Une fenêtre ouvre ce livre et en accompagne le cours, tout au long des cinq variations qui le composent ; ou le mettent à jour. Fenêtre d'une salle de classe ouverte sur la cour de récréation, d'où parviennent les voix du dehors, les cris, les hautes branches des arbres dans l'ouverture. Entre engourdissement et brusques échos monte ici le sentiment de présence au monde, au langage des autres et à la sensation "d'être en multitude" reprise au poète américain George Oppen. Fenêtre-cadre, qui ouvre sur les lieux de partage des jeux et des souvenirs, des images et des oiseaux, des mouvements de l'eucalyptus dans le jardin. Cette idée d'habiter par le langage et la sonorité, d'habiter aussi bien le temps que les esapces porte cet Habiter bouche bée, qui en étudie la desquamation dans la mémoire à travers les écorces détachées des arbres. Fenêtre numérique d'une image en fond d'écran qui, à force de réactiver le présent par l'observation de ses détails - le jour, le jardin, la terrasse, la chaise, le pin - se fait aussi fond d'écran d'une vie. Le regard dérive de point en point, réinvente un mouvement à partir d'une image immobile, en recrée la fluidité temporelle par la fluidité du langage. L'homme est pour Yann Miralles une "interface" , "incrustée d'images de paroles" , c'est-à-dire un support sensible aux stimulations du monde dont l'auteur oeuvre à rendre sa profusion de voix familières, d'odeurs de vacances, de châteaux de sable sur la plage et de nuits d'été. Geste d'une épopée intime que chacun traverse de façon réversible et une façon d'habiter "indéfiniment" les instants. Livre porteur de "tas de trajets possibles" , qui porte la nécessité d'être présent à sa propre vie, par "association, surimpression, palimpseste" , mouvements chers à l'auteur qui laisse dans ses livres toujours une place au surgissement du réel. Réel comme barrage d'abord, barrage d'hommes et de femmes aux ronds-points, et cette fenêtre de voiture que l'on hésite à fermer au passage. Sorti de la fluidité des images intimes on achoppe sur le réel, la dimension collective du monde, l'histoire qui nous traverse, à laquelle on appartient et dans laquelle on doit malgré tout avancer bouche bée, le corps devenant en fin de course plus qu'une interface, un "carrefour" . Yann Miralles s'essaie ici à une parole glissée dans le flot du monde, qui essaie de "parler avec tout ça" : les images, les souvenirs, les mots, les arbres, les cris, le coeur, et tout ce qui reste hors champ, la vie même, "la vie qu'on ne voit pas et qui donne des yeux" .
Nombre de pages
88
Date de parution
17/03/2023
Poids
188g
Largeur
151mm
Plus d'informations
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EAN
9782877042581
Titre
Habiter bouche bée
Auteur
Miralles Yann
Editeur
UNES
Largeur
151
Poids
188
Date de parution
20230317
Nombre de pages
88,00 €
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Résumé : C'est un lieu qui n'a ni commencement ni fin, un lieu qu'on croise, ou qu'on traverse. Qui se répète à l'infini, d'une banlieue à l'autre, dans ces périphéries des villes, ou ce trou entre deux maisons. Une histoire de murs, de trajets quotidiens. Lieu inoccupé, laissé en friche, à l'abandon entre deux histoires, où s'entassent les petites ruines du présent : sacs plastiques, ordures et carcasses de vélos délaissés au milieu des herbes. Le terrain vague est cet endroit où la ville se défait, lieu à la frontière de la mémoire et de l'oubli des choses - maisons éboulées, cités disparues, immeubles crevés - qui s'entassent sous nos pieds. Variation en mouvement incessant, comme un travelling de cinéma, un footing, une apparition en voiture, le poème est ici à l'image du terrain vague un lieu d'ouverture, dans le béton continu des villes, et dans le langage, dans la parole à trouver. Lieu neutre et mouvant rempli d'apparitions et de souvenirs, on croise Pasolini avec l'évangile selon Saint Matthieu et Mama Roma, les rails de Nuits et brouillard de Resnais. Visions et réminiscences fragmentées, jusque dans les angoisses délivrées de l'enfance, dans la course qui cherche à quitter l'horizontale du sol et rejoindre le dernier terrain vague du ciel.
voir la mer volets clos qui entre de partout ou volets ouverts écrivant la romance les grandes vagues du vent remuent dehors les masses noires de la nuit je ne sais plus jusqu'où va la méditerranée
Conçu en trois mouvements pour chercher le jour, Hui est un livre qui engendre le présent. A partir de la danse, de la dispersion des corps dans la musique robotique - on croise ici Daft Punk dans les brume des boîtes de nuit - Yann Miralles puise, dans cette répétition pulsionnelle, hypnotique, la syncope des gestes qui dansent dans le corps, hors du corps, contre l'angoisse, contre l'autre. Pierres roulées dans le souvenir que ces gestes, toutes nos années enfouies, soulevées révélées dans le rythme d'une musique confiée aux machines. Au milieu de la nuit, à piétiner une musique dans la nuit, sans lendemain sur le moment - jusqu'à la rencontre, jusqu'à se toucher. Et c'est suivre ensuite le lointain mouvement du fleuve dans le temps, le Rhône chanté par Frédéric Mistral, tout ce temps à transporter des bateaux, des bêtes, des empires et des hommes lentement. Cette eau calme sous le soleil, incessante, comme en mise à jour permanente, en réinitialisation du passage, du commerce, de la navigation. Le convoi de notre histoire encore là presque visible sous nos yeux - vieilles usines abandonnées sur les berges d'un fleuve en "échographie du présent" . Dans la succession des gestes, dans la danse robotique et dans le passage sur le fleuve, on fabrique un drôle de temps qui est le nôtre. En fichiers, en photos, en souvenirs balayés sur l'écran, on accélère la mémoire. La mémoire devient immédiate, et c'est l'histoire qui commence là. On met de nouveaux êtres au monde, dans un processus de répétition de l'humanité. Un visage qui n'existait pas, une voix nouvelle qui s'élève, un nom, dans le récit de la lumière, et voilà c'est tout simple : on a inventé la vie.
Un homme se met en route pour un lieu qu'il ne connaît pas. Un autre revient. Un homme arrive dans un lieu sans nom, sans indication pour lui dire où il est. Un autre décide de revenir. Un homme écrit des lettres de nulle part, depuis l'espace blanc qui s'est ouvert dans son esprit. Les lettres n'arrivent pas à destination. Les lettres ne sont jamais envoyées.
Jamais auparavant Alvaro de Campos n'avait poussé si loin cet acharnement contre soi-même, cette rage destructrice à laquelle rien ne résiste, pas même sa dignité d'homme souffrant. Cette histoire est la revanche du poète réel sur le vivant imaginaire, la suprême comédie si l'on veut du comédien, mais comédie jouée jusqu'au bout avec la plus grande virtuosité. Alvaro de Campos a sans doute raté sa vie, mais Pessoa, qui écrit sous son nom, n'a pas raté son oeuvre.