Jacques Dupin est né en 1927 à Privas, Ardèche. Il publie son premier livre - Cendrier du voyage - chez G.L.M. en 1950. Poésie ouverte, comme une tête, en deux, toujours à chercher ce qui renverse, ravine et tord elle sonne comme le gong, claque comme les pierres ravinées dans la pente : " illisible graphie où s'accrochent des parcelles de gomme et qu'éclaire parfois la dentelle fiévreuse d'une feuille arrachée ... ", écrira-t-il dans Dehors (1975). Ce sont des livres, de Gravir (1963) à Grésil (1994), en passant par L'Embrasure (1969), des écrits sur la peinture, des amitiés avec les peintres (Bacon, Calder, Chillida, Giacometti, Miro, Saura, Tàpies ... ), Echancré (1991), De singes et de mouches (1983), Contumace (1986) et son procès de vie arrachée, le fil haché d'Artaud, la rage de Ponge, les glissements de Michaux, Char et son roncier dans la langue, la raucité des Mères (1986). Ce sont des livres qui se ramifient en faisant éclater l'écorce, qui vont sous les ongles : écharde, éclisse, fil de soi tendu, comme rare aujourd'hui une expérience de la poésie se fait et se vit.
Nombre de pages
348
Date de parution
10/05/2000
Poids
488g
Largeur
156mm
Plus d'informations
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EAN
9782844900289
Titre
Strates. Cahier Jacques Dupin
Auteur
Laugier Emmanuel
Editeur
VERDIER
Largeur
156
Poids
488
Date de parution
20000510
Nombre de pages
348,00 €
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8 ans. Une enfance marocaine. Sortir, c'est entrer dans l'air, avec les chiens blancs dans les rues, les cloisons en papier de riz, les vêtements de laine forte, et la terre rouge sur les genoux. Nous sommes dans la chaleur et la poussière. En flashes successifs, en visions incomplètes, Emmanuel Laugier remonte la syncope des souvenirs. Comme perdu dans l'éblouissement de la mémoire. Gestes qu'on ne voit pas bien, déplacements effacés dans le temps, Emmanuel Laugier assemble des taches sensorielles dans la partie aveugle de l'enfance. Il remonte à travers les corps qui nous traversent et nous hantent, vers la naissance, les chutes de l'enfance. A la recherche de la « part inouïe de nous-mêmes », attraper des mains dans le passé, toucher un corps absent. Et retrouver, dans le mauve de la naissance ? à 8 ans ? et de la mort, l'instant précis, arrêté, immobile au fond de soi. L'instant des fantômes et de la perte quand « il n'y a plus que la mémoire faite de petites mains perdues ».
Un van posé dans un paysage de l'Iowa, pas loin du Mississipi, au milieu des champs de maïs, des fermes rouges en bois et des routes planes longues, abandonnées. Un regard posé entre les espaces ouverts et immobiles, entre souvenirs et simplicité du réel inépuisable : ouvriers en salopette bleue, gobelets de bière dans le vent, journaux roulés, des images. Les couleurs, presque un assoupissement, une torpeur éblouie. Ces Poèmes du revoir américain, faits de notations précises, immédiates, mais livrées rétrospectivement, accompagnent le déploiement de l'espace qui se glisse dans l'ouverture du paysage, en lente décantation, dans la sensualité du corps et des couleurs. Poème féminin aussi, poème ralenti du corps féminin, en douces bascules silencieuses. Poème photographique, qui glisse sur les reflets, les scintillements de masses noires et lumineuses. Toutes ces choses arrêtées dans leur mouvement, des planches, des gamates, des sacs de ciment, des jerricanes, toute cette réalité au travail, ces objets aussi concrets que nous, aussi présents que nous. Nous sommes des "sacs tassés dans l'espace de la respiration" , hommes dans le "paysage en plaque d'aluminium" : des carrés sur fond blanc. Soudain tout est dur, tout fait surface, les silhouettes d'hommes et de femmes croisées dans les aéroports et les supermarchés. En dérive dans ces lieux collectifs aux identités perdues. "Ici ou là quelqu'un pousse la même chose vers quelque part" dit Emmanuel Laugier, dans un geste entre extrême intimité et dissolution sensible dans le flou d'un réel qui s'efface, et dont nous devons nous efforcer de réaffirmer le contour, la couleur et la sensation, dans le poème. Dans la vibration fragile et nue du poème.
Novembre 1989. Le Mur de Berlin vient de tomber. Inge et Walter Bischoff, un couple d'Allemands de l'Est annoncent à leur fils Carl qu'ils ont décidé d'aller vivre de l'autre côté du rideau de fer. A vingt-six ans, Carl n'habite plus chez eux depuis longtemps. Mais leur décision qui ressemble à un abandon lui révèle qu'avant d'être ses parents, Inge et Walter ont eu une jeunesse éprise de liberté. De ce temps d'avant la construction du mur, le Stern 111, un poste de radio de fabrication soviétique, reste le symbole : toute la jeunesse d'Allemagne de l'Est s'en servait pour écouter les radios de l'Ouest. Carl se rend bientôt à Berlin avec la petite voiture de son père. Au "Cloporte", un immeuble où s'est rassemblée une communauté de squatters, il va connaître une double initiation amoureuse et politique.
L'héroïne de Boulder gagne sa vie comme cuisinière sur un vieux navire marchand. C'est la situation parfaite : la solitude, le provisoire, une cabine et l'océan, un port où rencontrer des femmes. Jusqu'à ce qu'un jour l'une d'entre elles réussisse à l'arracher à la mer et à l'entraîner dans l'aventure d'une procréation assistée. Qu'est-ce que la maternité va provoquer chez cette femme qu'elle a rencontrée dans un bar en Patagonie ? Et elle, acceptera-t-elle de se laisser enfermer entre les quatre murs d'une maison pour faire mentir le surnom de Boulder que lui a donné son amoureuse, et qui désigne des grandes roches isolées au milieu du paysage dont personne ne sait d'où elles viennent ni pourquoi elles sont là ? Le ton ironique, les évocations érotiques sans fausse pudeur, le style implacable et vibrant comme le personnage, tout contribue à faire de ce deuxième roman un texte rebelle intense et poétique.