Oui, il y eut la vie avant le cinéma " m'écrivit un jour Jonas Mekas. Et quelle vie ! Que d'errances accumulées entre le moment où, sous la menace d'une arrestation par les nazis, il doit quitter la Lituanie avec son frère Adolfas et celui où, après dix ans d'exil, il s'habitue à l'idée de n'y plus revenir. Départ pour Vienne et détournement sur un camp de travail forcé près de Hambourg. Fuite manquée vers le Danemark et folle traversée de l'Allemagne dévastée par la guerre. Divers camps encore de personnes déplacées, à Flensburg, Wiesbaden ou Mattenberg, avant de pouvoir s'embarquer à destination de New York. Il connaît alors la solitude des quartiers pauvres de Brooklyn, cherche du travail jusqu'en usine, mais découvre aussi l'amitié de la communauté immigrée, fait ses premiers pas de cinéma, lance la revue Film Culture. Cette Odyssée où la personne déplacée incarne à son corps défendant la figure tragiquement moderne d'Ulysse, Mekas la raconte simplement, à mots comptés et bouleversants, dans Je n'avais nulle part où aller, le journal écrit qu'il a tenu de juillet 1944 à août 1955. On y découvre un cinéaste d'abord écrivain, mais dont l'écriture pointilliste et épiphanique n'a déjà pas son pareil pour rendre cinématographiquement, comme à travers l'enregistrement faussement brut d'une caméra imaginaire, la vision fugitive du suicide d'un jeune déplacé, les longues conversations passées à refaire le monde, ou les nuits étrangement inquiétantes de Manhattan. Pour Mekas, comme pour tant d'autres déracinés du vingtième siècle, l'Histoire est un cauchemar dont il a fallu s'éveiller en dénouant les liens mêmes du temps. Quand ce nouvel Ulysse s'approche enfin d'Ithaque, les souvenirs le submergent, l'enfance remonte en lui, et une pluie scintillante d'infimes fragments de paradis retombe doucement sur terre.
Nombre de pages
414
Date de parution
02/12/2004
Poids
449g
Largeur
154mm
Plus d'informations
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EAN
9782846820424
Titre
JE N'AVAIS NULLE PART OU ALLER
Auteur
Mekas Jonas ; Mengus Jean-Luc
Editeur
POL
Largeur
154
Poids
449
Date de parution
20041202
Nombre de pages
414,00 €
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Cette nuit-là, rassemblés tous les trois autour de notre mère, nous avons pour la dernière fois fait kolkhoze.Notes Biographiques : Emmanuel Carrère est né en 1957. D'abord journaliste il a publié un essai sur le cinéaste Werner Herzog en 1982 puis L'Amie du jaguar Bravoure (prix Passion 1984 prix de la Vocation 1985), Le Détroit de Behring essai sur l'Histoire imaginaire (prix Valery Larbaud et Grand Prix de la science-fiction française 1987),Hors d'atteinte ? et une biographie du romancier Philip K. Dick : Je suis vivant et vous êtes morts. La Classe de neige prix Femina 1995 a été porté à l'écran par Claude Miller et L'Adversaire par Nicole Garcia. En 2003 Emmanuel Carrère réalise un documentaire Retour à Kotelnitch et adapte lui-même en 2004 La Moustache avec Vincent Lindon et Emmanuelle Devos. Il a depuis écrit Un roman russe, D'autres vies que la mienne, Limonov prix Renaudot 2011, Le Royaume prix littéraire Le Monde, lauréat-palmarès Le Point, Meilleur livre de l'année, Lire 2014, Il est avantageux d'avoir où aller et Yoga. En 2020 il a réalisé un nouveau film Ouistreham d'après le livre de Florence Aubenas avec Juliette Binoche et des actrices non professionnelles. Ses livres sont traduits dans une vingtaine de langues.
Quand j'ai débarqué à Tours (Indre-et-Loire) au printemps 1968, c'était pour enquêter sur ce que mes parents y avaient vécu pendant la guerre. J'étais très loin d'imaginer que, ce printemps-là, tout le pays serait secoué par une révolte étudiante et paralysé par une grève générale, que je tomberais amoureuse, et que mon histoire d'amour me transporterait en 1942, dans la France de l'Occupation ! Vous allez peut-être trouver surprenant que je me décide à raconter mon histoire d'amour, de résistance et de voyage dans le temps à l'âge de quatre-vingt-trois ans. Mais je crois que c'est le bon moment : en 2026 comme en 1942, il ne faut pas laisser les discours de haine et les mensonges devenir les récits dominants.
Je ne cherche pas ailleurs. Rahmat, le Kabuliwalla, c'est moi. Je ne le filme pas comme un autre, je n'écris pas pour fuir. Je raconte mon histoire à travers lui. Car ce que je poursuis, ce que je veux sauver, ce que je veux comprendre - c'est moi-même, dans ce regard d'exilé, dans ce corps en marche, dans ce silence d'avant la parole.
Plus je lui écrivais de lettres, plus mon affection pour Ilaria grandissait. Il me fallait en savoir plus sur elle. Mais je n'étais pas certaine qu'elle souhaitât que je dévoile les anecdotes intimes que la lecture de son herbier m'avait apprises. Dans le même temps, certains de ses textes sur les plantes laissaient transparaître un désir de percer les secrets de Venise.