Comment faire vivre les textes classiques ? La réponse est ici à l'opposé de celle des anthropologues : il vaut mieux mettre l'accent sur une proximité de l'homme ancien que sur des différences qui n'intéressent que le touriste. Contrairement à ce que peuvent dire les sciences humaines, le sentiment de familiarité que peut avoir un homme de notre temps quand il lit tel texte antique n'est en rien trompeur. Il y a dans le théâtre gréco-latin une présence absolue de l'homme antique, qu'il soit le dramaturge ou son personnage. L'idée d'une différence essentielle de l'homme du présent et de l'homme antique est le dernier avatar du commentaire aristotélicien : depuis la naissance de l'esthétique dans la Prusse du XIXe siècle, il est assuré que l'art et la littérature n'existent que depuis que les théoriciens en ont inventé les concepts ; mais on confond une conscience créatrice qui est conscience absolue, de soi-même, de ses fins propres, de ses moyens, et une connaissance conceptuelle qui est celle des professeurs : connaissance laborieuse, interminable, toute relative aussi, et stérile, à moins d'imaginer que la connaissance théorique engendre l'oeuvre : mais c'est le contraire. Qui invente le théâtre, et quand ? Toutes les questions concernant l'origine attendent de l'historien un éclaircissement impossible ; l'Antiquité n'est que la surface lumineuse d'un gouffre sans fond. L'histoire, pour le théâtre comme pour toutes les formes de l'activité humaine, n'a de réalité que comme toile de fond. C'est pourquoi il importe de dénoncer l'obsession historiciste de quelques commentateurs, les mêmes qui nient l'existence d'une nature humaine, identique à elle-même à travers le temps. Les formes changent continuellement, sans doute, qu'il s'agisse de la société ou des oeuvres d'art ; mais, quant à celles-ci, le processus de la création n'est pas essentiellement différent chez Eschyle et chez Balzac. L'esprit souffle où il veut, il est tout de suite au-delà de ce qui est enseigné et transmis. On dira que telle invention est déjà moderne, qu'Eschyle, Euripide et Plaute concevaient déjà l'individu, le monothéisme ou l'athéisme ; mais le déjà est de trop : tout est dit, dès le début ; aucun grand artiste ne vient trop tard, quand il fait revivre le déjà dit et en fait son dire à lui. L'invention historique du théâtre n'est qu'une fiction ; chaque grand dramaturge, chaque grand metteur en scène ou comédien, chaque public inspiré peut-être, inventent à neuf la tragédie et la comédie.
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Nombre de pages
245
Date de parution
08/11/2019
Poids
410g
Largeur
162mm
Plus d'informations
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EAN
9791097497170
Titre
L'invention du théâtre et autres fictions
Auteur
Lewi Henri
Editeur
CONFERENCE
Largeur
162
Poids
410
Date de parution
20191108
Nombre de pages
245,00 €
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Les textes qui composent ce Lecteur somnambule ont été écrits au hasard des lectures dont ils rendent compte depuis vingt-cinq ans ; les derniers reviennent sur un cheminement où paraissent une perplexité qui n'est pas qu'à l'auteur, une sidération. C'est la même sidération du mal absolu qui suit en Europe la première guerre et la seconde, réunissant écrivains juifs et non juifs, Marguerite Audoux et Kafka, Witold Gombrowicz et Charles Juliet ; réunissant aussi les enfants des victimes et des bourreaux dans le deuil et la confusion. Comment peut-on faire du mal à son semblable ? Comment comprendre une absence ou une suspension de la sensibilité ? Question originaire à laquelle le XXe siècle donne une extension inouïe. Et une autre question, ou la même, est celle de la responsabilité. C'est comme si l'entretien improbable de Kafka et du jeune Gustav Janouch se continuait : la Grande Guerre, en industrialisant le meurtre, a ouvert les écluses du chaos, perverti le sens des mots ; le mal navigue sous des pavillons respectables ; mais la conscience morale est toujours là, dit Kafka à Janouch, a toujours été là. Toute l'oeuvre de Saul Bellow répète la conviction kafkaïenne : les assassins sont conscients de ce qu'ils font, et responsables ; et Jorge Semprun reprenant les intuitions de Fichte : le mal n'est pas un manque, en lui se manifestent la ténèbre impartie à tout homme, la plénitude de la liberté. Si le livre se termine sur deux récits hassidiques, c'est que la force de la parole y sauve d'une paralysie spirituelle ; c'est celle d'une époque tout entière attachée à expliquer et nier le crime. L'écriture inspirée y affirme sa liberté essentielle, nie toute fascination, serait-ce celle du deuil, rouvre le futur : telles sont les distances fictives du roman, créateur de mythes où le monde retrouve sa nouveauté.Henri Lewi a publié deux essais : Bruno Schulz ou les stratégies messianiques (La Table ronde, 1989), Isaac Bashevis Singer, la génération du Déluge (Le Cerf, 2001). Il a traduit du yiddish l'autobiographie d'Israël Joshua Singer, D'un monde qui n'est plus (Denoël, 2006).
Le prix Nobel attribué en 1978 à Isaac Bashevis Singer (Pologne 1904 - Miami 1991) consacrait un écrivain yiddish vivant en Amérique, et bientôt universellement traduit (mais toujours à partir de l'anglais). Non sans quelque méprise sur le sens même de l'œuvre. Celle-ci est indissociable de la littérature yiddish et de l'histoire juive au Xxe siècle. Singer émigre en Amérique en 1935, suivant son frère Josué, et parmi tout un peuple d'immigrants d'Europe de l'Est dont le judaïsme est marqué par le hassidisme. Son œuvre naîtra après la mort de son frère, après la Shoah, et renoue avec la littérature yiddish ancienne, celle qui suivit le Déluge, c'est-à-dire (en polonais et en yiddish) les grands pogromes ukrainiens du XVIIème siècle. C'est dans cette tradition que Singer trouve de quoi affronter la dépression et le deuil. Au-delà d'Isaac Bashevis Singer, Henri Lewi s'interroge sur la vision du monde du judaïsme polonais, sur la permanence de ses catégories, des textes médiévaux et hassidiques à Saul Bellow, Philip Roth, Paul Auster. Où la cabale tient une place importante, scrutation des racines de l'âme, métempsycose. Les mythes qui traversent l'œuvre de Singer sont les mêmes qui sous-tendent les textes anciens, hébreux et yiddish, et d'abord la certitude d'une survie, d'une continuation, d'une éternité. Mais seul le texte yiddish en restitue les concepts fondamentaux, généralement hébraïques, fondements du dialogue mental d'une société ; c'est en yiddish qu'il faut lire Isaac Bashevis Singer.
Résumé : Henri Lewi nous apprend à voir en même temps qu'il nous invite à l'abandon. Ce livre nous somme d'être libre et de jouir de la beauté en plongeant dans la toile, en sautant à pieds joints dans les couleurs. Un essai généreux, qui emboîte le pas de l'auteur se promenant au Louvre, revisitant pour nous ses chefs-d'?uvre et, par la grâce d'un regard redevenu naïf, les place sous nos yeux pour notre plus grand plaisir.
Notre foyer était triste, et c'est pourquoi tout petit déjà je préférais vivre dans la rue plutôt que chez moi. Cette tristesse, c'était d'abord la Thora qui en était responsable : elle remplissait le moindre recoin de la maison et pesait lourdement sur l'humeur de tous. C'était plus une maison d'étude qu'un chez-soi : une maison de Dieu, plus qu'une maison d'hommes. C'est avec une tendresse, une ironie et une précision remarquables qu'Israël Joshua Singer retrace, dans D'un monde qui n'est plus, les souvenirs de son enfance passée au shtetel de Lentshin, non loin de Varsovie, au début du siècle dernier. Hantée par les figures imposantes d'un père religieux et d'une mère à la fois combative et douce, cette autobiographie nous emporte dans l'atmosphère pittoresque de ce petit bourg de campagne où s'est réfugiée - sous la houlette de Pinhas Mendel, père d'Israël Joshua et rabbin du lieu - cette communauté de Juifs paysans expulsés de leurs villages par la police russe. A travers le regard de l'enfant Israël Joshua, le lecteur découvre un quotidien pétri de croyances et de rituels, où les rabbins s'envolent et le mauvais oeil attend à chaque coin de rue. Il plonge dans les petits secrets de chacun, dans la dureté et l'austérité de la vie au shtetel, dans les déchirements identitaires et les transgressions que ne manquent pas de susciter la rigueur des lois talmudiques, et la discrimination dont sont victimes les communautés juives polonaises en ce début de XXème siècle. Témoignage unique et passionnant sur l'univers des Juifs polonais d'avant-guerre, D'un monde qui n'est plus, écrit par l'un des grands maîtres de la littérature yiddish, demeure, au-delà de sa valeur historique, un véritable joyau littéraire.
L'urbanité et les savoirs à l'oeuvre dans la fabrication des villes sont entrés en crise. Ces savoirs agissants - les comportements, les systèmes relationnels, les éléments cardinaux réglant la vie civile, les dispositions physiques des ensembles urbains, et tout ce qui concourt à imprégner d'urbanité et de beauté la vie privée et collective - auraient pu constituer la base d'une réflexion théorique et pratique sur la ville, et, plus généralement, sur la vie associée et la politique, en fournissant des instruments d'orientation à la société humaine soumise au changement de ses conditions historiques. Mais ce travail ne s'est pas fait, de sorte que l'héritage des villes ne suffit pas à servir de guide dans cette mutation générale. Les vestiges des villes historiques résistent, du moins en partie ? : mais la plupart d'entre eux restent muets, ou relégués dans une situation qui les rend incapables de féconder l'avenir. Les villes sont donc exposées à un double front ? : celui, dévastateur, des guerres, et celui, insidieux, de la rente immobilière, qui, par son action sélective, appauvrit peu à peu le potentiel le plus précieux des contextes urbains, qui tient à leur nature de réalités socialement complexes et de laboratoires des règles et des possibilités de la vie en commun. Ville et nature sont deux dons également menacés. Mais alors qu'on a vu s'accroître ces dernières années la conscience de l'importance de la crise climatique et des actions à mener pour la défense de la terre, la question de la défense des villes - posée avec lucidité par Giorgio La Pira dès 1954 - est totalement négligée. La dimension esthétique témoigne elle aussi de cette absence ? : dans un contexte obsédé par la recherche d'un "accomplissement individuel" , la beauté civile s'est dissoute avec l'appauvrissement des cadres relationnels. La réponse ne peut consister qu'à remettre la réalité urbaine au centre : il faut redonner aux villes le sens de l'urbanité, de l'inclusion, et d'une beauté qui interprète et manifeste la fécondité de la vie commune. Terre et ville, qui s'unissaient - et dont Cattaneo avait admirablement décrit les rapports il y a près de deux siècles -, deviennent équivalemment le lieu de la rente et de l'appauvrissement de l'expérience sensible - et de l'appauvrissement tout court d'une majorité de la population. Sans la responsabilité qu'exige la vie commune, il est vain de prétendre remédier aux excès d'un rapport au monde dévoyé.
Il n'existe pas de folie dépourvue de signification et les gestes que les gens ordinaires et mesurés considèrent comme d'un fou impliquent le mystère d'une souffrance que les hommes n'ont pas écoutée, n'ont pas recueillie". Cette souffrance, L'autre vérité veut la recueillir et l'écouter; dans un récit limpide et implacable, la poétesse Alda Merini, disparue le 1er novembre 2009, nous dit ce qu'était l'internement psychiatrique dans les années 60 et 70, qu'elle a elle-même vécu dans le plus profond abandon. La poésie de ces pages vaut comme une arme au service d'un "esprit d'enfance (...) qui ne pourra jamais être perverti par personne", une arme pour ne pas sombrer, pour réinventer l'espoir d'être aimé. Voici l'un des plus grands textes littéraires mettant en scène la folie.