Oralité et écriture, le dernier véritable ouvrage de Walter Ong et apogée de ses recherches, étudie le passage de l'oralité à l'écriture dans les sociétés qui ont connu un tel mouvement (ce qui est loin d'être le cas de toutes les cultures). Ong note tout d'abord qu'il est extrêmement difficile, pour des individus vivants dans un monde possédant et utilisant l'écriture, d'imaginer les ressorts cognitifs d'individus n'ayant aucune notion du concept d'écriture. Par ailleurs, pour Ong, le passage de l'oralité à l'écriture (et donc à certaines techniques de reproduction de cette écriture) ne s'opère jamais de la même manière selon les cultures, diverses stratégies pouvant être mises en oeuvre pour fixer sur un support spatial un univers sonore éphémère. C'est la raison pour laquelle, au début de l'ouvrage, Walter Ong revient par exemple sur les travaux de Milman Parry (1902-1935), qui révolutionna les études sur Homère, ainsi que les recherches d'Eric Havelock (1903-1988) et Jack Goody (1919). Puis l'ouvrage s'intéresse aux différences entre ce que Walter Ong appelle "l'oralité primaire", qui désigne l'oralité de cultures n'ayant jamais connu l'écriture, et "l'oralité secondaire", qui désigne celle des cultures (telle la nôtre) où à un moment il devint possible de transcrire les sons en mot sans, toutefois, que ces cultures perdent nécessairement certaines caractéristiques de l'oralité première (procédés mnémotechniques, techniques de répétition, etc.) ; inversement, ce passage d'une forme d'expression à une autre peut aussi s'accompagner de la perte de processus cognitifs impliquée par l'arrivée d'une technologie (l'ordinateur par exemple). Cet ouvrage est à la fois une taxinomie générale des caractéristiques respectives de l'oralité et de l'écriture et une tentative pour définir anthropologiquement ce que serait véritablement l'écriture (une question déjà posée par Platon, auquel Ong se réfère plus d'une fois). Cette enquête anthropologique permet brillamment au père jésuite de passer allègrement d'Homère à Jacques Derrida (1930-2004), d'Aristote (384-322 avant J-C) à McLhuan (1911-1980), et de la Bible aux ordinateurs contemporains - car Oralité et Ecriture est aussi un véritable travail d'historiographie sur le rapport des humains à l'écriture et comme l'écriture se retrouve partout, ce travail n'est pas sans conséquence sur la manière dont l'humain peut approcher les "sciences" humaines.
Nombre de pages
238
Date de parution
18/03/2014
Poids
330g
Largeur
136mm
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EAN
9782251150024
Titre
Oralité et écriture. La technologie de la parole
Auteur
Ong Walter-J ; Hiessler Hélène ; Hartley John
Editeur
BELLES LETTRES
Largeur
136
Poids
330
Date de parution
20140318
Nombre de pages
238,00 €
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Ong Thong H?ung est né au Cambodge en 1945, dans une famille paysanne de la classe moyenne. Après avoir passé son baccalauréat à Phnom Penh, il arrive à Paris en 1965, pour suivre des études d'économie politique. En 1970, il rejoint le Front Uni National du Kampuchea, constitué à l'appel du prince Sihanouk, après le coup d'État du général Lon Nol. A partir de l974, il se met au service, en France de la Mission du Gouvernement Royal d'Union Nationale du Cambodge, dont sont membres les Khmers rouges qui prendront le pouvoir en avril 1975 Rentré dans son pays en juillet 1976, il connaît les «camps de rééducation», jusqu'à la défaite des Khmers rouges, chassés du pouvoir par les troupes vietnamiennes en1979. Pendant cette période, les deux tiers des membres de sa famille trouveront la mort. De juin à octobre 1979, il travaille comme archiviste au musée de Tuol Sleng, lieu de détention, de torture et d'extermination sous le régime de Pol Pot. Il fuit en Thaïlande en novembre 1979. En 1982, il arrive en Belgique et s'installe définitivement à Bruxelles. En avril 1975, les Khmers rouges prenaient le pouvoir à Phnom Penh. Nombreux furent ceux qui applaudirent alors, croyant que cette victoire annonçait un avenir radieux. Parmi eux, des Cambodgiens expatriés en France ou aux États-Unis, étudiants, intellectuels, anciens fonctionnaires ou militaires? Ong Thong H?ung était un de ceux-là. En juillet 1976, il quitte Paris, où il suivait des études, pour rentrer au pays où sa femme l'a précédé. Comme la plupart de ses amis, «progressiste», mais pas communiste, il espère alors pouvoir se mettre au service d'un pays libéré. Mais à leur arrivée, les «étrangers» sont aussitôt dirigés vers un camp de rééducation. Le rêve tourne au cauchemar. C'est le récit bouleversant de cette traversée de l'enfer que l'on lira ici. Beaucoup de ceux qui firent ce «voyage de retour» sont morts dans les camps de Pol Pot. Ong Thong H?ung et sa femme ont survécu. C'est dans un camp qu'est né, dans des conditions terrifiantes, leur premier enfant. La plupart de ceux qui en sont «revenus» ont le plus souvent gardé le silence ou considéré que la fatalité s'était abattue sur eux, comme sur le Cambodge. Convaincu que son pays ne se relèvera pas sans un examen lucide et courageux de ce qui s'est passé, Ong Thong H?ung va beaucoup plus loin. Il reconnaît s'être trompé et montre comment, même dans les camps, en dépit des souffrances qu'ils enduraient, lui et ses compagnons ont encore voulu «y croire». Presque jusqu'à la fin. Un témoignage exceptionnel sur la folie idéologique et l'aveuglement qui peuvent s'emparer de tout un chacun, avec les meilleures intentions du monde. Il est aussi une pièce considérable à verser au dossier du futur procès des Khmers rouges qui devrait enfin s'ouvrir au Cambodge, près de 30 ans après leur règne criminel.
A lire attentivement Descartes, on se surprend à constater que l'inventeur de la philosophie du sujet pensant emploie rarement le mot de " sujet ", si ce n'est au sens traditionnel et scolastique de sujet des accidents ou des qualités, ou encore de substance. Le but de ce volume est donc d'aborder à nouveaux frais la question à partir de l'inventaire du vocabulaire cartésien de la " subjectivité ". Devons-nous dire ainsi que l'ego du cogito est sujet ? Ou bien la res cogitans ? Ou encore la mens ? Y a-t-il un sujet corporel chez Descartes, ou alors l'union est-elle le sujet ? Y a-t-il, de la même manière, un sujet des passions ? Un ipse, une ipséité serait-elle enfin le sujet chez Descartes ? Multiples formes de la question de savoir s'il y a bien une philosophie du sujet chez Descartes.
Peut-on tenter une nouvelle approche de Descartes ? Penser philosophiquement la notion de création, c'est la traduire dans le registre des quatre causes : ainsi la cause efficiente relie et sépare à la fois le créateur et le créé ; mais Dieu est aussi cause formelle, ce qui sauve la continuité entre l'auteur et son ouvrage. Cette continuité se nomme analogie et cette analogie assure l'autonomie de la pensée finie. Ce transfert d'autorité dans la production même, particulièrement manifeste chez Descartes, permet de comprendre la dévolution à l'homme d'un certain pouvoir créateur. L'agir humain peut être inaugural. L'est-il en matière de philosophie ? La dette de Descartes envers la scolastique tardive semble indiquer qu'on ne pense qu'à partir de ce dont on hérite. L'ambivalence de la notion de création ne nous permettrait-elle pas cependant de montrer que le commencement dans la pensée reste à tout moment possible ? Telle pourrait être l'explication du radicalisme cartésien.
Le présent ouvrage cherche les sources de l'intentionnalitédans le Moyen Age tardif. Brentano avait relevé que lesMédiévaux furent les premiers à soutenir que la pensée secaractérise par la présence intentionnelle, par la relation à uneobjectivité immanente. Les commentateurs modernes n'ont pasété sans remarquer la provenance scotiste de la notion deréalité objective chez Descartes, niais ils ont reproché à cedernier de comprendre l'esse objectivum comme un contenude représentation, et ainsi de manquer la notiond'intentionnalité. On se propose ici, par une analyse dessources médiévales et scolastiques de l'objectivité, de montrerque la philosophie cartésienne des idées repose sur unmouvement complexe de réévaluation du lexique scolastiquede la species, de l'intentio, et de l'esse ou du conceptusobjectivus. Toute idée étant l'idée de quelque chose, lacorrélation du sujet et de l'objet qui définit l'intentionnalitédoit alors être envisagée comme rapport de l'ego à des chosesontologiquement situées: les choses corporelles, les chosesimmatérielles et celles qui se rapportent à l'union de l'âme etdu corps. Ce qui permet de se garder et de l'idée d'un sujettranscendantal et de l'idée d'un sujet-substance séparé.
Les Belles Lettres regroupent dans ce somptueux coffret réalisé par Benjamin Van Blancke les deux volumes d'Isaac Asimov consacrés à l'histoire romaine, de sa fondation à sa chute. C'est sa fascination pour l'histoire du grand Empire romain qui inspira Asimov pour construire son Empire galactique dans le Cycle de Fondation, oeuvre qui s'est rapidement imposée comme un classique et comme une référence de la littérature de science-fiction. Dans La République romaine, Asimov retrace l'épopée d'une petite tribu qui a bâti en l'espace de 500 ans, grâce à son audace et à son ingéniosité, l'une des civilisations les plus brillantes de l'histoire : Rome. De la fondation légendaire par Romulus à l'avènement d'Auguste, Asimov dresse, grâce à sa maîtrise parfaite de la narration, un tableau limpide de cette époque fascinante. Chaque chapitre s'ouvre sur l'une des superbes illustrations de Benjamin Van Blancke, et immerge tout entier le lecteur dans cette « suite extraordinaire de triomphes et de désastres, de faits de bravoure au combat et de bêtise dans la paix, d'intrigues sordides et d'idéalisme glorieux » (Isaac Asimov). Dans le second et dernier volume consacré à l'histoire romaine, Isaac Asimov guide ses lecteurs à travers les quatre siècles durant lesquels Rome assura son hégémonie sur le monde occidental, apportant la paix à une centaine de millions de personnes. L'Empire romain reprend le récit là où La République romaine l'avait laissé, à l'avènement d'Auguste et au début du principat, et couvre toutes les lignées d'empereurs jusqu'aux royaumes germaniques et à la victoire de Clovis à Soissons, qui marque la fin de la tradition romaine, 1239 ans après la fondation de la Ville par Romulus. Se plaçant en chroniqueur lucide, Asimov, au moyen d'anecdotes savoureuses et d'apartés, relie la « grande » histoire, celle des batailles et des dirigeants, à la « petite », celle du quotidien et des masses anonymes. Ce volume est, comme le précédent, illustré par les majestueux dessins de Benjamin Van Blancke.
Claudel Paul ; Caron Maxence ; Soeur Marie de l'as
Cet ouvrage n'a guère à voir avec ce que l'on publia jusqu'à présent de Claudel (1868-1955). Il est un fait qu'en dehors de quelques titres, l'un des plus célèbres écrivains du monde n'est aujourd'hui connu dans son pays que de nom. Ce volume édite ses livres capitaux. Il est préfacé par Emilie d'Arvieu (Soeur Marie de l'Assomption), dominicaine et arrière-petite-fille du grand homme. Claudel n'est pas un écrivain comme les autres : derrière cette force qui plonge dans le puits de Jacob un bras sculpté par Isaïe, Eschyle et Rimbaud, il est la plus puissante figure fondatrice de l'Histoire contemporaine. Cette figure est encore si proche de nous, que nous commençons seulement d'apercevoir l'ampleur où conduit sa parole. Entrant un jour de Noël à Notre-Dame ce "grand coeur catholique" , qui d'abord ne le fut point, se convertit au christianisme de manière aussi fulgurante qu'inattendue. Il fréquente alors chez Mallarmé où il se rencontre avec la jeune avant-garde. Irréductible aux manières des habitués de la rue de Rome, Claudel crée une oeuvre souverainement affirmative en qui l'art est indissociable de l'annonce de la Vérité. Or, annoncer la Vérité, c'est ce que signifie précisément le mot "prophétie" . Prophétiques, les oeuvres de Claudel le sont par nature : armées de l'héritage de l'immortalité antique dont elles déduisent un symbolisme universel, elles dépassent les avant-gardes. Claudel traverse ainsi les genres littéraires, qu'il soumet à cette exigence prophétique et dont il obtient une parole nouvelle et éternelle. Poète, bien sûr, puis dramaturge dont le théâtre est un poème à plusieurs voix, il est d'abord un penseur au sens le plus pur. Ainsi, après avoir achevé Le Soulier de satin, il laisse le théâtre et consacre trente ans de sa vie à l'invention d'une nouvelle forme : la méditation biblique totale, en qui s'unissent tous les arts au sein d'une seule pensée récapitulant sa plénitude. Ces livres de philosophie, véritablement katholiques, prolongent sa recherche poétique qui, dépassant à présent le cadre d'un "théâtre dont la scène est le monde" , épouse en une langue sublime les contours de l'Ecriture Sainte afin de découvrir le sens de notre monde et la clef de son avenir. Jamais de tels textes n'avaient été écrits. Avant que Claudel ne manifestât cette unité qui mène des Cinq grandes Odes à Un poète regarde la Croix en passant par l'étincelant examen de notre époque au regard de l'Apocalypse, jamais n'avait été établie la cohérence qui va de la poésie à la pensée la plus intense. C'est ce parcours, cette cohérence, cet art, cette unité d'une vie qu'incarne notre ouvrage en réunissant les livres majeurs où, traçant son chemin entre grands poèmes et traités bibliques abyssaux, se révèle la pensée prophétique de Claudel.
Pendant une douzaine d'années, Jean-Pierre Otte s'est attaché à rassembler les mythes premiers du cercle Arctique, des deux Amériques, de l'Afrique noire, de l'Océanie et de l'Australie de l'"Ere du rêve". Ces mythes de création qui, dans le recours à l'imaginaire, demandent à la vie le secret de ses origines, étaient peu connus, dispersés ou fragmentaires, souvent jamais traduits de la langue dois laquelle les grands voyageurs et les premiers ethnographes les rapportèrent. Dans un second temps - et cette démarche fera date -, Jean-Pierre Otte s'est efforcé d'amener ces grands récits de la tradition orale à l'existence écrite. Son travail dans la rigueur n'en est pas moins une transposition poétique, aussi vivante et passionnée que possible. Il s'agissait d'amplifier le sens, d'exalter les couleurs, d'accentuer les contrastes, et de mettre en évidence, sans le dénaturer, le contenu philosophique, métaphysique, religieux, amoureux ou moral des mythes du commencement. Rendus magnifiquement, ces matins du monde ont été choisis pour être représentatifs des grands courants cosmogoniques, lesquels ne sont peut-être, malgré leurs différences, ou plutôt grâce à elles, que la diversité fabuleuse et fertile d'une unité foncière inscrite au plus profond de la mémoire du monde et de la nôtre.
Comnène Anne ; Frankopan Peter ; Leib Bernard ; Ki
Non, je n'écris pas cela par complaisance pour mon père. Je l'affirme, toutes les fois que je vois mon père se tromper, et je m'attache à la vérité. XIV, 7, 3