Hypnose et autohypnose. Edition revue et augmentée
Larroque Michel
L'HARMATTAN
20,50 €
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EAN :9782296564565
L'hypnose n'est pas un phénomène isolé relevant d'une explication indépendante. Elle est, au contraire, indissociable des lois générales du psychisme. Sa nature en est déductible comme une conséquence l'est des prémisses qui la fondent. Une réflexion sur l'hypnose enveloppe donc une interrogation philosophique sur la nature de la conscience pour rendre compte de faits particuliers. Le sujet en état d'hypnose est un être unifié qui coïncide avec la mouvance de la durée, forme de tout vécu, mais ignore, faute de recul, sa temporalité : il ne pense pas le temps et ne se pense pas dans le temps. Cette hypothèse s'accorde avec les procédés d'induction de l'hypnose ; elle permet aussi d'éclairer ses principaux effets : hallucinations positives et négatives, régression, amnésie posthypnotique... Longtemps reléguée au silence par la psychanalyse, l'hypnose connaît aujourd'hui, sous d'autres noms, un renouveau attesté par le succès de méthodes de relaxation qui en procèdent. Mais, de tout temps, l'état mental où elle s'enracine a inspiré la recherche d'expériences libératrices : c'est le cas des diverses formes de prières ou de la spiritualité propre au quiétisme et au zen. Différentes de l'hypnose, ces expériences naissent de la même source et s'en rapprochent comme des espèces au sein d'un genre.
Nombre de pages
200
Date de parution
27/07/2011
Poids
245g
Largeur
135mm
Plus d'informations
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EAN
9782296564565
Titre
Hypnose et autohypnose. Edition revue et augmentée
Auteur
Larroque Michel
Editeur
L'HARMATTAN
Largeur
135
Poids
245
Date de parution
20110727
Nombre de pages
200,00 €
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L'hypnose n'est donc pas un phénomène isolé relevant d'une explication autonome. Elle est au contraire indissociable des lois générales du psychisme. Elle n'a pu apparaître comme un mystère que dans la mesure où l'on n'a pas rattaché cette conséquence aux prémisses qui la fondent et l'éclairent. Une théorie de l'hypnose dépasse donc la simple explication d'un fait rare et quelque peu marginal; elle enveloppe une interrogation plus ample sur la nature de la conscience et les conditions de son émergence. L'hypnose est un retour à la simplicité native dont l'effort nous avait éloignés. Dans cette perspective, l'être réaliserait à l'occasion de la suggestion une plongée dans la vie instinctive. De ce retour aux origines naturelles, on a surtout décrit les aspects négatifs: l'abolition de la synthèse réfléchie du temps interdit le jugement, la pesée des moyens et des fins qui caractérisent le comportement conscient et volontaire. L'homme redevient en quelque sorte un être instantané et irréfléchi. Mais il peut arriver que la finalité naturelle assure le relais d'une volonté qui renonce à prendre en charge le déroulement des choses. Nous l'avons vérifié chez les somnambules étudiés par Janet, dont le comportement témoigne d'une activité intelligente mais étrangère à la délibération et cependant capable de réaliser des tâches parfois fort compliquées. Il en est de même dans la suggestion. Baudoin souligne le caractère inventif de l'idée suggérée qui appelle et coordonne des moyens nombreux et complexes pour produire une fin, mais, à l'inverse de la volonté, de façon inconsciente. Il dégage de ses observations la « loi de la finalité subconsciente »: « l'idée qui fait l'objet de la suggestion agit comme un but ou une fin. L'activité subconsciente qui est en jeu dans la suggestion consiste dans une invention et adaptation de moyens propres à réaliser cette fin ». C'est en vertu de cette loi que dans l'autosuggestion il suffit de se concentrer sur une formule évoquant l'amélioration générale en laissant à l'inconscient la charge de la spécifier en bénéfices psychophysiologiques plus précis. Cette idée d'un abandon à la finalité naturelle se retrouve chez Erickson. Pour lui, l'idée d'un hypnotiseur tout-puissant imposant de l'extérieur des réponses à son patient est un mythe ridicule. Au contraire, tout ce qui peut apparaître dans l'hypnose existe déjà à l'état potentiel chez le sujet. Les phénomènes spécifiques de l'hypnose peuvent toujours se produire spontanément: ils sont donc en quelque sorte naturels. C'est le cas pour les réponses thérapeutiques: elles ne sont pas des créations artificielles de l'hypnotiseur car le sujet a déjà en lui sans le savoir les possibilités de résoudre ses difficultés. L'hypnose consiste seulement à réveiller et à cultiver ces puissances inconscientes. Ainsi le but commun des procédés de suggestion serait de retrouver la vie dont la pensée nous a progressivement détachés. L'homme qui réfléchit (et toute conscience implique réflexion) devient peu à peu étranger à la nature qu'il porte en lui. Pourtant, sa conscience qui la juge ne saurait complètement s'en séparer. Il est à la fois conscience et nature. C'est « l'animal malade » dont parlait Hegel. La suggestion endort la conscience pour retrouver la nature. Ainsi comprise, elle n'est pas un pouvoir artificiel acquis à la faveur de quelque gymnastique mentale, mais un retour aux sources.
Il y a entre les expériences d'involonté que nous avons étudiées de nombreuses analogies. On peut distinguer des ressemblances de vécu, de procédés et de problèmes. Ressemblance de vécu d'abord. Tous les états étudiés se caractérisent par la passivité. Tel est le sens de l'invitation au sommeil dans l'hypnose qui ne crée pas un authentique sommeil physiologique mais l'état d'abandon correspondant à la représentation subjective que le patient a du sommeil. Mais l'abolition de l'effort est aussi la clé d'une autosuggestion réussie, la condition d'accès à l'expérience mystique et sans doute même le propre de toute mentalité religieuse qui « tourne autour du pivot de la passivité ». C'est pourquoi des consignes identiques d'abandon se retrouvent dans le Quiétisme et dans le Zen même s'il est précisé qu'un effort préalable doit préparer l'accueil de la grâce. La suppression de l'effort entraîne la disparition du clivage qu'il institue. Identifié à lui-même, coïncidant avec sa nature, l'être est unifié. C'est pourquoi il ne réfléchit pas sur ses états, il ne contrôle pas ses actes. Ces caractères sont manifestes dans l'hypnose; ils font l'objet de prescriptions dans l'autosuggestion. Mais on les retrouve aussi dans les spontanéités spirituelles. À l'aphorisme oriental selon lequel le véritable esprit est absence d'esprit, Wu Shin (c'est-à-dire absence d'esprit second), fait écho la condamnation du retour sur soi et de la réflexion par le Quiétisme. Il s'ensuit que dans ces perspectives l'activité est purement instinctive, aux antipodes du comportement volontaire qui s'efforce de justifier des buts et de peser les moyens. L'être s'abandonne une finalité naturelle étrangère à la délibération et au calcul. Madame Guyon rédige son commentaire du « Cantique des cantiques » dans une disposition d'esprit analogue à celle de l'adepte Zen maniant l'épée, l'arc ou le pinceau, comparable à celle des hystériques de Janet capables de conduites complexes à condition de n'y pas réfléchir. Dans tous ces cas, comme dans les thérapeutiques visant à rétablir une fonction naturelle, il s'agit de s'abandonner à un dynamisme impersonnel, à une spontanéité créatrice étrangère à la pensée d'un plan. Il s'ensuit que les modes de conscience étudiés excluent le jugement. Ainsi, c'est par une incapacité à penser les idées de rapport, c'est-à-dire à juger, que Janet définit l'étroitesse du champ mental, clef de la suggestion. Le Zen méprise les aspects conceptuels et discursifs de la vie intellectuelle, condamne l'érudition, se moque du discours. De même les mystiques opposent la voie parfaite de la contemplation à la méditation bonne seulement pour ceux qui débutent dans la vie spirituelle. Dans tous ces états, on constate la disparition de l'ego. Le sentiment du moi très affaibli dans l'hystérie, annihilé dans l'hypnose, est dénoncé par le Zen comme l'illusion majeure. Il en va de même dans le Quiétisme où la désappropriation n'est pas seulement renoncement à l'amour-propre mais abolition de la conscience propre, dépersonnalisation. Le sujet éprouve qu'une puissance supérieure prend le relais du moi disparu: c'est la volonté de l'hypnotiseur, la nature à laquelle on s'abandonne avec confiance, un « quelque chose », qui tire la flèche ou manie le pinceau, le Tao ou Dieu. Enfin l'hystérie, hétéro et auto hypnose, mystique orientale ou chrétienne, se caractérisent par un rapport au temps identique. La durée n'est pas objectivée par une sorte de mise à distance qui permettrait d'en embrasser la totalité; le sujet coïncide avec sa mouvance même. C'est ce qui explique la fascination par le présent, l'oubli du passé et de l'avenir dans l'hystérie ou l'hypnose, l'invitation à vivre « ici et maintenant » dans le Zen, l'absence de souvenir « des actes simples et directs » chez les mystiques, le refus commun à l'adepte du Zen et au Quiétiste de s'assurer de l'avenir, et aussi une certaine efficacité gestuelle dans la mesure où le sujet s'identifie au « se faisant » de l'acte au lieu d'en forger une représentation extérieure paralysante car en figeant la mobilité.