Cela recommence, Marcel. Comme hier, dès l'ouverture de vos yeux : la fenêtre est dans son carré noir, bien tendue - somme toute la mère, les dernières années, le fichu noir toujours serré sur les épaules - le carré noir posé juste avant l'aube, votre repère ça vous protège par où arrivent les bruits du dehors: ils s'accrochent à la vitre, bien visés, les papillons qui tapent, les secousses du chien, un peu déformées, moins fort dans votre oreille, des cris qui parlent de quelque chose : entre eux, alors. Les voir, plutôt, dans la fabrique de leurs sons quand cela tape et tremble sur la vitre, pour votre observation du cognement des papillons, et le chien, comment cela brille et ronfle derrière la vitre au moment de sa certitude du bon matin qui vient. Même que les oiseaux, pour voir leur froufrou, le froissement gris d'aube entre leurs ailes : les graines, sur le rebord, et les épluchures, tout ce qui vient, elles plongent dans cela les bêtes, dicté par votre main, la vitre qui roucoule, vous le voyez : dans votre dictée vous faites leurs mots. Th. M.-S.
Nombre de pages
98
Date de parution
26/10/2001
Poids
214g
Largeur
145mm
Plus d'informations
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EAN
9782914577021
Titre
Le passage de Marcel
Auteur
Martin-Scherrer Thierry
Editeur
LETTRES VIVES
Largeur
145
Poids
214
Date de parution
20011026
Nombre de pages
98,00 €
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QU'EST-CE QUE LA MUSIQUE"? pourrait bien être une façon de demander: "Qu'est-ce que l'homme?" ", écrit Georges Steiner dans Réelles présences. De Confucius à Roland Barthes, d'illustres aînés ont laissé échapper sur elle des éclats de sens. De ces éclats, qu'on peut utiliser comme une main courante, je me suis surpris à tirer des variations sur un motif unique: l'échec des mots à rendre compte du mystère de la musique; au-delà, à traquer peu à peu une perspective plus roborative: la musique intérieure où peut conduire, sous un certain angle, cet échec accepté, dont les échos varient des motifs d'espérance poétique en l'homme capables d'émouvoir l'entendement des oreilles les plus ignorantes. Cette ambition - vaincue avant d'avoir livré bataille - a néanmoins été le seul ressort de ces pages. Puisse-t-elle susciter quelques musiciens qui s'ignorent. T. M.-S."
Peut-être que, de lui à moi, les mots du poème demeurent lettre morte s'ils ne génèrent le poème de nous-mêmes. Ils jouent sur moi comme des aimants. Je ne dispose que de quelques poignées de mots pour éclairer cet être tourné par ma passion comme tournesol. D'autres me viendront pour lui donner la lumière qu'il réclame. Il me convie à une aventure dont les horizons me débordent, et qui me cueille au coeur. Thierry Martin-Scherrer
Aujourd'hui le réel m'est entré dans la bouche, et le silence avec. Je n'ai pas touché à la parole. Mozart m'a donné la becquée et la pluie a essuyé mes lèvres.
Le sommet de la vie, veux-tu que je te dise ce que c'est ? C'est écrire une lettre d'amour, sentir le feutre appuyer sur le papier, et voir le papier s'ouvrir à une nuit plus grande que la nuit.
Derrière la façade mystérieuse de ces plantes ou de ces animaux bizarres n'appartenant ni à nos familles, ni à nos catégories, se dissimulait-il quelque part le double de cet étranger dont nous nous sommes crus les seuls détenteurs et qui, déposant parfois son sourire sur un de nos visages, nous a permis d'entrevoir les audaces de l'âme quand elle veut bien devenir l'âme humaine ...
Fragment de texte : Dans la rue, des milliards de secrétaires. Leurs doigts tapent sur le crâne des lettres plus vite que le pic-vert sur l'écorce de l'arbre. L'irréel est notre passion et elle est sinistre. Il faut à l'amour des lèvres réelles avec des mots réels qui en sortent, vibrant comme le brin d'herbe aux dents du berger.