Simone de Beauvoir à l'oeuvreJean-Louis Jeannelle et Éliane Lecarme-TaboneÉtrange destin critique que celui de l'oeuvre de Beauvoir. La relative indifférence qu'elle a longtemps suscitée au sein de l'université française n'a eu d'égale que la ferveur qu'on lui a témoignée depuis les années 1980 dans les pays anglo-saxons. Ce déséquilibre ne va pas sans provoquer quelques malentendus, que ce Cahier aimerait, en partie du moins, dissiper.Le premier malentendu tient aux objets d'étude sélectionnés. La grande majorité des recherches qui lui ont été consacrées, en Angleterre et aux États-Unis, concernent, outre sa biographie, les questions de genre («gender») dans une perspective féministe et la délimitation d'une pensée philosophique qui lui soit propre. Cette profonde réévaluation critique du Deuxième Sexe et du statut accordé à Beauvoir en tant que philosophe, bien qu'elle fût en accord avec les travaux menés en Fiance dans le domaine philosophique par Michèle Le Doeuff ou en Allemagne du côté de la réception des textes par Ingrid Galster, n'a suscité d'écho chez nous que de manière tardive. Assurément précieux dans son travail de réhabilitation d'une pensée sous-estimée, le déplacement de perspective réalisé par les spécialistes anglo-saxonnes apparaissait toutefois comme trop militant: il ne faisait pas la part assez belle à Beauvoir écrivain et instaurait entre la pensée de Sartre et la sienne une rivalité impossible à conclure.Les critiques français, de leur côté - et c'est le second malentendu - voient surtout en Simone de Beauvoir une mémorialiste et une romancière, mais ils n'en ont que tardivement renouvelé la lecture, faute d'avoir compris, comme leur confrères anglo-saxons, qu'il importe de remettre en question les cadres éthiques et théoriques dans lesquels nous est parvenue son oeuvre. Trop longtemps envisagés avant tout comme des sources d'information biographique, les écrits à la première personne de Beauvoir occupent, en dehors des Mémoires d'une jeune fille rangée (cas exemplaire de récit d'enfance), une place assez secondaire au sein des études sut la littérature personnelle: on a, en quelque sorte, ignoré le travail d'écriture de l'histoire débuté avec La Force de l'âge. Ses romans n'ont, de même, pas trouvé la place qui leur revient dans les différentes histoires de la fiction en France, en dépit du succès que plusieurs d'entre eux avaient rencontré lors de leur publication et des réexamens qu'ont suscités depuis quelques décennies Les Mandarins, Les Belles Images ou Quand prime le spirituel.Résultat de telles divergences: des deux côtés de ce fossé linguistique et culturel, on ne se lisait ou ne se citait que rarement. Il est temps de dépasser ce clivage. Des travaux individuels ouvrant à un véritable dialogue, les études régulièrement proposées dans les Simone de Beauvoir Studies, l'organisation de grands colloques internationaux réunissant des chercheurs de toutes les nationalités, comme celui de 1999 sur le cinquantenaire du Deuxième Sexe (dir. Christine Delphy et Sylvie Chaperon) ou ceux de 2008, tenus l'un à Paris - (Re)découvrir l'oeuvre de Simone de Beauvoir (dir. Julia Kristeva) -, l'autre à Tübingen - Simone de Beauvoir cent ans après sa naissance (dit. Thomas Stauder) -, prouvent, s'il en était besoin, l'intérêt de telles circulations entre les différentes perspectives. Ce Cahier aimerait poursuivre la confrontation et l'enrichissement réciproques des différentes lectures faites de Beauvoir.Il s'efforce donc de ressaisir la production de Simone de Beauvoir dans sa globalité, afin d'éclairer, sans exclusive, les différents genres dans lesquels son talent s'est exercé: romans, nouvelles, autobiographie, journal, correspondance, essai, récits de voyage... Il se fait l'écho des recherches qui firent sortit Simone de Beauvoir de l'ombre sartrienne pour lui restituer sa stature de philosophe, notamment dans Le Deuxième Sexe. La reproduction d'articles de Simone de Beauvoir, publiés dans des revues américaines et peu accessibles jusqu'à présent aux lecteurs français, complète et nuance ce que nous connaissons de sa pensée à travers ses essais les plus connus.
Nombre de pages
400
Date de parution
11/01/2013
Poids
1 088g
Largeur
212mm
Plus d'informations
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EAN
9782851971708
Titre
Simone de Beauvoir
Auteur
Lecarme-Tabone Eliane ; Jeannelle Jean-Louis
Editeur
L'HERNE
Largeur
212
Poids
1088
Date de parution
20130111
Nombre de pages
400,00 €
Disponibilité
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«Le rayonnement du Deuxième Sexe est international. Comme le signale Sylvie Le Bon de Beauvoir, il a été traduit "en une multitude de langues" : anglais, allemand, italien, espagnol, russe, lituanien, suédois, finlandais, japonais, chinois, malais, roumain. Bien plus, de nouvelles traductions remplacent des traductions plus anciennes, tronquées ou jugées fautives [...] ; des pays longtemps réticents s'y mettent à leur tour (la Russie en 1998 et la R.D.A. en 1989), signe d'un regain d'intérêt et d'une actualité toujours vivante. La reconnaissance, désormais universelle, de la valeur emblématique de l'?uvre va de pair avec un développement des études qui en explorent le contenu, surtout aux États-Unis. Les Simone de Beauvoir Studies, où de nombreux articles concernent Le Deuxième Sexe, paraissent une fois par an. Des colloques se tiennent régulièrement, et prennent une ampleur particulière au moment de tel ou tel anniversaire. La France, longtemps en retrait par rapport aux États-Unis, contribue à son tour, depuis quelques années, au rayonnement de l'?uvre beauvoirienne. Nous essaierons d'apporter notre pierre personnelle à cet édifice, notamment en accordant une large place à l'analyse même de l'essai.» Éliane Lecarme-Tabone.
Un essai : étude approfondie d'un grand texte classique ou contemporain par un spécialiste de l'?uvre : approche critique originale des multiples facettes du texte dans une présentation claire et rigoureuse. Un dossier : bibliographie, chronologie, variantes, témoignages, extrait de presse. Eclaircissements historiques et contextuels, commentaires critiques récents. Le texte intégral de Mémoires d'une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir est disponible dans la collection " Folio n° 786 ". Un ouvrage efficace, élégant. Une nouvelle manière de lire.
Ce petit écrit entend rassembler, pour ainsi dire de manière dogmatique, les thèses de la psychanalyse sous la forme la plus ramassée et dans la version la plus définitive. Bien entendu, sa visée n'est pas d'exiger la croyance ni de susciter la conviction. Les assertions de la psychanalyse reposent sur un nombre incalculable d'observations et d'expériences, et seul celui qui répète ces observations sur lui-même et sur d'autres est engagé sur la voie menant à un jugement personnel.
L'anarchisme, au moins tel que je le comprends, est une tendance de la pensée et de l'action humaines qui cherche à identifier les structures d'autorité et de domination, à les appeler à se justifier, et dès qu'elles s'en montrent incapables, à travailler à les surmonter. Loin d'avoir "échoué", il se porte très bien. Il est à la source de beaucoup de progrès - très réels - des siècles passés, y compris depuis les années 1960-1970. Des formes d'oppression et d'injustice qui étaient à peine reconnues, et encore moins combattues, dans un passé récent, ne sont plus considérées aujourd'hui comme tolérables. C'est une réussite, pas un échec. N. C.
Quand Paul Celan (1920-1970) s'établit à Paris à l'été 1948 ses poèmes ne sont connus que d'une poignée de gens ; à sa mort, en avril 1970, son nom est associé à l'une des oeuvres poétiques les plus importantes de la littérature allemande. Pourtant, aborder cette oeuvre, a fortiori pour un lecteur francophone, n'a rien d'évident : si les poèmes relèvent bien d'une écriture qui réclame pour elle une "obscurité congénitale" la critique a aussi pu contribuer à en obscurcir le sens. Il faut donc sans cesse reprendre le travail de lecture d'après les coordonnées que Celan a fixées, en partant de ce qu'il appelle "l'accent aigu de l'actualité", inséparable de "l'accent grave de l'histoire" et de "l'accent circonflexe de l'éternité". Appuyé sur de nombreux documents inédits (lettres, traductions et notes privées) qui éclairent sa vie et ses choix poétiques, ce volume donne accès à un "autre" Celan qui se situe tant dans une tradition dont il discute la pertinence que dans une époque qu'il guette avec une acuité implacable, attrapant dans son écriture les mots, les textes et les personnes de son temps. Juif, Celan a ancré son écriture dans l'événement de l'extermination des siens pour en faire une arme critique et analytique, esthétique aussi. Grâce aux contributions de spécialistes de l'oeuvre, cette entreprise est placée dans un réseau de discussions critiques qui l'éclairent depuis des positions multiples : linguistique, traductologique, philosophique et biographique mais aussi historique et poétique, etc.
Madame la vicomtesse de Beauséant était blonde, blanche comme une blonde, et avait les yeux bruns. Elle présentait noblement son front, un front d'ange déchu qui s'enorgueillit de sa faute et ne veut point de pardon. Ses cheveux, abondants et tressés en hauteur au-dessus de deux bandeaux, qui décrivaient sur ce front de larges courbes, ajoutaient encore à la majesté de sa tête. L'imagination retrouvait, dans les spirales de cette chevelure dorée, la couronne ducale de Bourgogne ; et, dans les yeux brillants de cette grande dame, tout le courage de sa maison ; le courage d'une femme forte seulement pour repousser le mépris ou l'audace, mais pleine de tendresse pour les sentiments doux." Honoré de Balzac.