Du bleu profond au jaune éclatant, la nouvelle livraison de Sensibilités décline les pouvoirs de la fête. Rituels silencieux ou vacarmes intempestifs, déplacements de soi, tintamarre de foules subversives, introspections et métamorphoses en sont d'indispensables ingrédients, des confins d'une île irlandaise aux rives du Nil, des bacchanales antiques aux nuits dakaroises. La fête tisse des liens profonds avec le jeu, le rire, l'ivresse, les drogues, le chant ou la danse, lesquels favorisent l'effervescence collective et les communions émotionnelles. La fête rompt avec l'existence quotidienne et banale, affranchit les individus de la morale commune et des rôles sociaux traditionnels. Dans ce dérèglement des sens, où s'exprime un intense besoin d'échappée du temps routinier et profane, l'on cherche à vivre plus. Ouvrant sur la pure jouissance de l'instant et l'éternité de son souvenir, la fête est l'un des faits anthropologiques les plus profonds, un des lieux privilégiés où se fabrique du sacré, intime autant que collectif. Reste toutefois à décrire l'infinie variété de ses formes, intensités et significations, selon les latitudes et les époques. Ne serait-ce qu'à scruter l'histoire longue de l'Occident, pensons à ce qui s'est transmis, comme autant de filiations conscientes ou de survivances méconnues. Des bacchanales grecques aux saturnales romaines, des fêtes des fous aux charivaris, danses de Saint-Guy, tarentelle des Pouilles, fêtes galantes de la cour, et bals masqués plus tardifs... D'ailleurs, que reste-t-il du carnaval aujourd'hui ? Où sont passées les rave party ? Jusqu'où la police des moeurs et la rationalisation des comportements ont-elles eu raison des formes les plus paroxystiques et transgressives de la fête ? Dans ce 13e numéro, la revue Sensibilités voudrait explorer l'homo festivus sous toutes ses coutures, non sans rappeler, dans ce temps de crises incessantes et de désespérance, les vertus vivifiantes des communions festives.
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Nombre de pages
176
Date de parution
23/01/2025
Poids
472g
Largeur
212mm
Plus d'informations
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EAN
9782381911113
Titre
Sensibilités N° 13 : La fête, nuit et jour
Auteur
Kunth Anouche ; Deluermoz Quentin ; Mazurel Hervé
Editeur
ANAMOSA
Largeur
212
Poids
472
Date de parution
20250123
Nombre de pages
176,00 €
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L'histoire de l'exil des Arméniens du Caucase s'écrit à hauteur d'hommes et de femmes en fuite. De familles soudées face au danger, parfois séparées. Banquiers et industriels, artistes, professeurs d'université, hommes politiques et membres de professions libérales : tous, vers 1920, quittent leur Caucase natal dans un contexte de répression ciblée à l'encontre des opposants au bolchevisme. Les exilés arméniens sont issus des marges caucasiennes de l'Empire des Romanov et ils appartiennent, par leur rang social et leurs convictions politiques, à ces " gens du passé " que le nouveau régime de Moscou entend liquider. Hors-frontières, leurs trajectoires croisent celles des Arméniens chassés en masse de Turquie. D'une convulsion révolutionnaire à l'autre, ces anciens sujets d'empires connaissent bannissement et dispersion territoriale. Plusieurs dizaines de milliers d'entre eux trouvent refuge en France au début des années 1920. Les Arméniens du Caucase donneraient-ils à leur exil le sens d'une communauté de destin avec leurs " frères " de l'ancien Empire ottoman ? La réponse ne va pas de soi, tant, face à l'histoire, les différences internes au monde arménien sont profondes. Leur diaspora deviendrait le lieu d'une centralité nouvelle, fondée sur le brassage des individus et sur la construction d'expériences variées en un " grand récit " commun.
Résumé : Nom, prénom, date et lieu de naissance : trop peu de mots, sur ces certificats administratifs, pour écrire l'histoire de chaque personne épinglée à son état civil, enfoncée dans le sillon de ses empreintes digitales. A mieux les regarder cependant, ces documents d'identité portent les marques de bifurcations multiples, de ruptures radicales survenues dans les trajectoires d'Arméniens originaires de l'Empire ottoman et réfugiés en France au lendemain de la Première Guerre mondiale. La paix, en effet, n'a pas permis aux survivants du génocide (1915-1916) de retourner vivre en Turquie, à la suite des politiques d'exclusion mises en oeuvre par le régime kémaliste. L'étonnant, ici, n'est pas que l'exil soit affaire de routes, de maisons détruites ou spoliées, de naissances en chemin, de contrats de travail signés à distance, de débarquements à Marseille, de morts précoces et de nouveaux départs vers les Amériques. Mais que d'infimes traces de ces vies déplacées se soient déposées au détour de formalités ordinaires. Par petites touches, le passé étend ses ombres à travers les liasses. Le travail d'Anouche Kunth, d'une rare délicatesse, conjure la violence de l'effacement.
Résumé : Pour sa 8e livraison, Sensibilités interroge les relations que nos sociétés contemporaines entretiennent avec la mort. Qu'elle emporte un être cher ou tue aveuglément, la mort écartèle nos affects et consciences entre des réalités antagonistes que les articles envisagent, chaque fois, à travers des situations incarnées : peau tatouée, vêtement de deuil, minute de silence ou traversée attentive d'un cimetière de quartier, sont quelques-unes des explorations d'un lien aux morts trop souvent pensé, à la suite de Philippe Ariès, comme distancié, médicalisé sinon dématérialisé. Il sera notamment observé comment la chair des vivants souffre de ses morts et montre sa souffrance au regard social pour lui conférer un surcroît de sens. Comment elle se plie à des injonctions de deuil pour accompagner la mémoire des absents, autant que pour retenir en elle les corps disparus.
Proférés pour clore toute discussion, ces dix mots, "On ne peut pas accueillir toute la misère du monde" semblent constituer l'horizon indépassable de tout débat sur les migrations, tombant comme un couperet pour justifier le refus ou la restriction. Dans cet essai incisif, il s'agit de décrypter et déconstruire tous les poncifs qui s'y logent et de revaloriser l'hospitalité." On ne peut pas accueillir toute la misère du monde " : qui n'a jamais entendu cette phrase au statut presque proverbial, énoncée toujours pour justifier le repli, la restriction, la fin de non-recevoir et la répression ? Dix mots qui tombent comme un couperet, et qui sont devenus l'horizon indépassable de tout débat " raisonnable " sur les migrations.Comment y répondre ? C'est toute la question de cet essai incisif, qui propose une lecture critique, mot à mot, de cette sentence, afin de pointer et réfuter les sophismes et les contre-vérités qui la sous-tendent.Arguments, chiffres et références à l'appui, il s'agit en somme de déconstruire et de défaire une " xénophobie autorisée ", mais aussi de réaffirmer la nécessité de l'hospitalité.
Résumé : "On ne peut plus rien dire..." La complainte de celles et ceux qui dénoncent la "censure", à l'instar d'un Donald Trump, s'étire à longueur de plateaux télévisés. Toute contradiction est dénoncée comme une agression, la lutte contre le racisme est présentée comme une marque d'intolérance "woke". Par un incroyable retournement, tout effort de protéger le débat démocratique est aujourd'hui brocardé comme une atteinte à "liberté d'expression". Pourtant, la haine et le mensonge nuisent gravement à la délibération démocratique : les restrictions de l'expression publique, loin d'être en contradiction avec la liberté d'expression, lui sont consubstantielles. Le juriste Thomas Hochmann révèle la manière dont la réaction a accaparé la liberté d'expression pour mieux imposer ses manières de dire. Mais il montre également comment se réapproprier cette liberté fondamentale, après avoir rappelé et défendu, exemples à l'appui, les lois qui interdisent les discours de haine et les campagnes de désinformation. Leur mise en oeuvre constitue désormais une de nos dernières chances de repousser l'extrême droite.
Le Gall Laurent ; Lagadec Philippe ; Durand Sébast
Pour vous, qu'est-ce qu'un drapeau ? " : c'est la question au départ de ce livre. Des histoires du tricolore et des drapeaux, il y en a beaucoup. Des travaux qui portent sur le sens qu'on lui/leur donne, il n'y en a quasiment pas. Objet banal le drapeau ? Surface de projection(s) avant tout qui raconte nos attachements individuels au fait d'appartenir à une/des communauté(s). " Pour vous, qu'est-ce qu'un drapeau ? " : c'est la question au départ de ce livre. Le mot n'a rien d'anodin et charrie avec lui ceux d'Etat-nation, de stade, d'extrême droite... Par-delà la convocation d'un symbole de la République française, le drapeau fait en effet partie de nos vies. Reflet de nos socialisations et de nos attachements individuels, il raconte ce qui fait que nous nous sentons appartenir à une ou à plusieurs communautés (de la famille au club sportif en passant par la " nation "). Convoquant des références cinématographiques et littéraires, mais aussi des bribes puisées dans l'actualité (Ukraine, Palestine, Etats-Unis...), ce " plaidoyer " interdisciplinaire en faveur d'une meilleure compréhension des objets politiques est le fruit d'une longue enquête ethnographique menée à Brest (ce pourrait être partout en France) depuis 2015. Fourmillant et incarné par les paroles des témoins, cet essai enlevé, en une époque où le récit national est mis aux enchères de celui qui le " tricolorisera " toujours plus, est d'abord une occasion de s'interroger sur ce que sont la nation et la République dans un monde aux contours si instables.
Qu'ont à voir Marie Curie, un écolier qui s'ennuie sur son pupitre ou Saint-Jérôme ? Une tête posée dans la main, marquant la réflexion et qui peut sembler, plus ou moins, peser. C'est à ce motif iconique que s'intéresse ce livre, venant interroger quels sont les images et imaginaires qui entourent la pratique de la pensée. Qu'ont à voir Marie Curie, un écolier qui s'ennuie sur son pupitre ou Saint Jérôme méditant ? Une tête posée dans la main, signe évident d'une réflexion, d'une cogitation, ou d'une introspection qui peut sembler, plus ou moins, peser. C'est à ce motif iconique que s'intéresse ce livre joyeux et érudit, venant interroger les images et imaginaires qui entourent la pratique de la pensée. Etudier cette pose de la tête pensante sur le temps long relève autant d'une histoire des savoirs qui envisage de manière concrète la production des idées, d'une histoire des corps et d'une histoire des représentations. Depuis l'antiquité, cette mise en scène est devenue une manière, si ce n'est la manière, d'évoquer la réflexion, tout comme la nature du rapport, souvent douloureux et pesant, que nous entretenons avec la connaissance, sa production ou sa transmission. Rythmé par des images en série et organisé en chapitres thématiques, le livre tente de cerner l'émergence de cette pose, dessinant ses premiers contours au travers de la figure du philosophe antique, du poète ou des méditants de la religion chrétienne. S'ensuit une pérégrination historique et anthropologique qui nous fait passer des enfants aux femmes savantes, des érudits mélancoliques aux savants rêveurs, des génies aux scientifiques épuisés de la fin du XIXe siècle.