De l'affrontement à l'esquive. Violences, délinquances et usages de drogues
Lagrange Hugues
SYROS DECOUVERT
26,00 €
Impression à la demande
EAN :9782841469345
Avec le développement du chômage et de la pauvreté, la délinquance a trouvé en France, comme dans d'autres pays d'Europe, pendant le dernier quart de siècle, un aliment substantiel et pas seulement des motifs conjoncturels. Mais la forme de l'affrontement entre l'Etat, la police, et les jeunes est particulière à la France : les violences collectives singularisent, en effet, jusqu'à une date récente notre situation. Les explosions des années 1993-1998 sont l'effet d'un enfermement dans l'espace des cités d'une jeunesse qui se trouve au c'ur du processus de métissage culturel, mais se voit reléguée sur le plan social et politique. D'où l'intérêt majeur de ce livre qui met au jour cette tension et en analyse les conséquences. Hugues Lagrange, s'appuyant sur les résultats d'enquêtes menées dans plusieurs villes françaises (principalement Mantes, Les Mureaux, Amiens, mais aussi Nantes, Nîmes, Bordeaux), montre que les inconduites des jeunes échappent à une grille d'interprétation simple. Certaines peuvent être comprises comme l'expression d'une révolte devant les obstacles à l'accomplissement de soi, mais d'autres échappent à cette interprétation : les violences à caractère sexuel, les usages problématiques de drogues et les tentatives de suicide paraissent indiquer une direction opposée. A la rébellion des jeunes des cités ferait face un repli sur la sphère privée. En réalité, l'excitation et l'ennui, la frustration et le désir de reconnaissance sont des deux côtés. Nous sommes en présence d'un nouveau mixte de retrait et de conflictualité suscités par une société compétitive. Non seulement les deux attitudes ne s'excluent pas, mais elles se superposent et se nourrissent mutuellement. Hugues Lagrange, loin de minorer la part existentielle que ces phénomènes contiennent, suggère de donner toute son importance à l'exigence de reconnaissance et à ses contradictions. Une analyse précieuse pour les professionnels concernés (magistrats, policiers, éducateurs et acteurs des politiques de la ville).
Nombre de pages
300
Date de parution
04/10/2001
Poids
302g
Largeur
135mm
Plus d'informations
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EAN
9782841469345
Titre
De l'affrontement à l'esquive. Violences, délinquances et usages de drogues
Auteur
Lagrange Hugues
Editeur
SYROS DECOUVERT
Largeur
135
Poids
302
Date de parution
20011004
Nombre de pages
300,00 €
Disponibilité
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Cherchant le bonheur sous la bannière de la liberté, de la prospérité et de la justice, les Européens et les Américains se trouvent dans une impasse dont l'évolution des souffrances mentales et des troubles comportementaux du dernier demi-siècle témoignent de manière éloquente. Chez les laissés-pour-compte de la modernisation, les pathologies mentales ordinaires résultent moins des carcans sociaux que de l'extension d'une indépendance qui les a privés de cette seconde peau que constituaient les communautés primaires. Les libertés conquises dans la sphère privée se trouvent désormais en porte à faux avec la déresponsabilisation au travail. Le déclin de l'action collective et les bouleversements technologiques ont favorisé une internalisation du mal-être, des addictions et des troubles comportementaux. Parmi les plus aisés, nos sociétés où le rôle des performances cognitives s'est accru ont nourri des pathologies de la rivalité et beaucoup de frustration. L'accès aux meilleures places est en principe ouvert à tous et bien que l'inégalité des dotations cognitives ruine l'idée de mérite, nombreux sont ceux qui se sentent responsables de leur échec, et développent anxiété, dépressions et addictions. Les familles sont devenues les complices de cette compétition méritocratique par les appariements matrimoniaux sélectifs. Si nous n'y prenons garde, une biopolitique appuyée sur les héritages génétiques et épigénétiques risque de renforcer plus que jamais les inégalités sociales.
Du XVIe au XXe siècle, un processus de pacification des moeurs intervient dans la vie civile de la plupart des pays d'europe. Cette réduction des violences interpersonnelles s'opère parallèlement à ce que N. Elias a décrit comme une civilisation des moeurs. Favorisée par la diffusion des manières de cour, la civilisation des moeurs se caractérise par une répression de l'expression publique des émotions et des passions et le développement d'une sphère privée. Pour Elias, la réduction de la violence interpersonnelle est la conséquence d'un processus historique de maîtrise de l'affectivité. Le refoulement des pulsions est venu prendre le relais de la coercition externe, du XVIIe au XIXe siècle, la sanction du crime va perdre son caractère emblématique d'expiation sanguinaire pour s'inscrire dans le cadre d'une économie proportionnée.Au regard du recul historique des violences interpersonnelles dans les rapports civils ordinaires, l'augmentation des agressions et des crimes d'appropriation des trois dernières décennies est remarquable. Cette résurgence de la violence n'aurait pas une telle portée si le développement d'un sentiment d'insécurité - manifeste tant dans les choix politiques que dans les comportements d'ostracisme - et une profonde involution de la vie sociale n'étaient venues s'y associer. Suscité à la fin des années 1980 par la multiplication de la délinquance prédatrice, le sentiment d'insécurité est d'abord le fait des populations peu exposées puis, avec l'explosion des incivilités, il se déplace dans les centres urbains; il touche encore en priorité la fraction la plus âgée et la moins exposée de la population. Dans la phase actuelle, l'inquiétude gagne les gens plus jeunes habitant les zones où la violence interpersonnelle est forte, elle répond à la fois à une violence exogène et à une violence venue de soi-même ou de proches, en quelque sorte endogène.Peut-on évaluer la pacification des moeurs et son involution sans s'interroger sur les conditions qui ont permis l'une et l'autre? Peut-on éluder la question de savoir au prix de quoi la luttre contre les crimes et délits, dont l'augmentation ne paraît pas douteuse, doit être entreprise? A quelle aune apprécier les vicissitudes de la paix civile...
Hugues Lagrange, sociologue (CNRS, Sciences Po), a notamment publié La Civilité à l'épreuve: Crime et sentiment d'insécurité (PUE, 1995), Emeutes urbaines et protestations: Une singularité française, avec Marco Oberti (Presses de Sciences Po) et En terre étrangère: Vies d'immigrés du Sahel en Ile de France (Seuil, 2013).
La question des inégalités déborde largement le cadre national et même européen. Pour prendre la mesure des enjeux qui lient la cohésion sociale et les inégalités, il faut se situer dans le cadre des rapports entre les différents pays, entre pauvres et riches tels qu'ils se manifestent réellement : des formes extrêmes de rupture de la cohésion sociale face à un déclin de la croissance économique. Une croissance économique retrouvée est la clef d'une réduction de la pauvreté donc des inégalités et le ressort d'une cohésion sociale. Cet ouvrage est composé de deux parties : les inégalités perçues et réelles, l'évolution de la mobilité sociale et des solidarités familiales d'une part puis l'étude des ségrégations associées à ces inégalités et les comportements sociaux qui en découlent.