est un livre qu'on ne peut considérer sans vertige tant il transgresse la raison commune, chante pour des images inconnues et ouvre une voie singulière dans la découverte du fondement des choses et de nous-mêmes.
La première chose qui m'est venue à l'esprit, c'était le souvenir de mon père qui m'apprenait à lire quand j'avais cinq ans, lui qui n'était pas allé plus de trois ou quatre ans à l'école primaire, lui pour qui l'écriture était «utile ». Assise sur ses genoux, sage, docile, désireuse de savoir ce que cachaient ces signes mystérieux, je suivais le chemin de ses larges doigts sur les lignes de la La petite chèvre turbulente. Il dissipait, avec le dévoilement de ce premier livre, la brume qui me cachait l'autre sens des mots quand ils sont fixés sur le papier. Il ouvrait les portes de mon émancipation. Il me montrait le chemin de mes futures évasions.
Elle est noire. La quarantaine. Féline divine. Puissante. Elle gueule. Cri de femme. Femme-enfant. Femme-mère. Femme fatale. Femme aux mots qui percent. Acérés. Lisette Lombé - du moins son héroïne - dévoile son cul, sa dentelle, ses fantasmes. Sans pudeur. Une venus ardente dans sa cité, une chatte brûlante et moite qui raconte ses quarante années. Son corps de femme. Les doigts qui effleurent, les doigts qui serrent, les doigts qui montrent, les doigts qui écrivent, les doigts qui pleurent à poings fermés. Et tu te retrouves, toi, dans cette danse syncopée, dans ces couvertures souillées de soir d'été, dans ces fantasmes inavoués, dans ce corps blessé de machine à téter, dans ces ébats cachés de puberté. Ce livre, c'est l'histoire de toutes les femmes. De tous les clitoris de la terre. (Nastasja Caneve)