Critique N° 699-700, Août-septembre 2005 : Le théâtre sans l'illusion
Jobez Romain ; Frantz Pierre ; Consolini Marco ; C
MINUIT
14,50 €
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EAN :9782707319142
Il n'est guère de discours sur le théâtre, aujourd'hui, qui n'en déplore la crise. Ce mot commode recouvre des constats disparates : depuis la désaffection du public jusqu'à l'incertitude des gens de théâtre sur l'avenir de leur art. Et chacun d'incriminer pêle-mêle la panne d'inspiration des auteurs dramatiques, la concurrence spectaculaire des images technologiques ou le prix élevé des fauteuils d'orchestre... C'est oublier que le théâtre vit de ses propres crises. Quand sa forme semble se perdre, c'est que, comme Protée, il est en train d'en changer. Théâtre d'acteurs, théâtre de textes, de metteurs en scène, de dramaturges autant d'avatars aux XXe et XXIe siècles de son génie polymorphe. Nous assistons à une nouvelle mue, plus importante que toutes celles-là, puisqu'elle porte sur l'illusion théâtrale elle-même. Le théâtre contemporain substitue le " décadrement " à la représentation, le jeu de la figuration aux prestiges de l'illusion ; et il invente un nouveau rapport avec le public, qu'il émancipe en le dé-fascinant. Ce numéro tente d'analyser ce grand mouvement. Il suit les lignes de fracture qui traversent le monde du théâtre. Il explore ses zones de conflits. Il examine la façon dont sont reposées les questions de la mise en scène, de la dramaturgie, de la traduction. Il a en somme pour ambition de figurer ce champ de forces, cet agôn, sans lequel le théâtre n'existe pas ; et de montrer en quoi le théâtre ainsi redéfini reste, dans la cité, une présence nécessaire.
Nombre de pages
725
Date de parution
09/09/2005
Poids
180g
Largeur
134mm
Plus d'informations
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EAN
9782707319142
Titre
Critique N° 699-700, Août-septembre 2005 : Le théâtre sans l'illusion
Auteur
Jobez Romain ; Frantz Pierre ; Consolini Marco ; C
Editeur
MINUIT
Largeur
134
Poids
180
Date de parution
20050909
Nombre de pages
725,00 €
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L'origine du drame baroque allemand de Walter Benjamin est le point de départ de ce travail sur les rapports entre droit et littérature. Au moment où l'absolutisme devient la doctrine politique dominante en Europe, les tragédies baroques montrent des régicides sanglants. Ainsi, elles traitent des apories de la souveraineté, lesquelles continuent aujourd'hui à faire débat. Cette étude s'intéresse donc à la représentation allégorique du souverain sur la scène européenne de la première modernité.
Au siècle des Lumières, à Mignovillard (Haut-Jura), naît Jean-François-Xavier Girod. Issu de l'élite rurale, ce fils de médecin devient docteur en médecine à vingt-trois ans. Son projet : s'installer dans son village et exercer son art au plus proche des habitants. Mais il en va tout autrement. Il devient médecin-chef des épidémies de Franche-Comté, reçoit dix ans plus tard un brevet royal d'Inspecteur des épidémies et, grâce à ses recherches obstinées, devient promoteur de l'inoculation contre la petite vérole, qui décime les populations et dont le roi Louis XV mourra en 1774. Il réussit à faire adopter cette méthode préventive, ancêtre de la vaccination, et se lance dans l'aventure avec une équipe de praticiens motivés qu'il forme à cette technique révolutionnaire. Elu membre de la Société royale de médecine (ancêtre de l'Académie de médecine), il est reçu par Louis XVI à Versailles qui lui décerne des lettres de noblesse en reconnaissance pour son oeuvre immense. Il décède à l'âge de quarante-huit ans, en luttant contre une épidémie. Il fallait réhabiliter dans la mémoire collective ce médecin au destin fascinant qui, une décennie avant le Britannique Edward Jenner et un siècle avant Louis Pasteur, ouvrit la voie à la prévention de masse contre les maladies infectieuses par la vaccination.
La vie sociale est un théâtre, mais un théâtre particulièrement dangereux. A ne pas marquer la déférence qu'exige son rôle, à se tenir mal, à trop se détacher des autres comédiens, l'acteur, ici, court de grands risques. Celui, d'abord, de perdre la face ; et peut-être même la liberté : les hôpitaux psychiatriques sont là pour accueillir ceux qui s'écartent du texte. Il arrive ainsi que la pièce prenne l'allure d'un drame plein de fatalité et d'action, où l'acteur-acrobate - sportif, flambeur ou criminel - se doit et nous doit de travailler sans filet. Et les spectateurs d'applaudir, puis de retourner à leurs comédies quotidiennes, satisfaits d'avoir vu incarnée un instant, resplendissant dans sa rareté, la morale toujours sauve qui les soutient.
Dans Fin de partie il y a déjà cette notion d'immobilité, cette notion d'enfouissement. Le personnage principal est dans un fauteuil, il est infirme et aveugle, et tous les mouvements qu'il peut faire c'est sur son fauteuil roulant, poussé par un domestique, peut-être un fils adoptif, qui est lui-même assez malade, mal en point, qui marche difficilement. Et ce vieillard a ses parents encore, qui sont dans des poubelles, son père et sa mère qu'on voit de temps en temps apparaître et qui ont un très charmant dialogue d'amour. Nous voyons deux êtres qui se déchirent, qui jouent une partie comme une partie d'échecs et ils marquent des points, l'un après l'autre, mais celui qui peut bouger a peut-être une plus grande chance de s'en tirer, seulement ils sont liés, organiquement, par une espèce de tendresse qui s'exprime avec beaucoup de haine, de sarcasme, et par tout un jeu. Par conséquent, il y a dans cette pièce - qui est à un niveau théâtral absolument direct, où il n'y a pas d'immense symbole à cher-cher, où le style est d'une absolue simplicité -, il y a cette espèce de jeu qu'ils se font l'un à l'autre, et qui se termine aussi d'une façon ambiguë parce que le suspense dérisoire de la pièce, s'il y a suspense, c'est ce fils Clov, partira-t-il ou non? Et on ne le sait pas jusqu'à la fin. Je dois dire aussi que c'est une pièce comique. Les exégètes de Beckett parlent d'un "message", d'une espèce de chose comme ça. Ils oublient de dire le principal, c'est que c'est une chose qui est une découverte du langage, de faire exploser un langage très quotidien. Il n'y a pas de littérature plaquée, absolument pas. Faire exploser un langage quotidien où chaque chose est à la fois comique et tragique.