
Autoportrait
L'unique autobiographie d'Helmut Newton, photographe mythique. Né Helmut Neustaedter dans une famille de la bonne bourgeoisie juive de Berlin, Helmut Newton est d'abord un enfant gâté qui se moque des études et ne s'intéresse qu'au sexe - pour lequel il manifeste un intérêt précoce. Quand, à l'âge de douze ans, on lui offre sa première caméra, c'est le coup de foudre pour un art qui fera de lui une célébrité mondiale. Fuyant l'Allemagne en 1938, il se retrouve gigolo à Singapour, puis prisonnier, et enfin soldat en Australie, où sa carrière artistique, intimement associée à l'image du magazine Vogue, prend son envol après la guerre. On reconnaît entre mille une photographie de Helmut Newton, inventeur d'un style. Sulfureuse et provocatrice, son oeuvre magnifie la beauté, l'humour, l'érotisme, et parfois la violence qu'il capte dans les univers qu'il fréquente : ceux la mode, du luxe, de l'argent, de la célébrité.
| Nombre de pages | 304 |
|---|---|
| Date de parution | 23/11/2023 |
| Poids | 468g |
| Largeur | 155mm |
| EAN | 9782221272596 |
|---|---|
| Titre | Autoportrait |
| Auteur | Newton Helmut ; Muchnik Anatole |
| Editeur | ROBERT LAFFONT |
| Largeur | 155 |
| Poids | 468 |
| Date de parution | 20231123 |
| Nombre de pages | 304,00 € |
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Newton Helmut ; Muchnik AnatoleJe n?avais jamais mis les pieds à Londres, ni en Angleterre. La rédactrice en chef de Vogue était Audrey Withers, une femme charmante, très anglaise ? rangée de perles, twin-set et tout ce qui s?ensuit. Ma première journée au magazine a été inoubliable. Travailler pour l?édition australienne, c?était déjà quelque chose, mais atterrir au sein de l?original ? c?était le saint Graal! Je me disais « Mon Dieu! Me voici enfin devenu un vrai photographe de Vogue. » L?euphorie a été de courte durée. À peine ma première photo était-elle sortie du labo que j?ai compris que j?avais un problème. La dépression s?est vite installée. Nous avions pris un horrible appartement dans Earl?s Court Road. Nous étions très démunis. Trente livres par semaine, ça pourrait avoir l?air de suffire, mais en fait ça n?allait pas bien loin. Nous habitions au quatrième étage sans ascenseur et, hormis notre rue elle-même, je n?avais jamais rien vu d?aussi déprimant. Les studios poussiéreux de Golden Square, avec leur vieux plancher craquant, l?étaient tout autant. On m?a dit que sous le square verdoyant devant l?immeuble reposent les corps de victimes de la Peste. Curieusement, c?est assez représentatif du sentiment que m?inspirait l?endroit et, plus généralement, le fait de travailler à Londres. L?ensemble du quartier situé derrière Piccadilly était très déprimant ? dickensien. En ces sombres temps de crise, la prostitution dans le West End était florissante. Sur les vitres du bureau de tabac on pouvait voir les annonces de prostituées qui officiaient pour la plupart dans de petits studios de Shepherd?s Market. Leur spécialité, « stricte éducation anglaise », « cours de français », et bien d?autres encore, y était spécifiée, parfois accompagnée d?un petit dessin. Ma préférée disait comme suit: « Stricte éducation anglaise: on ne lésinera pas sur les coups de trique. » Ça résumait assez bien à mes yeux la vie sexuelle anglaise. (?) J?étais un type sans manières, tout droit sorti de la brousse australienne et complètement paumé. Je ne comprenais pas le mode de vie des Anglais ? il ne m?intéressait pas. Je me souviens qu?un jour que je photographiais une fille adossée à un lampadaire, un des rédacteurs en chef m?a dit: « Helmut, une dame ne s?adosse jamais à un lampadaire. » Je ne savais plus quoi faire. Je ramenais mes photos à la maison et, pour ne pas aggraver ma dépression, la pauvre June se contentait de faire la grimace. Elle disait: « Oh, Helmut. Oh, Helmut. Oh, Helmut. » Totalement confus, je paniquais de ne pas savoir répondre aux attentes légitimes de mes employeurs. Après la vie tranquille que j?avais menée en Australie, où clients et amis flattaient mon ego, et où je n?avais pas de véritable concurrent, je perdais pied et luttais pour rester à flot. Les vêtements qu?on me demandait de photographier étaient ternes et guindés. 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Son photographe préféré était Claude ? elle l?adorait. Claire me menait vraiment la vie dure, me traitant comme un vulgaire paysan sorti de son trou. Au fond, elle n?avait pas tort ? je ne me montrais ni talentueux ni prometteur. J?ai beaucoup enduré son mépris, mais quelques années plus tard, alors que j?étais à Paris, le vent en poupe, son attitude envers moi a totalement changé. Elle avait quitté Vogue pour devenir rédactrice en chef pour la mode du magazine Queen. À mon tour, je lui en ai fait voir de toutes les couleurs. S?il est vrai que je sais être cruel, quand faire souffrir quelqu?un devient trop facile, cela ne m?intéresse plus. June s?indigne: « Comment peux-tu laisser untel te traiter de la sorte? » Et je réponds: « Ce serait trop facile de le détruire. C?est nettement plus intéressant lorsque c?est difficile. » Au moment des collections, on faisait venir de Paris et New York des photographes de renom pour les photos importantes. 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