«Ce qui est risible, c'est la soumission à l'évidence du sens, à la force de cet impératif : qu'il y ait du sens, que rien ne soit définitivement perdu par la mort, que celle-ci reçoive sa signification encore de «négativité abstraite», que le travail soit toujours possible qui, à différer la jouissance, confère sens, sérieux et vérité à la mise en jeu. Cette soumission est l'essence et l'élément de la philosophie, de l'onto-logique hegelienne.». Ces mots de Jacques Derrida ont fourni son titre au premier volume de L'expérience de la lecture. La soumission, qui montre que la tradition des métaphysiques occidentales a refoulé une théorie de la lecture, permet au moins trois parcours.Soit le lecteur considérera cet essai comme une longue note ajoutée au texte de Jacques Derrida qui a démontré que l'écriture a toujours été considérée comme seconde par rapport à la parole, elle-même premier signifiant d'un signifié transcendantal et a constaté que la lecture a été tenue pour un mode dérivé et imparfait de l'écoute et/ou de la vue.Soit le lecteur lira La soumission comme une approche généalogique ou a-généalogique de cette conception logocentrique de la lecture qui est tout d'abord analysée dans les textes de Platon, figure inaugurable de la métaphysique occidentale. Puis, dans les textes de Heidegger qui, à la fois répète la tradition occidentale et l'ouvre à son autre. Des textes de Descartes, Kant et Hegel sont convoqués pour montrer la filiation de Heidegger à une tradition qu'il ébranle néanmoins. Aux côtés de Heidegger apparaît Freud qui, lui aussi, dans le champ de la psychanalyse, met en évidence les présupposés métaphysiques relatifs à la lecture tout en ne pouvant éviter de les répéter. Quant à Levinas, bien qu'il apporte la richesse de la tradition hébraïque, il se voit néanmoins confronté aux apories d'une théorisation de la lecture prenant en compte la différence sexuelle.Soit, enfin, le lecteur tiendra ce livre pour un commentaire un peu long du court texte de Heidegger Qu'appelle-t-on lire ?.
Nombre de pages
162
Date de parution
10/02/1999
Poids
288g
Largeur
150mm
Plus d'informations
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EAN
9782718605067
Titre
L'EXPERIENCE DE LA LECTURE. Tome 1, La soumission
Auteur
Lisse Michel
Editeur
GALILEE
Largeur
150
Poids
288
Date de parution
19990210
Nombre de pages
162,00 €
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Le glissement : Deux mots encore qui désignent la tentative de déplacer le concept de lecture, de faire résonner autrement ce vieux mot de la langue, si lourdement chargé du poids des métaphysiques occidentales. Opération que Jacques Derrida qualifie à l'occasion de glissement : Comme il s'agit [...] d'un certain glissement, ce qu'il faut bien trouver, c'est, non moins que ce mot, le point, le lieu dans un tracé où un mot puisé dans la vieille langue, se mettra, d'être mis là et de recevoir telle motion, à glisser et à faire glisser tout le discours. On suivra donc les aventures du concept de lecture dans les textes de Jacques Derrida afin d'élaborer une théorie de la lecture basée sur un double geste : d'une part, respecter toutes les exigences canoniques de la tradition interprétative afin de ne pas dire n'importe quoi ; d'autre part, ne pas se limiter à la simple paraphrase, mais y mettre du sien, ajouter au texte commenté. Une fois ces règles de lectures établies, on interrogera la littérature en tant qu'institution et en tant que structurée par le secret. On tentera également de se confronter à la théorie de la réception par le biais de la problématique de la place du lecteur. Il restera alors à montrer l'interdépendance entre les notions de lisibilité et d'illisibilité et à élaborer, à partir d'un texte de Paul, le concept de scène de lecture. On terminera ce parcours par l'examen du rapport entre la lecture et la spectralité ou la virtualité. Les Lettres portugaises, des textes de Baudelaire, Proust, Joyce, Kafka, Ponge, celan, Cortázar, Blanchot et Sempoux seront cités et étudiés pour étayer les propositions théoriques de ce livre.
Rousseau et la " déconstruction ". Tel est peut-être le motif qui a généré La machine Rousseau. Inaugurées par Jacques Derrida dans De la grammatologie en 1967, les études consacrées à Jean-Jacques Rousseau par les penseurs de la déconstruction ont été multiples, comme si cet auteur du xviiie siècle était une sorte de passage obligé ou bien se prêtait de bonne grâce à une approche " déconstructive ". Jacques Derrida a d'ailleurs consacré, dans Papier Machine, un nouvel essai à cette oeuvre où il a mis en évidence la part machinale de l'oeuvre de Jean-Jacques Rousseau, mais a aussi montré l'ouverture à l'avenir que celle-ci comportait. " Tôt ou tard, écrit Rousseau, on me rendra raison... " Cette machine quasi messianique n'est-elle pas conçue ou ne s'est-elle pas conçue pour retarder à l'infini son aboutissement, pour perpétuer sans cesse la lecture de l'oeuvre ?
Dufays Jean-Louis ; Lisse Michel ; Meurée Christop
Alliant l'exposé des notions à des illustrations variées puisées dans la diversité des productions littéraires du monde et de l'histoire, l'ouvrage offre une introduction aux principaux concepts, références et outils contemporains de la théorie de la littérature. Les trois premiers chapitres présentent les grandes approches qui ont entrepris d'une part de définir le sens et la valeur des textes littéraires (des approches internes, qui privilégient les procédés formels ou le jeu des référents, aux approches externes centrées sur la diversité des contextes, ou sur la lecture et la réception), et d'autre part de cerner la problématique des types et des genres littéraires. Les trois chapitres suivants traitent des trois types littéraires majeurs que sont le texte dramatique, le texte poétique et le texte narratif. Un dernier chapitre montre enfin comment les différentes notions exposées dans le livre permettent de mener concrètement l'analyse d'un texte littéraire en se centrant prioritairement sur le processus de lecture qu'il suscite et autorise.
Démocrite fut dans la Grèce antique un philosophe matérialiste fêté, qui parcourut le monde. Lors de son périple jusqu'en Inde, il a constaté la vilenie des hommes, à la suite de quoi il fit construire une petite cabane au fond de son jardin pour y finir en sage le restant de ses jours. Je nomme tentation de Démocrite et recours au forêt ce mouvement de repli sur son âme dans un monde détestable. Le monde d'avant-hier, c'est celui d'aujourd'hui, ce sera aussi celui de demain: les intrigues politiques, les calamités de la guerre, les jeux de pouvoir, la stratégie cynique des puissants, l'enchaînement des trahisons, la complicité de la plupart des philosophes, les gens de Dieu qui se révèlent gens du Diable, la mécanique des passions tristes ? envie, jalousie, haine, ressenti-ment le triomphe de l'injustice, le règne de la cri-tique médiocre, la domination des renégats, le sang, les crimes, le meurtre... Le repli sur son âme consiste à retrouver le sens de la terre, autrement dit, à se réconcilier avec l'essentiel: le mouvement des astres, la logique de la course des planètes, la coïncidence avec les éléments, le rythme des saisons qui apprennent à bien mourir, l'inscription de son destin dans la nécessité de la nature. Fatigué des misères de ce temps qui sont les ancestrales souffrances du monde, il faut planter un chêne, le regarder pousser, débiter ses planches, les voir sécher et s'en faire un cercueil dans lequel on ira prendre sa place dans la terre, c'est-à-dire dans le cosmos.
Que puis-je faire d'autre aujourd'hui, pour camper ici, dans ce Collège d'études mondiales en création, la question si générale de l'altérité - peut-être la plus générale de la philosophie - que d'indiquer en commençant d'où - par où - je l'aborde? Donc, pour éviter des vues trop vagues et les banalités qui déjà nous menacent, de vous inviter à entrer dans la singularité - modeste - de mon chantier? Que puis-je faire d'autre, autrement dit, pour débuter ce périlleux exercice de la "Leçon", que de me justifier dans ma nature hybride: de philosophe et de sinologue? J'ai dit souvent, quitte à provoquer un haussement d'épaule chez mon interlocuteur, que, jeune helléniste à la rue d'Ulm, j'ai commencé d'apprendre le chinois pour mieux lire le grec... Nous disons si volontiers, en effet, que nous sommes "héritiers des Grecs". Mais, justement, la familiarité n'est pas la connaissance. Ce qui est "bien connu", disait Hegel, n'est, de ce fait, pas connu, weil es bekannt ist, nicht erkannt. Il faut, dirons-nous, de l'autre pour y accéder. Mais pourquoi le chinois? Pourquoi la Chine? Je n'avais, par famille et par formation, vraiment rien à voir avec la Chine. Mais justement...
Il ne s'agit pas d'ajouter quelque chose à Derrida. Pas non plus de suppléer à des manques chez lui. Rien du double sens de ce mot — supplément — dont il a fait une de ses signatures conceptuelles. De manière générale, on ne complète ni on ne remplace jamais rien dans l'oeuvre d'un auteur : elle vaut telle qu'elle existe. Je pense plutôt à un troisième sens du mot, à ce sens littéraire ou journalistique selon lequel on joint une publication à une autre pour offrir un autre registre ou un autre aspect (un supplément illustré, sonore, ou bien encore le Supplément au voyage de Bougainville...). Ces textes écrits au gré des circonstances — colloques, ouvrages collectifs — et au fil de vingt-cinq années ne sont ni des études, ni des commentaires, ni des interprétations de la pensée de Derrida. Ce sont, pour le dire ainsi, des réponses à sa présence — telle qu'elle est venue et qu'à nouveau elle nous vient, supplément d'elle-même.
Libre parole rassemble trois essais de style et de circonstance différents : la Conférence Hrant Dink sur la démocratie et la liberté d'expression par temps de violence, donnée en public à Istanbul en janvier 2018 ; les Thèses élaborées en 2015 sur "Liberté d'expression et blasphème", pour intervenir dans la discussion qu'ont relancée les assassinats par les membres de Daech de journalistes de Charlie Hebdo associés à la publication des "caricatures de Mahomet" ; enfin, le séminaire donné en 2013 et rédigé l'année suivante sur les formes de la parrésia selon Michel Foucault, où se trouve déployée à partir de l'exemple grec sa conception du courage de la vérité. Leur objectif commun est de problématiser les conditions et la fonction de la liberté d'expression en tant que droit aux droits, plus fondamental que jamais dans une période de régression des formes démocratiques, facilitée par les effets désagrégateurs de la mondialisation capitaliste, et surdéterminée par les effets de terreur et de contre-terreur que suscite une situation de guerre endémique à laquelle aucune région du monde n'échappe entièrement désormais. Il est aussi de montrer que, si la liberté d'expression institutionnellement garantie, et la libre parole qui en forme la contrepartie subjective, constituent une "propriété" inaliénable des individus et des groupes dont l'autonomie est (théoriquement) reconnue en démocratie, il faut s'élever à la conception d'un bien public de la communication si l'on veut en généraliser l'exercice, en prévenir les usages discriminatoires, et lui conférer par là-même toute sa normativité politique.