
Les vaches de Staline
Extrait MA PREMIÈRE FOIS, c'était différent. Je croyais que ce serait atroce, compliqué, sale et gluant. Je croyais que mes entrailles cracheraient du sang et que j'aurais deux fois plus mal au ventre. Je croyais que je n'y arriverais jamais, que je ne pourrais pas, que je ne voudrais pas, mais quand les premiers craquements de mes abdominaux me sont parvenus aux oreilles, mon corps en a décidé pour moi. Il n'y avait pas d'alternative. C'était divin. La flamme du briquet a fait scintiller mes yeux à l'éclat fatigué. Ma première cigarette après ma première fois. Ça aussi, c'était divin. Tout était divin. La seule chose qui l'emportait, c'était la satisfaction et le triomphe. J'avais peut-être la voix un peu rocailleuse et éraillée, mais bon. Et j'ai su qu'il y aurait une deuxième fois. Une troisième. Une centième. A chaque fois, bien sûr, ça ne se passerait pas comme ça. Pour certains, la première fois reste la dernière, mais pas pour ceux qui sont bons à ça et bons pour ça. Moi, j'ai été bonne à ça tout de suite. Certes, mon inexpérience m'a fait vomir dans le lavabo, la première fois. La deuxième fois encore. Peut-être que la lunette des WC était un peu trop basse, humiliante. Devant le lavabo, au moins, on n'a pas besoin de s'agenouiller ; par contre, il faut toujours veiller à ne pas engorger le tuyau. Comment se dépatouiller d'une situation pareille, surtout en visite ? Avec du vomi qui flotte dans le lavabo, pas moyen de déboucher les canalisations et rien à faire pour écoper la purée. En général, on trouve bien des verres à dents, dans les salles de bains, mais les nettoyer sans laisser de traces, c'est une autre affaire, le goût du savon ou de l'émulsion nettoyante n'échappera pas au propriétaire du gobelet, et d'ailleurs ça ne viendra pas à bout de l'odeur de vomi. La douche, c'est pas mal, bien sûr, ça atténue les bruits et en général la bonde est amovible. Mais on ne peut pas aller sous la douche à tout moment. Alors qu'aux WC, on peut. C'est tout à fait normal d'aller se poudrer le nez. Et tout le monde comprend que les femmes passent toujours un peu plus de temps aux WC ; en général, on n'a donc pas besoin de se dépêcher, on peut faire tout sortir tranquillement puis nettoyer comme il faut. J'ai été bonne à ça pendant quatorze ans, et personne ne l'a remarqué, sauf quand j'en parle moi-même, mais malgré cela on ne veut pas voir ce que je raconte. Ou si on le voit, on se sent impuissant. Telle est la force de mon Seigneur et Créateur, et tellement je suis propice à mon Seigneur, dans les bras robustes duquel ma chair de femme s'épanouit dès lors que je lui obéis et l'honore. Alors mon Seigneur me donne ce que je veux : un corps féminin parfait, parfait pour moi, parfait pour mon Seigneur, parfait pour le monde. Et un corps féminin parfait, ça fait de moi une femme parfaite. Une femme bonne. Une femme désirable. Intelligente et enviable. Une qu'on regarde. Une qu'on admire. Beauty hurts, baby.
| Nombre de pages | 528 |
|---|---|
| Date de parution | 07/09/2011 |
| Poids | 612g |
| Largeur | 140mm |
| EAN | 9782234069473 |
|---|---|
| Titre | Les vaches de Staline |
| Auteur | Oksanen Sofi ; Cagnoli Sébastien |
| Editeur | STOCK |
| Largeur | 140 |
| Poids | 612 |
| Date de parution | 20110907 |
| Nombre de pages | 528,00 € |
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