LE POINT DE VUE DES ÉDITEURSConçu d'abord comme une trilogie, ce roman a pris par la suite davantage d'ampleur: cinq tomes de près de quatre cents à six cents pages chacun. L'ensemble constitue une impressionnante saga, non d'une famille mais de tout un peuple, et nous offre un tableau extrêmement précis des transformations sociales de la péninsule Arabique sous l'effet de la découverte du pétrole.L'action de ce premier tome se déroule dans une oasis située à l'est de l'Arabie, où vit une communauté bédouine austère mais en totale harmonie avec son environnement naturel. Soudain apparaît un petit groupe d'Américains, munis d'une recommandation adressée par l'émir de la région au cheikh de la tribu, et des forages de prospection pétrolière sont immédiatement entrepris dans l'oasis. Un homme unanimement respecté pour son courage et sa droiture, Mut'ib, mène la résistance contre les intrus, mais il est bien obligé un jour, face à l'implacable assaut des plateformes et des véhicules motorisés, de disparaître avec son chameau dans le désert pour se transformer en figure mythique. Dans la toute petite ville côtière de Harran, un port moderne doit être aménagé, avec un pipeline le reliant aux puits. Le paysage urbain change sous le vernis d'une fausse modernité et des conflits sociaux d'un genre nouveau ne tardent pas à embraser Harran et ses environs...Né en 1933, à Amman, en Jordanie, d'un père saoudien et d'une mère irakienne, Abdul Rahman Mounif est l'auteur d'une dizaine de romans qui lui ont valu en 1998 le premier grand prix du Roman arabe. Il est mort à Beyrouth en 2004. En France ont paru A l'est de la Méditerranée (Sindbad, 1985) et Une ville dans la mémoire: Amman (Sindba d'Actes Sud, 1996). Un ou plusieurs tomes de Villes de sel ont déjà été traduits en anglais, en allemand, en espagnol et en italien.
Après cinq ans d'emprisonnement et de tortures, Rajab a craqué. Remis en liberté, il est incapable de reprendre goût à la vie, tout à la fois miné par la maladie, hanté par les épreuves subies et plus encore par le souvenir de sa "chute". Destin tristement banal, dira-t-on. Certes. Sur cette trame en apparence bien mince, Abdul Rahman Mounif a pourtant construit, à l'échelle de l'individu comme de la famille, un tableau édifiant de la répression dans un pays arabe. Car, à travers la dérive de son héros, "A l'Est de la Méditerranée" nous montre, de proche en proche, toute une société encagée. Rajab a craqué. Et dans cette fêlure se dévoile la dissolution du lien social. C'est là tout le sens de ce journal à deux voix qui compose le roman. Deux voix : juxtaposée à la méditation solitaire et amère de Rajab, il y a celle d'Anissa, sa soeur. Dans le miroir qu'elle lui tend, trois défections féminines qui laissent le prisonnier désarmé : celle de la mère, morte d'avoir trop attendu ; celle de Houda, la fiancée lasse d'attendre ; enfin celle d'Anissa elle-même, mi-mère, mi-amante, et pourtant ni l'une ni l'autre. Là où la mère murmurait de tenir bon, la soeur incite à céder. Et il cède... La boucle est bouclée ? Non, car cette protestation étouffée, renouvelée et encore étouffée, ne s'ouvre pas sur des perspectives de changement. Ecrit dans un style dépouillé, "A l'Est de la Méditerranée" baigne jusqu'à la fin dans un noir pessimisme, terriblement souligné par la lancinante évocation des tortures.
Récit d'une enfance à Amman, l'actuelle capitale de la Jordanie, à l'époque où elle n'était, au début des années quarante, qu'une petite bourgade. L'auteur nous donne à lire un témoignage inédit auquel le talent de l'écrivain confère la dimension d'une véritable création artistique.
Nicolas Mathieu ouvre pour nous une fenêtre sur le ciel avec ce roman qui n’est constitué que de déclarations d’amour. Son entrelacs de textes composent un hymne à la vie et à ses moments forts. Magnifié par les illustrations d’Aline Zalko.
En ce jour d'août 1982, les troupes israéliennes assiègent Beyrouth et la résistance palestinienne se résout à un nouvel exil. Prisonnier entre les murs de son appartement, dans la ville bombardée, Mahmoud Darwich tente douloureusement de rallier le territoire impossible de la mémoire. Pour dire la complexité du réel, les angoisses de l'enfermement, la folie de la guerre et l'au- delà des souvenirs et des espoirs, l'écrivain compose un récit mêlant dialogues imaginaires, textes du patrimoine arabe classique et poèmes. Chronique amoureuse d'une ville où la violence mortelle a effacé les frontières supposées du corps et de l'esprit, de l'amour et du politique, "Une mémoire pour l'oubli" recueille les fragments d'un passé éclaté et témoigne de l'inévitable travail du deuil et de l'oubli.