Le Mérite et la République. Essai sur la société des émules
Ihl Olivier
GALLIMARD
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EAN :9782070784875
Extrait Extrait de l'introduction : 29 septembre 1889, l'Exposition universelle touche à sa fin. Dans la grande nef du palais de l'Industrie apprêtée par Lavastre pour le centenaire de la Révolution française, le moment est capital. C'est la remise des médailles. Au sommet de l'estrade, le président Carnot. Portrait en pied d'une République triomphante, il arbore le cordon en sautoir de la Légion d'honneur. Face à lui, un rideau s'ouvre pour laisser passer les délégations d'exposants. Venus du monde entier, les heureux élus défilent. Par ordre alphabétique comme il se doit désormais en démocratie : de l'Argentine qui ouvre le ban au Venezuela qui le ferme. Sur la toile, ont été délaissées les délégations les plus récompensées, comme la Grande-Bretagne ou les États-Unis, pour celles des colonies avec leurs bannières et tuniques flamboyantes. Comme si, avant même que ne s'accomplisse le geste souverain, celui de classer talents et mérites, une leçon devait être dispensée. Comme s'il fallait montrer que, dorénavant, la gloire acquise avait supplanté la gloire héritée. Le mérite ? Il est le fait d'hommes distingués. Non plus d'hommes distincts. Superposant les plans, enchevêtrant figures et surfaces, le peintre s'est aventuré plus loin. Si les honneurs peuvent circuler dans l'égalité, c'est qu'ils y forment, suggère-t-il, un moyen de gouvernement. Sur la toile, le trait est frappant. Le président de la République répand littéralement les distinctions. Image traditionnelle, objectera-t-on : celle de la sparsio romaine ou de la grâce monarchique tenant éveillée la convoitise. Sauf qu'ici la décoration ne se donne plus à voir. Nul bras qui se tend, nulle main qui se referme, pas même de médaille entrevue. Sous le pinceau, la décoration est devenue une machinerie abstraite. Derrière le parterre coloré des officiels, la voilà qui met en mouvement jurys et procédures, règlements et délibérations. En somme, toute une mécanique invisible mais qui va fabriquer, en ce dimanche automnal, plus de 33 000 titres de gloire : 903 «grands prix», 5 153 «médailles d'or», 9670 «médailles d'argent», 9323 «médailles de bronze» et 8070 «mentions honorables». Sans compter les 5 500 diplômes décernés aux équipes de collaborateurs qui avaient travaillé à organiser une telle distribution. Fête du progrès et du commerce, l'Exposition universelle pouvait le proclamer à la face du monde : la société de l'honneur n'est plus. Mais soyez rassuré : elle a été remplacée. Par une bureaucratie des honneurs. La déférence démocratique Que la distinction honorifique soit un attribut du pouvoir, on le savait. Distraitement. C'est le tableau d'Henri Gervex qui m'a invité à aller au-delà. Dans la Distribution des récompenses aux exposants par le président Sadi Carnot, à la suite de l'Exposition universelle, le 29 septembre 1889, le peintre assimile cette distinction à la baguette d'un puissant régisseur. Du coup, c'est tout un concept qui s'expose dans ce sentencieux décor, celui d'une émulation lancée à la conquête de l'univers. Bien sûr, on pourrait explorer ce motif par de simples réminiscences. Par exemple, l'inscrire dans la tradition des tableaux de libéralités, ces fresques édifiantes que les princes commandaient jadis pour fixer le souvenir de leur largesse. Faire hommage au mérite : n'est-ce pas une antique figure, celle de la dispensatio souveraine ? À moins que l'on préfère y voir une manifestation d'activisme commercial. Après tout, les expositions agricoles ou industrielles forment, depuis le début du XIXe siècle, un instrument de réclame. Et pourtant. Dans les deux cas, ce serait oublier l'arrière-plan qui sert au peintre de table d'orientation.
Nombre de pages
495
Date de parution
18/10/2007
Poids
660g
Largeur
139mm
Plus d'informations
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EAN
9782070784875
Titre
Le Mérite et la République. Essai sur la société des émules
Auteur
Ihl Olivier
Editeur
GALLIMARD
Largeur
139
Poids
660
Date de parution
20071018
Nombre de pages
495,00 €
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Louis Marie Bosredon ? Un caricaturiste, un graveur, un ouvrier, un catholique, un marchand de tableaux, un photographe... Engagé dans le Paris de 1848, ce touche-à-tout a oeuvré pour une autre représentation graphique et politique. Par des lithographies, des calotypes, des décors imprimés, bref par des images mécanisées, lancées toutes à l'assaut de la hiérarchie des arts. Soulever la pierre qui condamnait l'accès à cette vie, c'est sans doute commettre l'irréparable. Car Bosredon cherchait délibérément à rester inconnu. L'obscurité qui s'attache à ses oeuvres, il l'a recherchée. Et pour une raison simple. Il fut aussi un faussaire. Avec pour exploit d'avoir exposé, sous un nom d'emprunt, un portrait de Napoléon 1er, âgé de 16 ans. C'était au musée du Louvre. Oui mais voilà. A l'heure où le concept de gouvernement représentatif semble s'épuiser, comment continuer à taire l'intérêt qu'offrent ses dessins et ses convictions ? D'où ce livre qui invite, au terme d'une incroyable enquête, à interroger les fondements mêmes d'une forme de démocratie qui est aussi le creuset d'une culture visuelle. La trajectoire de ce quarante-huitard ? Elle n'est donc pas une biographie au sens classique du terme mais une véritable histoire sociale et politique. Celle d'un individu collectif qui fait découvrir les rêves ensevelis d'une République démocratique et sociale.
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L'oeuvre de Joseph Brodsky (1940-1996), lauréat du prix Nobel de littérature en 1987, a été en partie occultée en France par le destin du poète, symbole de la dissidence du régime soviétique. Pour rendre compte de sa poésie d'une extraordinaire virtuosité formelle, liant l'intime à l'épique, au mythologique, et à de constantes préoccupations métaphysiques, André Markowicz a composé un volume qui réunit les poèmes publiés dans la collection "Du monde entier" en 1987 et 1993, replacés ici dans leur ordre chronologique, auxquels s'ajoute une sélection de poèmes inédits en français.
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