Réfléchir sur la barbarie des temps modernes et la comparer à la barbarie des temps anciens, en tant que l'une et l'autre ont à voir avec le sacré, telle est l'ambition première de cet ouvrage. Il s'agit de saisir l'implication des processus sacrificiels dans les violences politiques (et domestiques) majeures de notre temps. L'auteur met en parallèle les modalités des grands crimes politiques contemporains et la spécificité religieuse du sacrifice. Au mépris des interdits anthropologiques, il entend mettre en rapport la violence déchaînée et intrinsèquement destructrice des massacres de notre histoire avec cette autre violence - contrôlée, canalisée, domestiquée, ritualisée - qui préside, au sein du religieux, aux cérémonies sacrificielles. Pour élaborer une critique de la pensée sacrificielle, il ne suffit pas d'analyser des rites qui comportent la destruction d'un être vivant, encore faut-il que cette analyse participe, d'une manière ou d'une autre, au démantèlement du processus. La meilleure façon de comprendre ce qu'est une cérémonie de sang, c'est de chercher à l'interrompre. Il ne s'agit pas pour autant d'une attitude de moderniste sans mémoire. L'interruption de la destruction est au c'ur de l'histoire des rituels. Les procédés de substitution symbolique remplacer un être humain, adulte ou enfant, par un animal, puis par un végétal - montrent que la critique de la violence du sacrifice est aussi traditionnelle que le sacrifice lui-même.
Nombre de pages
236
Date de parution
18/10/2000
Poids
245g
Largeur
140mm
Plus d'informations
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EAN
9782020410908
Titre
Critique de la pensée sacrificielle
ISBN
2020410907
Auteur
Lempert Bernard
Editeur
SEUIL
Largeur
140
Poids
245
Date de parution
20001018
Nombre de pages
236,00 €
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Maltraitance et inceste ne sont pas des événements malheureux qui frapperaient certaines structures familiales soumises à des conditions extérieures difficiles, mais les conséquences directes d'un engrenage, d'un mécanisme dont la logique interne n'est rien d'autre que la destruction de l'enfant. La victime occupe une véritable position sacrificielle, comme si la sphère privée faisait mémoire des sacrifices humains prisés par d'anciens rituels. Dès lors, l'analyse des violences familiales et de leurs conséquences psychiques gagne à se confronter à l'anthropologie religieuse, notamment aux principes, raisonnements et discours qui prétendaient justifier les pratiques sacrificielles. En retour, une meilleure compréhension des phénomènes de maltraitance permet de relire les rapports entre la violence et le sacré, en posant côte à côte des réflexions sur l'Ancien Testament, des commentaires de contes de fées et des analyses de rêves éveillés qui ont surgi dans l'inconscient de quelques-uns de nos contemporains. Bernard Lempert travaille comme psychothérapeute. Il anime des sessions de formation pour des services sociaux et hospitaliers, portant notamment sur la protection de l'enfance.
Pourquoi certaines familles se transforment-elles en « maisons d'ogre » ? Comment comprendre la maltraitance systématique à l'égard d'un enfant ...Engagé auprès d'enfants victimes de violences familiales à une époque où le mot même de maltraitance n'était pas reconnu dans le champ de la psychopathologie et où sa réalité était niée, le psychanalyste Bernard Lempert a contribué de façon considérable à la reconnaissance de la malfaisance de certains parents, contre le secret qui l'entourait et loin des mythes familialistes. Dans ce livre, il analyse avec une intelligence et une justesse remarquables la boucle où l'enfant victime, autre figure du bouc émissaire, est pris d'emblée : coupable dès sa naissance d'une faute imaginaire connue de ses seuls parents, il n'a d'autre issue que de payer pour elle, devenant leur serviteur (économique, psychologique ou sexuel), et intériorisant sa culpabilité insolvable jusqu'à adhérer au système de domination qui le maltraite, voire à le justifier en recourant à son tour à la violence ? la boucle est bouclée.Mené à partir d'une lecture profonde et subtile de la dramaturgie des contes, nourri d'anthropologie, ce livre intense est d'autant plus frappant qu'il est écrit avec la volonté de défaire le mécanisme de la violence, et d'avancer des contre-propositions libératrices pour tous les Peau d'Âne et Petit Poucet.Bernard Lempert : Philosophe et psychanalyste, il a notamment publié, au Seuil : Le tueur sur un canapé jaune (2008) ; Critique de la pensée sacrificielle (2000) ; Désamour (1994).Préface de Pierre Sabourin
Le 29 décembre 1956, l'Algérie française portait en terre l'un de ses leaders, Amédée Froger, tué la veille, alors qu'il sortait de son domicile. La nouvelle de l'assassinat a fait grand bruit, en Algérie, mais aussi à Paris, en raison de la personnalité de la victime, haute figure locale de la défense de la cause française. Ses obsèques à Alger ont rassemblé une foule nombreuse. Elles ont surtout été l'occasion de ratonnades qui ont marqué les observateurs. S'appuyant sur de nombreuses sources, dont des archives policières et judiciaires inédites, Sylvie Thénault retrace ces événements et propose à travers eux une généalogie des violences exercées par les Français sur les Algériens dans le contexte de la colonisation. Trop souvent résumées à des actions ponctuelles et paroxystiques, ou associées aux seules exactions de l'OAS à la toute fin de la guerre, ces violences - non pas celles des autorités et de leurs représentants mais bien celles de la minorité française, née là-bas - s'inscrivent dans une histoire longue. Elles se nourrissent d'un rapport de domination brutal, empruntant à toutes les formes d'oppressions possibles (économiques, sociales, politiques, juridiques, culturelles) et s'ancrent dans un espace urbain où les différences et les inégalités se lisaient à la moindre échelle, celle du quartier, voire de la rue ou de l'immeuble. Faisant des événements ayant entouré la mort et l'enterrement d'Amédée Froger le chaînon manquant de cette longue histoire, Sylvie Thénault propose ici une histoire spatiale et sociale de la guerre à Alger, en plaçant au coeur de l'interrogation ce que les ratonnades doivent aux rapports entre les populations en présence.
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