Mercredi 9 mai 2012. Douze jours que je suis prisonnier des FARC et, déjà, je suis excédé. Marre d'alimenter les moustiques. Marre de parler politique avec des guérilleros incultes. Marre de penser, chaque fois qu'un hélicoptère vrombit à l'horizon, qu'il va peut-être lâcher un commando spécial chargé de me libérer. Les FARC l'ont souvent démontré: ils préfèrent fusiller leurs otages plutôt que de les perdre.Ce matin, je prends le café au soleil, sur un tabouret militaire pliable que même un fakir trouverait incommode. Luis astique sa kalachnikov en m'observant d'un air niais. Il me jette un regard entendu: «Alors, on est pas bien ici? Du bon café, de la bonne nourriture, de l'air pur... Que demander de plus?» Je scrute, interloqué, son visage simple et rond. Sans y déceler la moindre expression d'ironie. Non, ce n'est pas un sarcasme. Le jeune guérillero le pense sincèrement: on n'est pas si mal chez les FARC. En tout cas, lui est ravi: il mange trois fois par jour - c'est toujours mieux qu'à la ferme parentale. Luis est aussi logé et blanchi par l'organisation. Et même soigné au besoin. Il s'est fait quelques amis. On lui a donné, surtout, une cause à défendre. Une bonne raison de mourir. Ça compte, pour un gosse de dix-neuf ans. La bouffe et la révolution: dans les campagnes colombiennes en crise, rien de tel pour enrôler les gamins. «Si, Luis, je lui réponds en éclatant de rire. Tu as raison. On est vraiment bien ici...»Soucieux de drainer le plus large public possible, les FARC ont sacrifié six vaches. Effluves de grillades et ballades sirupeuses montent dans l'air brûlant au-dessus des toits de zinc. Baffles gueulantes, bouffe à gogo, soleil moqueur: le décor est parfait, l'événement prometteur. «Il y aura même la presse, m'avertit Antonio, un zélé chef d'escuadra qui fut mon premier geôlier. Aujourd'hui, la guérilla des FARC va démontrer à la Colombie et au monde qu'elle est encore puissante», proclame-t-il gravement, conscient d'écrire enfin, après tant d'étripages, du fond de sa savane, une page de l'histoire.On me tient à l'abri des regards, sur une piste poussiéreuse à un jet d'obus du village. En bon otage, j'attends. La fin de l'épreuve approche, mais je ne suis plus pressé. Aucune envie, avant de retrouver les miens, d'être exhibé et filmé tel un primate dans un village indien assailli de touristes. Je voudrais fondre dans la terre rouge, m'évaporer dans l'air moite, rejoindre l'esprit des arbres... On s'évade comme on peut, lorsqu'on est prisonnier.Tandis que je rêvasse, les FARC prennent leur temps. Voilà au moins trois heures que je cuis docilement sous un astre au zénith, observant, incrédule et honteux, les préparatifs du spectacle qui s'organise à mes dépens. «Espère espere espere ya casi...» Quiconque a vécu en pays latino sait bien le désespoir qu'éveille cette rengaine. Les portes du village, et de ma liberté, sont à moins d'un kilomètre. Mais, pour un effet maximum, la guérilla fait durer le plaisir. Pour la millième fois en un mois, on m'invite à «être encore un peu patient». La délégation humanitaire qui vient me chercher serait en retard. Un mensonge, apprendrai-je bientôt. En réalité, le CICR, le Comité international de la Croix-Rouge est déjà arrivé sur zone. Et ses délégués commencent eux aussi à trouver le temps long. Mais pour lever le rideau, les FARC attendent que le hameau soit plein. Depuis mon bord de piste, j'imagine les gueux trépignant dans le bled sous l'effet de la bière tiède, s'empiffrant à l'oeil, comme tous les pauvres du monde, en vue des mauvais jours. San Isidro n'attend plus que moi et ma mauvaise humeur.
Nombre de pages
297
Date de parution
01/03/2013
Poids
280g
Largeur
142mm
Plus d'informations
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EAN
9782359491081
Titre
Jungle Blues
ISBN
2359491083
Auteur
Langlois Roméo
Editeur
DON QUICHOTTE
Largeur
142
Poids
280
Date de parution
20130301
Nombre de pages
297,00 €
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«"Alors, on est pas bien ici? Du bon café, de la bonne nourriture, de l'air pur... Que demander de plus?" Je scrute le visage simple et rond du jeune guérillero. Sans y déceler la moindre ironie. Il le pense sincèrement: on n'est pas si mal chez les FARC. En tout cas, lui est ravi: il mange trois fois par jour - mieux qu'à la ferme parentale. Luis est aussi logé et blanchi par l'organisation. Et même soigné au besoin. Il s'est fait quelques amis. On lui a donné, surtout, une cause à défendre. Une bonne raison de mourir. Ça compte, pour un gosse de dix-neuf ans. La bouffe et la révolution: dans les campagnes colombiennes en crise, rien de tel pour enrôler les gamins. "Si, Luis, je lui réponds en éclatant de rire. Tu as raison. On est vraiment bien ici..."»Le 28 avril 2012, embarqué par des militaires colombiens, Roméo Langlois s'apprête à filmer une opération de démantèlement de laboratoires de coca, quand le commando tombe dans une embuscade des FARC. Blessé au bras par une balle de AK-47, le journaliste est fait prisonnier par les guérilleros et restera trente-trois jours entre leurs mains.Passé de l'autre côté du rideau d'arbres après avoir couvert le conflit colombien pendant plus de dix ans en tant que reporter, il revient ici sur cette «petite éternité» au coeur de la Colombie profonde: un immense maquis constellé de champs de coca, survolé nuit et jour par les avions et hélicoptères militaires, dont les pistes boueuses et les villages n'apparaissent pas sur les cartes.Roméo Langlois, 3 5 ans, est journaliste d'investigation. Il a notamment travaillé pour France 24 et le Figaro, dont il a été correspondant à Bogota. Il est considéré comme l'un des meilleurs spécialistes du conflit colombien. Aujourd'hui, il est grand reporter de France 24.
Résumé : Réussiront-ils à se relever ensemble ? Passionnée par le patinage artistique depuis toujours, Eden a renoncé à ses rêves après une chute. Pour fuir le harcèlement dont elle était victime au lycée et le souvenir de cette chute qui la hante, Eden emménage avec ses parents dans une nouvelle ville et est bien résolue à ne plus jamais enfiler des patins. Dans son nouveau lycée, elle fait la rencontre d'un groupe d'amis auprès duquel elle reprend peu à peu confiance en elle, notamment Cole, joueur de hockey qui, suite à un grave accident de voiture, ne patine plus comme avant. Cole demande à Eden de devenir sa coach. D'abord réticente, la jeune femme finit par accepter, et les sentiments se développent peu à peu entre eux. Mais Eden pourra-t-elle faire face à son passé douloureux et surmonter son traumatisme ?
ILS NE SE RESSEMBLENT PAS, MAIS LEURS BLESSURES PARLENT LE MEME LANGAGE. Thalia, Julian, Charlotte, Ethan. Ils n'ont rien en commun, du moins en apparence. L'une s'étouffe avec sa propre colère, l'autre joue les leaders, la troisième se veut irréprochable, et le dernier s'emmure dans le silence. Mais derrière les masques, des fêlures, des cicatrices qui ne guérissent pas... Réunis dans un groupe de parole imposé par la psychologue de leur lycée, ils sont contraints de poser des mots sur leurs maux. Au fil des semaines, les barrières tombent. Entre silences partagés, éclats de rire inattendus et confidences douloureuses, naissent des liens plus puissants qu'ils ne l'auraient imaginé, des amitiés sincères, et même des sentiments... Et si les quatre adolescents apprenaient que même les plus petites étoiles parviennent à briller dans l'obscurité ? Ce sont les plus brisés qui en savent le plus sur la vie.
Le silence n'a plus sa place...Holden et Lexie sont amis depuis toujours, liés depuis l'enfance par un lien indéfectible. Holden n'a jamais caché son amour pour Lexie, mais elle, hantée par ses blessures familiales, se refuse à y croire. Convaincue que l'amour n'est qu'une illusion, elle préfère préserver leur amitié, seul point stable de sa vie, bien que ses sentiments pour lui soient plus profonds. Alors que leur dernière année de lycée débute et que le monde de Lexie commence à s'effondrer, l'heure est venue de confronter ce qu'ils taisent depuis trop longtemps...
Dans un ouvrage écrit à la première personne, Maxime Le Forestier dessine son portrait avec la rigueur, l honnêteté et la sensibilité qu on lui connaît. L enfant, élevé dans une famille musicienne et dont le père disparut pendant quinze ans, fit ses débuts dans l ombre des deux Georges (Moustaki et Brassens) et connut le triomphe d un premier album empli de tubes. Après les glorieuses années soixante-dix du succès populaire et de la vague hippie, ce chanteur-guitariste subit le désamour du public et une longue traversée du désert, qui prit fin le jour où il créa « Né quelque part », chanson incontournable devenue un hymne antiraciste.Si ce livre est le fruit d un premier travail entrepris par Maxime Le Forestier avec Sophie Delassein (et paru en 2005 sous forme d entretiens), il en est surtout une version remaniée et considérablement augmentée. En six ans, les échanges du chanteur et de la journaliste se sont enrichis (une tournée a eu lieu, de nouvelles chansons ont vu le jour, la célébrité de l artiste n a cessé de grandir et de s affirmer...) et Maxime Le Forestier a souhaité se livrer cette fois à un véritable récit, intime et poignant, de sa vie et de son parcours. Né quelque part, un ouvrage en partie inédit, permet au lecteur d entendre la voix de ce personnage discret, qui brille par sa variété et sa longévité musicale et suscite depuis toujours la curiosité, tant on en sait peu sur sa vie et ses opinions profondes.L année 2011 est d ailleurs importante pour Maxime Le Forestier: au mois de juin, il célébrera les quarante ans de son voyage jusqu à San Francisco et de son séjour dans la mythique « maison bleue ». À l occasion de cet anniversaire, un événement colossal est organisé. Il s agira de repeindre la maison en bleu, d y apposer une plaque commémorative, et de reprendre, avec de nombreux artistes, l intégralité du premier album éponyme.
Résumé : Depuis le début des années soixante, tous les chanteurs - et les groupes - français sont les enfants croisés de la chanson française et du rock, de Brassens et de Dylan, de Brel et des Beatles, de Ferré et de Hendrix. Qu'ils veuillent et le reconnaissent ou non. C'est cette dualité, cette double paternité écrasante, que le livre d'Yves Bigot analyse, explore, constate et commente, le plus souvent en compagnie des artistes concernés. De Gainsbourg (le premier des Modernes) et Nougaro (le dernier des Classiques) à Renaud et Goldman, si chers au c(h)oeur des Français, ce premier volume passe en revue les carrières et les contributions, les tourments parfois, de nos pionniers du rock (Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, Dick Rivers), nos amateurs de rhythm'n'blues (Nino Ferrer), nos beatniks (Hugues Aufray, Antoine, Le Forestier, Charlebois, Polnareff), nos dandys (Ronnie Bird, Christophe, Dutronc), nos égéries (Sylvie Vartan, Françoise Hardy), nos singers-songwriters à l'américaine (Yves Simon, Véronique Sanson), nos romantiques (Julien Clerc, William Sheller), nos rebelles (Higelin, Lavilliers), nos fans de pop (Laurent Voulzy, Il Etait Une Fois), nos irréductibles (Bashung, Murat, Manset), sans oublier Adamo et Souchon, et jusqu'aux Américains de Paris (Joe Dassin, Mort Shuman). Ce faisant, Je t'aime, moi non plus rappelle le dialogue parfois musclé, souvent antagoniste, mais la plupart du temps fraternel, entre l'auteur, journaliste à Libération, Rolling Stone, Europe 1, France-Inter, pour "Les Enfants du rock" et "Rapido", et ces artistes, dont il a produit certains à Fnac Music et Mercury, lorsque la question de savoir qui était rock et ne l'était pas était véritablement existentielle.
Résumé : Tous les chanteurs français, depuis cinquante ans, sont à la fois les enfants de la Grande Chanson française (Piaf, Brassens, Brel, Ferré, etc.) et ceux des Beatles et de Dylan, ces demi-dieux du rock, dont ils ont rêvé d'égaler la force, la séduction et l'influence planétaire. Yves Bigot chronique les conséquences pour eux de cette double paternité... souvent antinomique et analyse cette exception culturelle française, vu par et à travers Téléphone, Balavoine, Cabrel, Murat, Daho, Indochine, Noir Désir, Mylène Farmer, Manu Chao, Benjamin Biolay, Stromae... jusqu'à Christine and the Queens qui a vaincu, après Daft Punk, Air, Cassius, Phoenix et Justice, le signe indien qui empêchait jusque-là aux artistes français d'exister dans l'univers mondialisé anglo-saxon. "Yves Bigot est de loin le mieux placé pour analyser les amours complexes du rock et de la chanson française car le seul à avoir parcouru au fil des années toute la chaîne alimentaire de la musique en France - fan, disquaire, journaliste, homme de radio, de télé, auteur, producteur, patron de maisons de disques - et ce sans s'y être fait dévorer ni transformer en requin." Agnès Léglise, Rock & Folk "Bigot raconte l'histoire d'une exception culturelle face à la déferlante anglo-saxonne. Et à travers cinquante figures clés, il dessine le portrait du style français." François Armanet, L'Obs
Résumé : "Je sais que tu m'attendais... Mais tu n'auras que ma voix. Les images m'ont joué trop de mauvais tours. Pourquoi maintenant ? Parce que le pire, c'est d'être annexée par ceux-là mêmes qui m'ont persécutée. Et qui osent prétendre que mon martyre fut mon apothéose ! M'abandonner à mes vainqueurs, ce serait perpétuer mon bûcher. Vous n'allez pas me laisser à Le Pen ?" Sous la plume de Daniel Bensaïd, nous revient une figure familière, suspendue entre histoire et légende : Jeanne d'Arc. Du 8 mai, anniversaire de son triomphe, au 30 mai, anniversaire de son supplice, Jeanne s'en vient ainsi visiter notre époque incertaine où s'émoussent les convictions et renaissent les fanatismes. Vingt-trois nuits de dialogue complice et enchanteur, où s'entremêlent politique et philosophie, foi et hérésie, droit et force, guerre et paix. Vingt-trois, comme les heures d'une journée trop tôt interrompue d'une vie inachevée. Magnifique lieu et enjeu de mémoire, où s'éprouvent inlassablement les passions de l'épopée nationale, Jeanne séduit parce qu'elle incarne ce principe de résistance universelle qui anime la grande fraternité des vaincus. En des temps tortueux, elle est toute droiture. En des temps de bavardage médiatique, toute justesse de parole.