Comment penser la production toujours plus excessive des restes de nos sociétés ? Comment repérer des espaces de créativité et d'innovation dans ce qui apparaît comme une des faces les plus refoulées de notre modernité ? Ce numéro exceptionnel de Techniques&Culture livre un panorama international et varié des recherches sur les restes : de la géographie de la couronne de satellites poubelles autour de notre planète à une ethnographie du 7e continent de plastiques, en passant par une anthropologie des déchets ménagers ou "anatomiques" ou encore par l'exposé de différentes innovations sociales et techniques répondant aux excès des sociétés modernes. Il permet au lecteur de fonder une pensée, ou plus simplement, de s'orienter face aux discours alarmistes ou aux utopies technicistes. Dans cette nouvelle formule de la revue, les écrits des sciences humaines se déclinent sous différentes formes d'écritures, brèves et illustrées dans cette version imprimée, ou plus étendues et réticulées dans la version en ligne. Aux curieux et récupérateurs en tout genre : bonne exploration !
Nombre de pages
504
Date de parution
14/11/2016
Poids
1 506g
Largeur
160mm
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EAN
9782713225291
Titre
Techniques & culture N° 65-66, 2016 : Réparer le monde. Excès, reste et innovation
D'Onofrio Salvatore ; Joulian Frédéric ; Cobbi Jan
Nous vivons dans une époque de mutation anthropologique provoquée, dans une large mesure, par la séparation entre les hommes et leurs outils. Cette véritable " catastrophe anthropologique ", dont nous sommes tous en même temps responsables et victimes, s'accompagne de la désintégration qu'ont produite dans les sciences sociales les notions réductrices d'Homo oeconomicus, d'Homo religiosus, ludens, ou videns. Cette désintégration est illustrée aussi bien par la création de clones que de nouveaux individus capables de tout consommer, depuis les produits transgéniques jusqu'à la viande d'animaux que nous avons transformés en " cannibales ". Etudier le savoir-faire dans les sociétés traditionnelles peut donc devenir une vraie ressource, puisqu'on fait alors appel à des modèles qui peuvent montrer à plusieurs niveaux la relativité des idéologies dominantes. Ce programme apparaît d'autant plus intéressant que nous vivons dans une civilisation capable de constituer des archives très sophistiquées de la mémoire sociale, alors même qu'elle est en train de vider l'humanité des appareils symboliques et conceptuels élaborés tout au long de son histoire. Dans diverses sociétés, les savoir-faire s'expriment par des concepts et des mots dont la valeur sémantique dépasse souvent le cadre des gestes techniques, tâches ou contextes d'utilisation. Et quoique dans certaines cultures le savoir-faire puisse être très développé sans avoir pour autant d'expression linguistique, il existe néanmoins, couramment, une relation étroite entre l'investissement corporel et les catégories stylistiques auxquelles appartiennent les objets. Les articles qui composent ce numéro explorent ces questions dans des sociétés fort éloignées dans le temps et dans l'espace et relancent le débat autour des pratiques techniques et de leurs modes de transmission.
Galliot Sébastien ; Joulian Frédéric ; Lemonnier P
Les rituels ont ceci de commun avec les techniques que si l'on sait les repérer ? les funérailles d'Elizabeth II ou monter une étagère ? il arrive que l'on ne sache pas dans quelle sphère de production culturelle les ranger. Parfois le mélange des registres est évident : souffler des bougies sert à faire des v?ux et à éteindre des bougies. Mais moucher une chandelle n'a souvent rien de cérémoniel et le « bon anniversaire » entendu au saut du lit, hormis la production de son qu'il implique, n'est pas une technique. Alors, qu'est-ce qui caractérise les combinaisons de gestes, d'objets, d'attitudes corporelles et de parole propres à divers rituels ? En quoi l?« acte traditionnel efficace » des techniques est-il ou non indispensable à l'obtention des effets que les auteurs de si divers rituels leur assignent ...
Pour sauver son père, Gao doit traverser le désert mouvant, composer avec les vents disloquants, voguer sur la Mer-qui-n'existe pas et survivre à l'orageuse Dame-chasseresse. Mais, plus difficile encore, Gao doit affronter le silence de ce deuil qui le vide de sens et de sang : apprendre à exprimer la tempête de ses émotions pour ne pas s'y noyer...
Crise urbaine, bidonville, crise de l'eau potable, crise migratoire... Mayotte, c'est un condensé des injustices actuelles. En se questionnant sur les constructions bambou, la dessinatrice Aurélia Aurita, l'ethnologue Frédéric Joulian et l'architecte Matthias Cambreling signent une fable documentaire pour éclairer le monde.
Marseille est un laboratoire privilégié. La crise actuelle de son modèle de développement économique est aussi celle de son territoire. Aussi la mise en cause de ses équilibres spatiaux appelait-elle tant une lecture historique de la genèse des structures urbaines qu'une lecture géographique des distributions sociales et spatiales d'aujourd'hui. C'est à cette double démarche que répond ce livre. D'une part, en analysant les dimensions synchroniques des activités économiques et démographiques inscrites dans une morphologie urbaine socialement structurée. D'autre part, en construisant le modèle génétique de l'articulation entre division sociale et trame matérielle de la ville : un modèle " libéral ", fruit de stratégies et de conduites, tôt établi au XIXe siècle, porteur d'effets de longue durée, et qu'échoue à altérer une haussmannisation manquée. L'interaction entre modes d'agir et formes urbaines, entre continuités et discontinuités temporelles, a fait de Marseille un cas d'école : division sociale, morphologie, croissance y sont étroitement liées, dans l'espace comme dans l'histoire. La ville se lit dans les principes tant de sa construction sociale que de sa division sociale. La première est le produit d'une création urbaine portée par des groupes, propriétaires, négociants, entrepreneurs immobiliers, animés par des projets mais aussi soumis à des contraintes, des compromis et des ratages. La seconde dessine des oppositions, entre équerre des beaux quartiers, de Longchamp au Prado, et faubourgs industriels, ville et port, nord et sud, avec la Canebière comme frontière, oppositions qui sont autant de composantes historiquement situées d'une structuration sociale du territoire, Dans un double refus du postulat écologique, pour qui la conduite des hommes est subordonnée à l'influence du milieu, et du postulat sociologiste, pour qui la société se projette simplement et immédiatement sur un sol quasiment vierge, l'ouvrage de Marcel Roncayolo est ainsi exemplaire pour les trois modèles qu'il propose, de genèse historique de la ville contemporaine, d'interprétation des relations entre territoire et société, et de mobilisation croisée des démarches de la géographie et de l'histoire.