PAROLES ET DE GESTES - CONSTRUCTIONS MARRANES EN TERRE D'INQ
MUCHNIK NATALIA
EHESS
20,00 €
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EAN :9782713224201
Comment, face à la stigmatisation, une identité se constitue-t-elle ? A travers le cas des marranes dans l'Espagne des XVIe-XVIIIe siècles, Natalia Muchnik montre que l'individu prend sens dans une unité sociale soudée par une mémoire et des pratiques partagées. Ces chrétiens, pour la plupart descendants des juifs convertis au XVe siècle, accusés par l'Inquisition de judaïser en secret, ont développé une identité de groupe. Si la répression inquisitoriale et la clandestinité sont fondamentales pour sa cohésion, la société marrane a ses propres dynamiques. Fragilisée par sa diversité interne, sa mobilité spatiale et la labilité de ses pratiques religieuses, elle a multiplié signes et discours d'appartenance. Les codes qui caractérisent cette société secrète, l'hostilité au catholicisme ou les mythes de l'origine, sont autant d'éléments que le crypto-judaïsant mobilise et agence. Car plus que le contenu des rituels, c'est le processus de ritualisation extrême du quotidien qui forge la société marrane ; le sacré semble partout. L'ouvrage, tel un kaléidoscope, multiplie les points de vue sur les modes d'affiliation. Le marrane dispose ainsi de plusieurs identités potentielles qu'il alterne selon les situations et les interlocuteurs. Plutôt qu'un déchirement entre deux religions, il révèle la fragmentation de soi et l'impossibilité de dissocier l'individu des rôles qu'il tient. Il témoigne, en somme, d'une pluralité inhérente à tout être humain et du caractère illusoire d'une identité homogène.
Date de parution
06/03/2014
Poids
527g
Largeur
160mm
Plus d'informations
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EAN
9782713224201
Titre
PAROLES ET DE GESTES - CONSTRUCTIONS MARRANES EN TERRE D'INQ
Auteur
MUCHNIK NATALIA
Editeur
EHESS
Largeur
160
Poids
527
Date de parution
20140306
Nombre de pages
0,00 €
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Exploration des prisons d'Ancien Régime et du sort des minorités religieusesAussi paradoxal que cela puisse paraître, les prisons ont été des espaces d'autonomie, voire de liberté, pour les minorités religieuses clandestines des XVIe-XVIIIe siècles. Récusants catholiques dans l'Angleterre protestante, crypto-protestants français après la révocation de l'édit de Nantes, morisques et marranes qui pratiquaient l'islam ou le judaïsme dans l'Espagne inquisitoriale, en ont fait des lieux de résistance, de culte et de sociabilité. Ils y ont laissé des graffiti, rédigé des lettres ou des livres, propagé des rumeurs et dissimulé des objets. L'expérience de l'incarcération et la figure du détenu ont alors acquis une fonction centrale dans la construction de ces communautés, dont la résistance à la répression passait par le sentiment du sacré et l'usage du secret. Natalia Muchnik propose à travers cette exploration vivante des prisons d'Ancien Régime, et du sort des minorités religieuses en leur sein, une étude novatrice des lieux d'enfermement.
Portugais né vers 1612, le Dr. Prado, après ses études, se fait cryptojudaïsant militant en Andalousie ; mais en 1652, las des poursuites inquisitoriales, il s'exile à Rome, à Hambourg puis à Amsterdam, métropole de la diaspora séfarade occidentale. Là, son déisme de jeunesse renaît tandis qu'il côtoie des érudits tels le jeune Spinoza. Mis au ban de la congrégation, le médecin songe à la fois à s'opposer aux préceptes rabbiniques et à rester au sein de la communauté. À Anvers où il meurt en 1669, jamais Prado ne se défait du doute, cherchant tant le pardon des juifs que celui de l'Inquisition espagnole. Ses pérégrinations exemplaires permettent ainsi d'analyser un cheminement culturel spécifique, celui du nouveau-chrétien, devenu marrane puis nouveau juif, qui se construit une identité trouble. Dépassant le clivage entre histoires ibérique et juive, on peut y lire la particularité du marranisme et de la spiritualité séfarade. Prado est toutefois singulier : philosophe libertin, doué d'une pensée élaborée, il tente, tout au long de son existence, de comprendre le rapport à Dieu et aux textes, jusqu'à postuler un judaïsme culturel et identitaire plutôt que religieux. Figure déconcertante qui persiste à demeurer dans les marges, il incarne la continuité d'une culture européenne où les hétérodoxies ignorent les frontières.
L'exil pour identitéHuguenots, séfarades, catholiques britanniques, mennonites, morisques, frères moraves, quakers, ashkénazes? Qu'ont en commun ces populations qui parcourent l'Europe durant les XVIe-XVIIIe siècles ? Toutes s'inscrivent dans des communautés dont les ramifications traversent les frontières politiques, culturelles et religieuses ; toutes entretiennent des réseaux dynamiques à travers lesquels circulent informations, personnes et biens. Unis par la mémoire des persécutions, l'attachement à une terre d'origine, réelle ou rêvée, et par des liens économiques, ces groupes n'en sont pas moins extrêmement divers. Formant des minorités au sein de la cité, ils entretiennent des rapports complexes tant avec les autorités et les populations locales qu'avec les autres populations diasporiques. Cet essai explore ces tensions, entre unité et hétérogénéité, mobilité et sédentarité, marginalisation et perméabilité des frontières sociales. Aussi synthétique qu'informé, il s'adresse à la fois aux spécialistes des minorités et des diasporas, qui y trouveront une proposition de lecture globale, à ceux qui s'intéressent à la coexistence religieuse, aux questions d'intégration et aux migrations.
Marseille est un laboratoire privilégié. La crise actuelle de son modèle de développement économique est aussi celle de son territoire. Aussi la mise en cause de ses équilibres spatiaux appelait-elle tant une lecture historique de la genèse des structures urbaines qu'une lecture géographique des distributions sociales et spatiales d'aujourd'hui. C'est à cette double démarche que répond ce livre. D'une part, en analysant les dimensions synchroniques des activités économiques et démographiques inscrites dans une morphologie urbaine socialement structurée. D'autre part, en construisant le modèle génétique de l'articulation entre division sociale et trame matérielle de la ville : un modèle " libéral ", fruit de stratégies et de conduites, tôt établi au XIXe siècle, porteur d'effets de longue durée, et qu'échoue à altérer une haussmannisation manquée. L'interaction entre modes d'agir et formes urbaines, entre continuités et discontinuités temporelles, a fait de Marseille un cas d'école : division sociale, morphologie, croissance y sont étroitement liées, dans l'espace comme dans l'histoire. La ville se lit dans les principes tant de sa construction sociale que de sa division sociale. La première est le produit d'une création urbaine portée par des groupes, propriétaires, négociants, entrepreneurs immobiliers, animés par des projets mais aussi soumis à des contraintes, des compromis et des ratages. La seconde dessine des oppositions, entre équerre des beaux quartiers, de Longchamp au Prado, et faubourgs industriels, ville et port, nord et sud, avec la Canebière comme frontière, oppositions qui sont autant de composantes historiquement situées d'une structuration sociale du territoire, Dans un double refus du postulat écologique, pour qui la conduite des hommes est subordonnée à l'influence du milieu, et du postulat sociologiste, pour qui la société se projette simplement et immédiatement sur un sol quasiment vierge, l'ouvrage de Marcel Roncayolo est ainsi exemplaire pour les trois modèles qu'il propose, de genèse historique de la ville contemporaine, d'interprétation des relations entre territoire et société, et de mobilisation croisée des démarches de la géographie et de l'histoire.