Un van posé dans un paysage de l'Iowa, pas loin du Mississipi, au milieu des champs de maïs, des fermes rouges en bois et des routes planes longues, abandonnées. Un regard posé entre les espaces ouverts et immobiles, entre souvenirs et simplicité du réel inépuisable : ouvriers en salopette bleue, gobelets de bière dans le vent, journaux roulés, des images. Les couleurs, presque un assoupissement, une torpeur éblouie. Ces Poèmes du revoir américain, faits de notations précises, immédiates, mais livrées rétrospectivement, accompagnent le déploiement de l'espace qui se glisse dans l'ouverture du paysage, en lente décantation, dans la sensualité du corps et des couleurs. Poème féminin aussi, poème ralenti du corps féminin, en douces bascules silencieuses. Poème photographique, qui glisse sur les reflets, les scintillements de masses noires et lumineuses. Toutes ces choses arrêtées dans leur mouvement, des planches, des gamates, des sacs de ciment, des jerricanes, toute cette réalité au travail, ces objets aussi concrets que nous, aussi présents que nous. Nous sommes des "sacs tassés dans l'espace de la respiration" , hommes dans le "paysage en plaque d'aluminium" : des carrés sur fond blanc. Soudain tout est dur, tout fait surface, les silhouettes d'hommes et de femmes croisées dans les aéroports et les supermarchés. En dérive dans ces lieux collectifs aux identités perdues. "Ici ou là quelqu'un pousse la même chose vers quelque part" dit Emmanuel Laugier, dans un geste entre extrême intimité et dissolution sensible dans le flou d'un réel qui s'efface, et dont nous devons nous efforcer de réaffirmer le contour, la couleur et la sensation, dans le poème. Dans la vibration fragile et nue du poème.
Nombre de pages
64
Date de parution
04/06/2021
Poids
136g
Largeur
151mm
Plus d'informations
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EAN
9782877042314
Titre
Poèmes du revoir américain. & autres séries
Auteur
Laugier Emmanuel
Editeur
UNES
Largeur
151
Poids
136
Date de parution
20210604
Nombre de pages
64,00 €
Disponibilité
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Jacques Dupin est né en 1927 à Privas, Ardèche. Il publie son premier livre - Cendrier du voyage - chez G.L.M. en 1950. Poésie ouverte, comme une tête, en deux, toujours à chercher ce qui renverse, ravine et tord elle sonne comme le gong, claque comme les pierres ravinées dans la pente : " illisible graphie où s'accrochent des parcelles de gomme et qu'éclaire parfois la dentelle fiévreuse d'une feuille arrachée ... ", écrira-t-il dans Dehors (1975). Ce sont des livres, de Gravir (1963) à Grésil (1994), en passant par L'Embrasure (1969), des écrits sur la peinture, des amitiés avec les peintres (Bacon, Calder, Chillida, Giacometti, Miro, Saura, Tàpies ... ), Echancré (1991), De singes et de mouches (1983), Contumace (1986) et son procès de vie arrachée, le fil haché d'Artaud, la rage de Ponge, les glissements de Michaux, Char et son roncier dans la langue, la raucité des Mères (1986). Ce sont des livres qui se ramifient en faisant éclater l'écorce, qui vont sous les ongles : écharde, éclisse, fil de soi tendu, comme rare aujourd'hui une expérience de la poésie se fait et se vit.
8 ans. Une enfance marocaine. Sortir, c'est entrer dans l'air, avec les chiens blancs dans les rues, les cloisons en papier de riz, les vêtements de laine forte, et la terre rouge sur les genoux. Nous sommes dans la chaleur et la poussière. En flashes successifs, en visions incomplètes, Emmanuel Laugier remonte la syncope des souvenirs. Comme perdu dans l'éblouissement de la mémoire. Gestes qu'on ne voit pas bien, déplacements effacés dans le temps, Emmanuel Laugier assemble des taches sensorielles dans la partie aveugle de l'enfance. Il remonte à travers les corps qui nous traversent et nous hantent, vers la naissance, les chutes de l'enfance. A la recherche de la « part inouïe de nous-mêmes », attraper des mains dans le passé, toucher un corps absent. Et retrouver, dans le mauve de la naissance ? à 8 ans ? et de la mort, l'instant précis, arrêté, immobile au fond de soi. L'instant des fantômes et de la perte quand « il n'y a plus que la mémoire faite de petites mains perdues ».
Un homme se met en route pour un lieu qu'il ne connaît pas. Un autre revient. Un homme arrive dans un lieu sans nom, sans indication pour lui dire où il est. Un autre décide de revenir. Un homme écrit des lettres de nulle part, depuis l'espace blanc qui s'est ouvert dans son esprit. Les lettres n'arrivent pas à destination. Les lettres ne sont jamais envoyées.