L'oeil immuable. Articles, conférences et essais sur l’art
Kokoschka Oskar ; Kempf Aglaja ; Quatresous Régis
ATELIER CONT
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EAN :9782850350283
De Kokoschka, on retient surtout en France les peintures viennoises des années 1910, celles qui le rattachent à la Sécession, à Klimt et à Schiele dans l?« apocalypse joyeuse » de l'empire austro-hongrois. C'est risquer d'ignorer que ce peintre bientôt exilé se sentit toute sa vie beaucoup plus proche de l'art grec et baroque, qu'il pensait sans frontière, que de tous les mouvements ponctuels et des étiquettes mortifères de la critique ; et que, loin de se contenter de capter dans des portraits d'aristocrates phtisiques une ambiance de fin de monde, il fut un inlassable objecteur de conscience, résolu à ouvrir les yeux de ses contemporains à la dimension proprement culturelle des catastrophes passées et à venir. Le présent recueil d'articles, de conférences et d'essais remédie à ce danger en donnant la parole à Kokoschka lui-même. Cet ensemble de textes choisis en 1975 par l'auteur comme les plus représentatifs de sa pensée et de son engagement en matière d'art, est inauguré par les quelques brefs mais denses essais d'esthétique de sa jeunesse, où il énonce la conviction qu'il ne fera au fond que déplier et réaffirmer par la suite : celle du primat en art de la « conscience » individuelle de l'artiste, chargé de garder les yeux ouverts, de transmettre sa vision singulière à autrui et ainsi de mettre en forme et d'humaniser le monde. Cette formule, où il décèle l'essence même de l'art et du concept d'humanité tel que la culture européenne l'a hérité des Grecs, il en relève ensuite l'illustration idéale chez les artistes qu'il admire ? Altdorfer, Rembrandt, Maulbertsch, Van Gogh, Munch? ? et la faillite complète chez ceux qu'il pourfend avec une férocité constante : les artistes abstraits à partir de Kandinsky, responsables selon lui du bannissement de la figure humaine et du monde hors de l'art, et donc complices d'un appauvrissement de notre expérience qui aurait concouru aux atrocités du XXe siècle. C'est que les prises de position de Kokoschka excèdent amplement la discussion esthétique. S'élargissant aux dimensions d'une critique culturelle, elles font retour sur des moments-clefs de l'histoire de l'Europe ? théâtre selon lui, depuis les guerres médiques, d'un affrontement permanent entre les penchants humains et barbares de l'homme ? pour détecter des tendances de fond et mieux agir sur le présent. Le peintre se distingua en effet par son action dans le domaine de la pédagogie, documentée dans la troisième partie par les textes issus de son expérience d?« École du regard » à Salzbourg de 1953 à 1964, dans laquelle il offrit à plusieurs centaines de jeunes gens de leur apprendre à « voir de leurs propres yeux ». La quatrième partie, enfin, retrace quelques étapes décisives de son propre parcours et réaffirme les principes qui guidèrent notamment son ?uvre de portraitiste, d'allégoriste, de dessinateur et même de scénographe. C'est dire que ce volume, révélant l'écrivain, inconnu en France, qui double le peintre Kokoschka, enrichit l'expérience d'une peinture novatrice qui sut réactualiser la tradition pour penser le présent, tout en méritant d'être rangé parmi les ouvrages remarquables de la Kulturkritik du XXe siècle.
Nombre de pages
454
Date de parution
16/04/2021
Poids
712g
Largeur
163mm
Plus d'informations
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EAN
9782850350283
Titre
L'oeil immuable. Articles, conférences et essais sur l’art
Auteur
Kokoschka Oskar ; Kempf Aglaja ; Quatresous Régis
Editeur
ATELIER CONT
Largeur
163
Poids
712
Date de parution
20210416
Nombre de pages
454,00 €
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Les cinq textes rassemblés dans ce recueil ont été écrits à diverses périodes de la vie de Kokoschka. Ils s'étendent des années agitées que le jeune peintre expressionniste passe à Berlin, à Vienne ou sur le front de l'Est pendant la Première Guerre mondiale, jusqu'aux épisodes de sa vie amoureuse et aventureuse à Chypre, en Afrique et ailleurs.
Figure de proue de l'expressionnisme, considéré comme l'un des artistes les plus originaux et les plus audacieux du XXe siècle, Oskar Kokoschka est surtout célèbre pour ses affiches et ses illustrations dont les traits outrés et fracturés recèlent, en les dramatisant, des visions oniriques. Mais son ?uvre dessinée est loin de s'y résumer. Grand voyageur de par le monde, amoureux des paysages et des visages, il a également réalisé au crayon de couleur des portraits bouleversants, des insectes merveilleux, des scènes bibliques et mythologiques délicatement esquissées et d'étonnants paysages aux perspectives inattendues. La présente monographie met pleinement en lumière cet aspect toujours méconnu de son ?uvre à travers plus de cent cinquante dessins présentés par Aglaja Kempf, conservatrice à la Fondation Oskar Kokoshka. Créée en 1988 au c'ur du Musée Jenisch à Vevey (Suisse) par la veuve de Kokoshka, Olda, la Fondation possède aujourd'hui la plus grande collection au monde des ?uvres de l'artiste. Oskar Kokoschka est né en 1886 à Pöchlarn, en Autriche-Hongrie, et mort en 1980 à Montreux. Après des cours à l'Université des arts appliqués de Vienne, où il est l'élève, entre autres, de Gustav Klimt, il devient professeur assistant à la School of Arts and Crafts de Vienne, d'où il est renvoyé en 1908 pour avoir montré, dans les expositions du modernisme organisées à la même époque, des ?uvres jugées scandaleuses. Jusqu'à la Première Guerre mondiale, il exécute les portraits des grands noms de la haute société viennoise, s'attachant à mettre la vérité au-dessus de la beauté, pour reprendre la célèbre formule de son ami Arnold Schönberg, et faisant fi de l'amour-propre de ses commanditaires. En 1937, il est déclaré «artiste dégénéré» par les nazis. Il s'exile à Prague où il réside jusqu'en 1938, puis à Londres. Il effectue de nombreux voyages en Grèce, en Italie, en Allemagne, en Tunisie, en Libye, en Turquie, au Maroc ou encore à New York et à Jérusalem, qui lui inspirent plusieurs séries de dessins. En 1953, il s'établit définitivement à Villeneuve, en Suisse, où il passera les vingt-sept dernières années de sa vie.
En traversant le xxe siècle et l'essentiel de ses drames (la Première Guerre mondiale au cours de laquelle il sera grièvement blessé, puis le régime national-socialiste qui rangera son oeuvre parmi l'art dégénéré), Oskar Kokoschka (1886-1980) pourrait passer sans doute, contre son gré, pour l'archétype de l'homme européen du siècle dernier. Après une naissance en Autriche-Hongrie, voilà bientôt une existence qui se déplace incessamment : Vienne, Dresde, Prague et Londres (à titre d'exil), et puis la Suisse enfin (sans oublier l'Afrique du Nord, le Proche-Orient et les États-Unis). On a retenu le plus souvent le peintre qu'il fut, élève de Gustav Klimt, pour perdre un peu de vue ses talents de graveur, de dessinateur, de décorateur (de théâtre notamment). Et plus encore son oeuvre d'écrivain et d'auteur dramatique, sans oublier non plus ses nombreux essais et articles, et l'autobiographie qu'il rédigera en 1971. Parmi ses oeuvres de fiction brille d'un feu tout particulier Les garçons rêveurs, un texte poétique à l'onirisme revendiqué, qui voit le jour en 1907, accompagné de huit lithographies originales réalisées alors par Oskar Kokoschka. À ce texte, il a semblé judicieux d'adjoindre une courte nouvelle intitulée : Le blanc-tueur, jusqu'à ce jour inédite en français, et qui doit être regardée, car déclarée comme telle par son auteur, comme la suite de ces garçons rêveurs. Ces deux textes auront au moins déjà pour grand mérite de nous faire découvrir un Oskar Kokoschka faisant part de son goût pour la plus grande des libertés. Un créateur exceptionnel, pluriel, bien trop souvent et facilement catalogué chez les expressionnistes, alors qu'il n'aura pas manqué lui-même de déclarer : «Je n'ai pris part à aucun mouvement. Je suis expressionniste parce que je ne sais pas faire autre chose qu'exprimer la vie.»
des Forêts Guillaume ; Rabaté Dominique ; Bettenco
Prolongeant la publication en 2015 des oeuvres complètes de Louis-René des Forêts en "? Quarto ? ", ce livre collectif présente pour la première fois de manière exhaustive tout l'oeuvre peint et dessiné de l'écrivain. On connaissait déjà par des expositions dans les années 70 et par des publications en revue (notamment le "? Cahier du Temps qu'il fait ? " en 1991, certaines reproductions dans le "? Quarto ? ") l'activité picturale de Louis-René des Forêts, à laquelle il s'est consacré durant plusieurs années alors qu'il avait cessé d'écrire. Mais on en avait jamais eu que des vues partielles, plus ou moins bien reproduites. C'est donc un manque que vient combler cette publication collective, en permettant de reproduire en grand format les soixante et une peintures de l'auteur et la totalité de ses dessins. L'ouvrage sert donc de catalogue raisonné de toute cette oeuvre secrète pour la donner à voir de la façon la plus exacte et la plus agréable, de la découvrir enfin dans l'ampleur et l'originalité de ses compositions, dans la variété de ses réalisations plastiques. Reprenant son titre à celui d'un des tableaux de des Forêts, cet ouvrage propose aussi une véritable enquête biographique et critique de la constitution de l'oeuvre picturale, en reprenant patiemment la chronologie des dessins et des tableaux, pour établir précisément l'archéologie ancienne d'une activité qui remonte aux années de collège entre 1930 et 1932. On trouvera ainsi l'ensemble des dessins que le jeune des Forêts fait sous nom d'emprunt de ses camarades et de ses maîtres, et où il jette les bases de l'univers adolescent qui irrigue son oeuvre jusqu'à Ostinato. On découvrira aussi une série de dessins de facture plus réaliste, des choses vues prises plus ou moins sur le vif, comme lors d'un voyage en Angleterre en 1970. Il faut donc souligner que l'ouvrage donne accès pour la première fois à une part véritablement cachée de l'oeuvre, qui est ainsi mise en rapport avec les tableaux, eux aussi donnés à voir pour la première fois de façon exhaustive, et dans un format qui leur rend mieux justice. Cessant d'écrire entre 1968 et 1974, Louis-René des Forêts trouve dans la liberté du dessin et dans l'aventure de la gouache une autre manière de s'exprimer, sans doute plus proche d'un monde onirique auquel il donne libre cours, dans des compositions souvent baroques qui jouent des effets de redoublement et de miroir. Quand il entreprend à partir de 1975 "? Légendes ? " qui deviendra Ostinato, il pose définitivement crayons et pinceaux. Mais le détour par la peinture, par les visions qui s'imposent à lui pendant ces années, a nourri le retour à une écriture poétique et obliquement autobiographique. Pour accompagner ce voyage dans les tableaux et les dessins, l'ouvrage propose aussi plusieurs pistes de réflexion sur les liens entre écriture et dessin. L'introduction de Dominique Rabaté revient sur la puissance onirique des tableaux. Bernard Vouilloux établit avec soin la chronologie des dessins en commentant précisément leur évolution. Pierre Vilar déplie les trois temporalités qui fabriquent le pouvoir d'étrangement de visions qui consonnent avec celles de Klossovski ou de Bettencourt (dont les textes sont ici repris en fin de volume). Nicolas Pesquès suggère deux récits critiques qui rendent compte du hiatus et des liens entre littérature et peinture chez des Forêts.
Sans qu'on y prête attention la notion de chef-d'oeuvre est sortie du vocabulaire de l'art contemporain. On ne parle plus de chef-d'oeuvre que pour l'art du passé, et encore. Pris séparément, les mots qui composent l'expression sont eux-mêmes démodés. A l'heure du management libéral, "Chef" et "oeuvre" sonnent trop "vieux monde" , on ne trouve plus de chefs que dans quelques niches : les gares, les cuisines, les orchestres symphoniques... ! Les artistes pensent davantage leur production comme un continuum au sein duquel les pièces découlent les unes des autres et pour lequel c'est la cohérence de l'ensemble qui fait sens. A l'heure des réseaux sociaux et de l'interactivité sans fin, il y a dans "chef" et dans "oeuvre" quelque chose de bourgeois et de vaniteux qui date. Les historiens eux-mêmes n'utilisent plus guère le mot, même pour les oeuvres anciennes préférant laisser cette forme superlative à la littérature touristique et à l'emphase des marchands. On peut donc se demander de quoi cette disparition est-elle le symptôme, par quoi elle a été comblée et ce qu'est devenu ce mot maintenant qu'il ne joue plus son rôle de référence absolue, s'il a rejoint les poubelles de l'Histoire ou s'il se tient tapi dans des limbes d'où l'on peut s'attendre de le voir surgir à un moment ou à un autre. Le livre se propose de voir ce qu'il en est du chef-d'oeuvre aujourd'hui et si sa disparition est un symptôme permettant de comprendre notre contemporanéité. Deux textes pour deux approches différentes, celle d'un artiste et celle d'un critique. Deux approches qui se reflètent, se complètent, se contredisent... pour que chacun puisse faire le procès critique de cette notion.