Paru en 1941, et sommet de l'oeuvre du poète américain Robinson Jeffers, figure solitaire et sauvage des lettres américaines, Mara ou Tu peux en vouloir au soleil s'ouvre sur un ample roman en vers en 12 chapitres de Bruce Ferguson, éleveur et vendeur de bétail sur la côte californienne, qui incarne à lui seul la tension tragique de la poésie de Jeffers. Dans un monde de "nouvelles sales et sanglantes" , à mi-chemin entre le rural et la modernité, entre l'archaïsme et la radio, entre le cheval et la voiture, cette fresque familiale éclate à la fois sous la violence intime, couvée de jalousie, de mensonge et de silence, et le fracas de la montée au pouvoir d'Hitler et de l'invasion de la Pologne par l'armée allemande. Les grands incendies qui ravagent le paysage et les crashes de dirigeables semblent être la manifestation extérieure des pulsions destructrices qui animent ces personnages qui s'aiment et se déchirent dans l'espace exigu de leurs maisons en bois. Frères, parents, époux, amants, ces êtres qui ne savent pas comment ne pas se détruire, hantés par l'enfer, mais cet enfer simple de ceux avec qui l'on partage sa vie, sont des silhouettes nocturnes et dérisoires au bord du rugissement des vagues de l'océan, des remous de l'histoire. Pris dans cette atmosphère d'orages et de tempêtes, ils ne savent pas comment être libres, mènes une vie d'aveugle et de tempête, enfermés dans le piège des autres, où le seul antidote au poison du mensonge semble être le mensonge lui-même. "Personne ne connaît la différence entre le bien et le mal" dit Jeffers dans ce livre qui questionne la folie, la morale et la chute de l'occident, peuplé de spectres, d'apparitions et d'oracles. Mara est cet esprit qui guide et tourmente Bruce Ferguson qui comme la plupart des personnages du livres cherche la voix des morts, pour ne pas sombrer avec la civilisation qui s'effondre dans la guerre. L'humanité est maudite, piégée dans le cycle du "galop des mondes" , qui voit se substituer des vagues de destruction à des vagues de progrès, il en est ainsi depuis Alexandrie, depuis Rome, depuis Byzance. Race humaine qui a capturé tous ses rêves, "sauf la paix" et dont Jeffers, au fil de ces longs poèmes narratifs "douloureux à l'excès" , questionne la notion du sacrifice comme acte rédempteur ou de simple disparition ? Il aura trouvé sa réponse pour lui-même, dans un dernier éloge attristé de la solitude, débarrassé des hommes, à l'écart de toute guerre, entre montagne et océan.
Nombre de pages
136
Date de parution
17/06/2022
Poids
258g
Largeur
152mm
Plus d'informations
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EAN
9782877042451
Titre
Mara ou Tu peux en vouloir au soleil
Auteur
Jeffers Robinson ; Barnaud Cédric
Editeur
UNES
Largeur
152
Poids
258
Date de parution
20220617
Nombre de pages
136,00 €
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Jeffers Robinson ; White Kenneth ; Dumont Matthieu
Qu'est-ce qui fait qu'à Big Sur, les problèmes prennent un tour si dramatique ? Si l'âme devait se choisir un lieu pour mettre en scène ses agonies, ce serait celui-ci. Ici, on se sent exposé - non seulement aux éléments, mais au regard de Dieu. Nu, vulnérable, placé dans un décor écrasant de puissance et de majesté. Les récits de Jeffers sont empreints de tragédie grecque parce qu'il a redécouvert ici l'atmosphère des dieux et des destins qui a obsédé les Grecs anciens. La lumière est presque aussi électrique, les collines presque aussi dénudées, le peuple presque aussi autonome que dans la Grèce antique. Il fallait une voix pour faire entendre le drame secret des pionniers rugueux qui se sont installés ici. Jeffers est cette voix." Henry Miller
Vous craignez de prendre une décision, changer de travail, vous lancer dans un projet, demander une augmentation, mettre fin à une relation ? Vous ne vous sentez pas parfaitement épanoui... Le futur vous effraye... Ce livre vous aidera à identifier vos peurs et à les surmonter pour agir et ne plus subir. Les techniques mises au point par l'auteure vous permettront de faire le bon choix, découvrir tes pouvoirs de la pensée positive, la force intérieure, présente en vous, capable de métamorphoser votre existence. Une méthode simple et claire, des exercices faciles à suivre pour retrouver confiance en soi.
Un homme se met en route pour un lieu qu'il ne connaît pas. Un autre revient. Un homme arrive dans un lieu sans nom, sans indication pour lui dire où il est. Un autre décide de revenir. Un homme écrit des lettres de nulle part, depuis l'espace blanc qui s'est ouvert dans son esprit. Les lettres n'arrivent pas à destination. Les lettres ne sont jamais envoyées.
Pessoa Fernando ; Deluy Henri ; Hourcade Rémy ; Ho
Dans la mythique malle de Pessoa retrouvée après sa mort, parmi les milliers de manuscrits, une enveloppe, sur laquelle il est simplement écrit « Quatrains ». À l'intérieur de l'enveloppe, 325 poèmes. Les premiers datent de 1907 et 1908, et sont les tout premiers que Pessoa, âgé de 20 ans, écrit en portugais. Avant cela, il n'avait publié que quelques poèmes en anglais. Un acte de naissance donc, dans sa langue maternelle, pour celui qui a passé une grande partie de son enfance en Afrique-du-Sud, et qui dira plus tard que sa « patrie est la langue portugaise ». Mais la grande majorité des quatrains sont rédigés entre juillet 1934 et août 1935, soit à la toute fin de sa vie, Pessoa disparaissant en novembre 1935 à l'âge de 47 ans. Quatrains donc, tout simplement, et non pas « au goût populaire », sous-titre ajouté artificiellement par les éditeurs de la première édition portugaise, Georg Rudolf Lind et Jacinto do Pradho Coelho, et repris depuis. Précision inutile, dans le quatrain est constitutif de la culture portugaise. Pessoa le dit lui-même en 1914 : « qui fait des quatrains portugais communique avec l'âme du peuple ». Le mètre court, la rime, autant que le sujet, volontiers courtois, ancrent le quatrain dans la tradition de la « romance » et de la poésie des troubadours, « orale ou écrite, savante ou naïve », comme le souligne Henri Deluy dans sa préface. Pessoa s'inscrit donc ici dans une histoire ancienne, où s'épanouit toute la variété de son écriture. Dans ces poèmes où il apparaît et disparaît tour à tour, Pessoa joue avec une virtuosité absolue de la « gravité dans la légèreté » selon Deluy, brodant et répétant à l'infini les thèmes traditionnels de l'amour éconduit, des ?illets accrochés à la poitrine, des pots de basilic aux fenêtres, des peignes oubliés, des signes de la main restés sans réponse, des baisers refusés. Tout est vrai et tout est faux, la simplicité est complexe, la naïveté surjouée, la complainte se pare de mauvaise foi, on retrouve le goût de l'illusion cher à l'auteur aux multiples hétéronymes, qui sans cesse s'efface derrière son ?uvre, allant jusqu'à rejeter ici l'intime pour se fondre dans le grand mouvement collectif de l'identité portugaise. Poèmes d'amour, ces Quatrains sont avant tout un espace de jeu, où la beauté formelle, la mélodie, permettent seules de capturer la volatilité du sens, rejoignant là l?« Éventail » de Mallarmé. C'est comme danser autour de rien, « rien » qui est chez Pessoa, nous le rappelle Henri Deluy, « source et fin de toute chose ».
Comment se comprendre ? C'est la question que pose Hester Knibbe livre après livre. Par les mots, par les gestes, par le temps. Par l'observation des silhouettes dans la foule humaine, chaque être dans son destin, ses mouvements, sa douleur. Par intimité corporelle, par intimité du foyer. Par l'histoire, les coutumes et les pierres. En une suite de séquences qui sont autant d'approches d'une humanité infirme, Considérant la maison tente de frayer un chemin à travers le « multiple inintelligible » qui nous entoure, fait de ruines, de multitude, de symboles des plus anciens aux plus immédiats. Sourds et aveugles, chacun dans sa poussière ou son fardeau, nous cherchons « comment faire langue », inventons des jargons, nous approchons à tâtons, créons des espaces de proximité pour se comprendre, se déchiffrer, s'appréhender. Knibbe observe nos intimités de son regard qui se tient comme toujours dans son ?uvre sur une ligne de tension entre violence et douceur, entre tendresse et dureté. Ses poèmes portent une densité archaïque, tout ici est toujours très ancien, hérité des gestes des bergers, des artisans, des pêcheurs et des moines. La profondeur du passé transparaît dans les gestes les plus simples, dont la simplicité n'est pas altérée par le temps, alors que nous sommes soumis à la brutalité et à la soudaineté des départs, des disparitions, que la permanence du temps même ne peut empêcher. Au milieu de l'abandon et du silence, du danger et de la peur, la maison du titre apparaît comme un refuge précaire contre la cacophonie d'un monde qui compte « trop peu de bonheur pour chacun », où l'amour apparaît dans toute sa porosité, et sa corporéité, tant le rapport à l'autre est matière corporelle, entre contamination et sécrétion. Dans toute cette pesanteur du temps et des corps, la légèreté vient du rêve, et de cette drôle de distance entre l'âme et la chair, et si le rêve ne résout rien de l'énigme de vivre, il contribue à nouer « une alliance entre ce qui est et ce qui n'est pas écrit ». « Mon amour nous sommes sans réponse », dit Hester Knibbe, et c'est vrai. Mais dans cette succession infinie d'humains et d'animaux, de pierres et d'histoires, de vivants et de morts, l'amour est peut-être une réponse, l'amour est peut-être une maison.