Les gravures d'Albrecht Dürer (1471-1528) font sans aucun doute partie des ?uvres les plus célèbres, les plus influentes et les plus commentées de l'histoire de l'art ? on se souviendra par exemple de l'important essai de Panofsky consacré l'artiste germanique. Cette diffusion a produit de multiples exégèses (parfois contradictoires), qui posent nécessairement la question de la façon d'aborder une telle ?uvre aujourd'hui, dans laquelle la virtuosité va de pair avec une complexité, voire une ambiguïté, qui désarçonne les nombreuses tentatives d'interprétation iconologiques. L'ouvrage de Patrick Genevaz est une forme de réponse évidente : pour approcher le travail de Dürer, il faut le regarder attentivement. « Ce dédale des interprétations nous amène à revenir sur les images elles-mêmes, tout comme on revient sur un poème que l'on croit retenir, ou une partition à relire avant de jouer. » Loin de toute tentative d'extrapolation des symboles, l'ouvrage constitue en premier lieu une méthode rigoureuse d'analyse descriptive. Sept gravures y sont méticuleusement détaillées, laissant le regard se porter sur leurs différentes parties, pour en apprécier, d'abord, la richesse objective de la constitution. Ce qui fait sens alors est la trajectoire de ce regard qui suit les lignes de force de la composition et en mesure l'impact avec une grande finesse, traduite enfin par l'écriture. Une sorte de translation s'opère depuis l'image infiniment riche jusqu'à la description minutieuse qui en assume l'explication, au sens étymologique où l'on en déplie, fragment après fragment, les différentes zones, pour aboutir non pas à une juxtaposition superficielle mais, au contraire, à un sens plus profond, que la lecture restitue dans toute sa force. Chaque constituant devient ainsi l'objet d'un itinéraire du regard qui rejoint la qualité de ce qu'il voit ? nuances de lumière, précision du trait, organisation des éléments ? pour en souligner les jeux de contraste, les ambivalences, les choix, insérant chaque ?uvre dans un réseau extrêmement sophistiqué que l??il, avec la plume, désenchevêtre, pour révéler en fin de compte un monde essentiellement enchanté. L'ouvrage de Patrick Genevaz se démarque par sa méthode : une approche originale et objective du travail d'Albrecht Dürer, aux ressources inattendues, qui déjoue les tentatives interprétatives dans lesquelles s'est engouffrée toute une tradition de la critique d'art. Le résultat n'en est que plus étonnant et permet, au-delà des difficultés réelles qu'imposent les images de l'illustre graveur, de retrouver une acuité nouvelle, débarrassée de tout bavardage, au plus près des faits (techniques, esthétiques, iconographique) et de la beauté particulière dégagée par cette lecture « dépouillée » de l??uvre ? démarche d'autant plus efficace qu'elle répond, en les assimilant et les soulignant, aux libertés prises par l'artiste vis-à-vis des référents qu'il illustre. Ce sont donc sept estampes sur cuivre qui sont soumis à cette approche descriptive, dans laquelle un monde d'animaux familiers et attentifs, d'arbres bruissant, de monstres et de déesses, de chevaliers et d'érudits, se déploient dans une atmosphère enchantée et mystérieuse, manifestant un ordre qui s'impose à nous, et que les textes de Patrick Genevaz restituent dans sa vérité. Nous découvrons ainsi ? et redécouvrons à la lumière de ce regard scrupuleux ? des travaux célèbres : Adam et Ève, Le Monstre marin, Saint Eustache, Némésis (La Grande Fortune), Le Chevalier, le Diable et la Mort, Saint Jérôme dans sa cellule et bien entendu, Mélancolie (Melencolia I). Chaque étude est précédée d'un court descriptif iconographique et historiographique. Une reproduction de grande qualité accompagnera également chaque chapitre, qui seront ponctués, en cours de texte, de multiples vues de détails permettant de suivre, dans un dispositif original, le chemin emprunté par ce regard méticuleux auquel l'auteur nous convie avec profit.
Cet ouvrage est la traduction d'une sélection d'articles du critique et historien d'art étatsunien Robert Storr, acteur essentiel de la scène contemporaine depuis les années 1970. La traduction de Robert Storr s'impose d'abord en raison du rôle central qui a été le sien dans la réception d'une scène artistique américaine parvenue à maturité, émancipée de la tutelle européenne et capable d'articuler une tradition d'avant-garde suffisamment riche et continue pour susciter ses propres retours critiques. Storr se fait ainsi le chroniqueur attentif des séquelles du formalisme greenbergien, des surgeons de l'art conceptuel et minimal et de l'émergence du postmodernisme, qu'il observe avec une conscience aiguë des enjeux soulevés par les avant-gardes du début du xxe siècle. C'est précisément en dialogue avec les attitudes esthétiques propres aux avant-gardes et à la postmodernité que, bousculant les hiérarchies, il s'intéresse avec une inlassable curiosité aux pratiques les plus traditionnelles et à la culture populaire - avec une longue prédilection pour les formes du grotesque. De cette ouverture témoigne également son attention à la circulation de la production contemporaine entre Europe et Amérique du Nord. Observateur avisé des débats politiques et sociaux qui nourrissent la création artistique, il développe enfin un discours critique, sensible à l'expression des minorités, qui anticipe l'ambition des studies sans jamais renoncer à l'exigence conceptuelle ni céder aux modes intellectuelles. La production critique de Robert Storr s'illustre également par sa qualité littéraire et intellectuelle, nourrie d'une connaissance approfondie de la théorie et de l'histoire de l'art mais aussi de l'expérience du travail en atelier et du processus de production. La situation de chaque artiste dans l'histoire, il ne l'appréhende pas seulement en fonction du développement logique de chaque discipline à l'intérieur du vaste processus de la modernité - comme le formalisme américain s'y est longtemps astreint -, mais aussi des nécessités propres à l'artiste, de sa biographie et de son environnement matériel dans un contexte social donné.
des Forêts Guillaume ; Rabaté Dominique ; Bettenco
Prolongeant la publication en 2015 des oeuvres complètes de Louis-René des Forêts en "? Quarto ? ", ce livre collectif présente pour la première fois de manière exhaustive tout l'oeuvre peint et dessiné de l'écrivain. On connaissait déjà par des expositions dans les années 70 et par des publications en revue (notamment le "? Cahier du Temps qu'il fait ? " en 1991, certaines reproductions dans le "? Quarto ? ") l'activité picturale de Louis-René des Forêts, à laquelle il s'est consacré durant plusieurs années alors qu'il avait cessé d'écrire. Mais on en avait jamais eu que des vues partielles, plus ou moins bien reproduites. C'est donc un manque que vient combler cette publication collective, en permettant de reproduire en grand format les soixante et une peintures de l'auteur et la totalité de ses dessins. L'ouvrage sert donc de catalogue raisonné de toute cette oeuvre secrète pour la donner à voir de la façon la plus exacte et la plus agréable, de la découvrir enfin dans l'ampleur et l'originalité de ses compositions, dans la variété de ses réalisations plastiques. Reprenant son titre à celui d'un des tableaux de des Forêts, cet ouvrage propose aussi une véritable enquête biographique et critique de la constitution de l'oeuvre picturale, en reprenant patiemment la chronologie des dessins et des tableaux, pour établir précisément l'archéologie ancienne d'une activité qui remonte aux années de collège entre 1930 et 1932. On trouvera ainsi l'ensemble des dessins que le jeune des Forêts fait sous nom d'emprunt de ses camarades et de ses maîtres, et où il jette les bases de l'univers adolescent qui irrigue son oeuvre jusqu'à Ostinato. On découvrira aussi une série de dessins de facture plus réaliste, des choses vues prises plus ou moins sur le vif, comme lors d'un voyage en Angleterre en 1970. Il faut donc souligner que l'ouvrage donne accès pour la première fois à une part véritablement cachée de l'oeuvre, qui est ainsi mise en rapport avec les tableaux, eux aussi donnés à voir pour la première fois de façon exhaustive, et dans un format qui leur rend mieux justice. Cessant d'écrire entre 1968 et 1974, Louis-René des Forêts trouve dans la liberté du dessin et dans l'aventure de la gouache une autre manière de s'exprimer, sans doute plus proche d'un monde onirique auquel il donne libre cours, dans des compositions souvent baroques qui jouent des effets de redoublement et de miroir. Quand il entreprend à partir de 1975 "? Légendes ? " qui deviendra Ostinato, il pose définitivement crayons et pinceaux. Mais le détour par la peinture, par les visions qui s'imposent à lui pendant ces années, a nourri le retour à une écriture poétique et obliquement autobiographique. Pour accompagner ce voyage dans les tableaux et les dessins, l'ouvrage propose aussi plusieurs pistes de réflexion sur les liens entre écriture et dessin. L'introduction de Dominique Rabaté revient sur la puissance onirique des tableaux. Bernard Vouilloux établit avec soin la chronologie des dessins en commentant précisément leur évolution. Pierre Vilar déplie les trois temporalités qui fabriquent le pouvoir d'étrangement de visions qui consonnent avec celles de Klossovski ou de Bettencourt (dont les textes sont ici repris en fin de volume). Nicolas Pesquès suggère deux récits critiques qui rendent compte du hiatus et des liens entre littérature et peinture chez des Forêts.
Sans qu'on y prête attention la notion de chef-d'oeuvre est sortie du vocabulaire de l'art contemporain. On ne parle plus de chef-d'oeuvre que pour l'art du passé, et encore. Pris séparément, les mots qui composent l'expression sont eux-mêmes démodés. A l'heure du management libéral, "Chef" et "oeuvre" sonnent trop "vieux monde" , on ne trouve plus de chefs que dans quelques niches : les gares, les cuisines, les orchestres symphoniques... ! Les artistes pensent davantage leur production comme un continuum au sein duquel les pièces découlent les unes des autres et pour lequel c'est la cohérence de l'ensemble qui fait sens. A l'heure des réseaux sociaux et de l'interactivité sans fin, il y a dans "chef" et dans "oeuvre" quelque chose de bourgeois et de vaniteux qui date. Les historiens eux-mêmes n'utilisent plus guère le mot, même pour les oeuvres anciennes préférant laisser cette forme superlative à la littérature touristique et à l'emphase des marchands. On peut donc se demander de quoi cette disparition est-elle le symptôme, par quoi elle a été comblée et ce qu'est devenu ce mot maintenant qu'il ne joue plus son rôle de référence absolue, s'il a rejoint les poubelles de l'Histoire ou s'il se tient tapi dans des limbes d'où l'on peut s'attendre de le voir surgir à un moment ou à un autre. Le livre se propose de voir ce qu'il en est du chef-d'oeuvre aujourd'hui et si sa disparition est un symptôme permettant de comprendre notre contemporanéité. Deux textes pour deux approches différentes, celle d'un artiste et celle d'un critique. Deux approches qui se reflètent, se complètent, se contredisent... pour que chacun puisse faire le procès critique de cette notion.
Aucun poète, aucun écrivain ni aucun philosophe de la tradition française et européenne ? pas même Diderot, pas même Stendhal, pas même Baudelaire, Proust ou Rilke ? n'a jamais comme Bonnefoy misé sur l'élucidation de l??uvre des peintres, des architectes, des sculpteurs et des photographes pour orienter sa réflexion ; ni consacré d'aussi nombreuses pages, aussi sérieusement et patiemment averties que les siennes, à ces arts visuels. Or ces essais critiques sur l'art ? le massif le plus considérable de son ?uvre ? restait jusqu'à ce jour très peu étudié, relativement méconnu par la plupart des historiens. Loin de s'en tenir à l'entreprise inédite de présentation, d'explication et de compréhension des écrits sur l'art du poète (ses monographies, ses articles parus dans des revues savantes sur l'art, ses traités d'histoire des formes, ses catalogues d'expositions, son enseignement et son activité éditoriale, etc.) le présent ouvrage se propose une seconde tâche, plus radicale, qui ourdit l'ensemble de son propos : celle de refonder l'histoire de l'art dans son rapport à l'histoire du nihilisme. Le geste original de Bonnefoy consiste à appréhender les ?uvres du passé et du présent non pas sous le régime objectivant et distancié d'une histoire des styles ou des courants esthétiques successifs, mais en élaborant une herméneutique existentielle des trajectoires artistiques qui met à chaque instant la démarche historique à l'épreuve de la singularité. Car seules des singularités, des artistes bien réels et non des objets culturels, seront susceptibles de défaire la totalité hégémonique du monde-image. D'où suit que l'enjeu ultime de l'explicitation de l??uvre critique de Bonnefoy est la possible reconfiguration de la discipline constituée de l'histoire de l'art par une pensée du poétique comprise comme résistance spirituelle à l'expérience dévastatrice du néant.
Résumé : Léonard de Vinci fut un peintre de génie, un dessinateur et un inventeur d'exception qui mit au point des machines volantes ainsi que des engins de guerre et de divertissement en avance sur leur temps. L'observation de la nature, des plantes comme de l'eau, des corps et des visages humains, doublée d'une curiosité infinie, en font l'idéal parfait de la Renaissance, en même temps qu'un artiste d'une modernité insoupçonnée. C'est la dimension visionnaire des inventions et de l'art de Vinci que cet ouvrage superbement illustré met en avant. Il approfondit, grâce aux nombreux dessins de l'artiste tirés des codex et des carnets, la méthode de cet ingénieur dont l'ambition fut de déchiffrer les rythmes et les lois de l'ébranlement du monde. Ses formidables intuitions bouleversèrent l'histoire de l'art ; ses rêves, sa personnalité et son itinéraire à travers l'Italie et la France fascinent encore... Avec plus de 300 illustrations et des fac-similés parmi lesquels : la lettre de Léonard de Vinci à Ludovic le More à Milan, des esquisses et dessins techniques tirés des codex, des études astronomiques, le plan de la ville d'Imola, etc.
Ces portraits de Rembrandt par lui-même sont un récit intense de ce qu'est la création. Des premiers peints en 1625 - l'artiste a lors dix-neuf ans - aux derniers réalisés l'année de sa mort en 1669, c'est l'essentiel de sa vie qui est livré ici, mis en évidence, puisque sa vie n'est que peinture. Ces portraits révèlent comment Rembrandt invente Rembrandt, comment le jeune peintre de talent, reconnu et adulé qu'il est, devient au fil du temps un génie solitaire et ruiné. Rembrandt va de la gloire à la solitude par la faillite. En effet, son ambition n'a que faire de reconnaissance et d'éloges ; ils ne le comblent pas, comme ils ne satisfont pas son exigence artistique. Alors finalement, quoi de plus facile que de se peindre soi-même, sans se préoccuper de ressemblance, n'ayant à rendre de comptes qu'à soi, sans dépendre de clients, de mécènes. Rembrandt ne cesse de peindre. De peinture en peinture ces portraits témoignent de l'évolution de sa technique, mais aussi de l'image d'un homme dans la force de l'âge, puis vieillissant, face à Dieu, comme un défi qu'il aurait lancé à la mort. Pendant plus de quarante ans de création, Rembrandt, par ses autoportraits, tient tête au terrible partenaire qu'est le temps. A travers cet ouvrage nous en sommes les témoins émus.
Marani Pietro C. ; Saint Bris François ; Jatta Bar
La tapisserie, copie de la Cène de Léonard de Vinci, a été commandée par Louise de Savoie et de François Ie, roi de France. Oeuvre monumentale de 5,13 par 9,10 mètres, conservée aux Musées du Vatican, elle fut probablement tissée en Flandres après 1516. Présentée pour la première fois en France, au château du Clos Lucé pour le 500e anniversaire de la mort de Léonard de Vinci, cette tapisserie représente l'une des premières copies du chef-d'oeuvre destinée à la Cour française et témoigne de l'admiration des rois de France pour l'artiste. Sous la direction de Pietro C. Marani, ces ouvrage présente des écrits inédits des spécialistes de l'art de Léonard de Vinci, ainsi qu'un dossier scientifique sur la restauration dont cette tapisserie a fait l'objet.
Pourquoi Greco est Greco Pourrions-nous dire en quelques mots pourquoi ce peintre est unique ? Pourquoi après lui, rien n'a plus jamais été pareil ? Ce qui fait que Greco est Greco ? Le savons-nous vraiment ? Pourtant, son nom nous est familier. Nous avons déjà vu ses tableaux qui ne ressemblent à aucun autre. Ils nous plaisent, nous déconcertent ou nous attirent, nous repoussent. Parfois même, tout cela en même temps... Sans emphase ni détours, évitant les discours académiques et les clichés, ce petit livre vous mène droit au but pour dégager l'essentiel des idées qui animent l'oeuvre de l'artiste. Après Entrer dans un tableau, qui explore la dynamique des images en faisant suite au classique Comment regarder un tableau, Françoise Barbe-Gall nous propose un autre éclairage sur la peinture, avec ce nouveau « livre-outil » accessible à tous, initiés ou non.