Les guerres puritaines. Signes religieux et vêtements pol(ys)émiques
Martens Bruno
L'HARMATTAN
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EAN :9782296543232
Ainsi le foulard musulman serait-il un signe religieux ostensible - ou encore un signe de religiosité, ce qui reviendrait ici au même. Cet énoncé fonde en tout cas sa condition d'objet polémique. Plus précisément: le foulard sera d'autant plus polémique qu'il sera considéré comme très signe et très religieux. Il aura donc fallu que le foulard manifeste beaucoup de religiosité (lire "beaucoup au carré"), sinon l'affaire n'aurait jamais valu cette énorme dissipation d'énergie polémique que l'on a connue ces vingt dernières années. C'est-à-dire que le foulard doit beaucoup manifester beaucoup de religiosité - un gros signifiant pour un gros signifié, en quelque sorte. Curieusement ou pas, dans la polémique, le débat sur le statut religieux du voile éclipse l'interrogation du signe en tant que tel. Les passions s'attachent au degré d'obligation ou de recommandation religieuse du voile et à la légitimité de sa motivation. L'on pourrait avancer que le signifiant a tendance à se faire oublier dans sa fonction de signifier le signifié et s'en tenir là. Cela pourrait suffire, en effet, s'il s'agissait par exemple seulement de relativiser l'autorité religieuse de ceux qui voudraient obliger les femmes musulmanes à porter le voile dans tout espace non très privé. Oui, mais voilà, la polémique ne serait jamais devenue ce qu'elle est, s'il n'en était d'autres qui avaient voulu faire interdire le foulard musulman dans certains espaces très publics - parce que celui-ci manifesterait un peu trop ostensiblement du religieux, parce qu'il serait donc trop signe, trop signifiant. Cette position, par ailleurs dominante aujourd'hui en Europe continentale, oblige alors celui qui veut appréhender les ressorts de la polémique à essayer de comprendre comment ce qui était d'abord surtout un vêtement a pu aussi facilement finir par être considéré comme un signe, et à se demander de quelle sorte de signe il pourrait bien s'agir là.
Qui es-tu ? La réponse à cette question est difficile à formuler dans les quartiers dont parle ce livre. En milieu populaire, la double appartenance des jeunes issus de l'immigration est souvent vécue comme une "non-appartenance" double, handicapante et destabilisante. Ce livre relate une recherche-action qui fut menée durant trois années par des professionnels de la cohésion sociale et du travail social interculturel.
Ce n'est qu'une fois rassemblés dans leur intégralité que les neuf livres constituant le projet Homo Sacer prennent leur véritable signification. Le jeu des renvois internes, la reprise et le développement des thèmes abordés composent une vaste architecture, articulée en quatre sections. La première dresse le programme d'une mise en question de toute la tradition politique occidentale à la lumière du concept de vie nue ou de vie sacrée : Le Pouvoir souverain et la vie nue (1997) ; la seconde développe ce programme à travers une série d'enquêtes généalogiques : Etat d'exception (2003), La Guerre civile. Pour une théorie politique de la Stasis (2015), Le Sacrement du langage (2009), Le Règne et la Gloire (2008), Opus Dei (2012) ; la troisième soumet l'éthique à l'épreuve d'Auschwitz : Ce qui reste d'Auschwitz. L'archive et le témoin (1999) ; la quatrième élabore les concepts essentiels pour repenser depuis le début l'histoire de la philosophie occidentale : forme de vie, désoeuvrement, pouvoir destituant (De la très haute pauvreté, 2011, L'Usage des corps, 2015).
La deuxième conférence internationale sur le sens et l'usage du mot " communisme ", organisée à l'initiative d'Alain Badiou et de Slavoj Zizek, s'est tenue à la Volksbühne de Berlin au mois de mars 2010.Après le succès de la conférence inaugurale de Londres, l'année précédente, il s'agissait cette fois d'ouvrir les débats à l'expérience et à la réflexion de philosophes venus d'autres régions du monde, et en particulier des pays de l'ancien bloc soviétique. Leur apport à la définition d'une idée renouvelée du communisme contribue ici de façon déterminante à ce que ce mot retrouve sa place et son aura dans les débats philosophiques qui touchent au problème de l'émancipation. " On le verra, toutes les interventions sont tendues entre deux périls. Le premier est qu'au nom de ce qu'a comporté de Terreur la figure des Etats qui s'en sont réclamé au XXe siècle, on finisse par ne réhabiliter le mot "communisme" qu'au prix d'une idéalisation totale de sa signification, éloignée de tout principe de réalité [ ... ]. Le second est qu'au nom des réalités politiques et économiques contemporaines [...], on finisse par faire du mot "communisme" l'index noble d'un opportunisme activiste ".
Les Lumières sont souvent invoquées dans l'espace public comme un combat contre l'obscurantisme, combat qu'il s'agirait seulement de réactualiser. Des lectures, totalisantes et souvent caricaturales, les associent au culte du Progrès, au libéralisme politique et à un universalisme désincarné. Or, comme le montre ici Antoine Lilti, les Lumières n'ont pas proposé une doctrine philosophique cohérente ou un projet politique commun. En confrontant des auteurs emblématiques et d'autres moins connus, il propose de rendre aux Lumières leur complexité historique et de repenser ce que nous leur devons : un ensemble de questions et de problèmes, bien plus qu'un prêt-à-penser rassurant. ?Les Lumières apparaissent dès lors comme une réponse collective au surgissement de la modernité, dont les ambivalences forment aujourd'hui encore notre horizon. Partant des interrogations de Voltaire sur le commerce colonial et l'esclavage pour arriver aux dernières réflexions de Michel Foucault, en passant par la critique post-coloniale et les dilemmes du philosophe face au public, L'Héritage des Lumières propose ainsi le tableau profondément renouvelé d'un mouvement qu'il nous faut redécouvrir car il ne cesse de nous parler.