Extrait Et soudain, terme de leur voyage, ils virent Avignon en face d'eux. Des rives de la Barthelasse, ils contemplaient, au-delà des eaux du Rhône, dans la lumière de la fin de l'été, ces pierres blondes qui étaient pour eux un héritage et une récompense. Le Pont d'Avignon... le Palais qui fut celui des Papes !... Dans le petit car blanc, plat de museau, ils étaient cinq. Deux garçons et trois filles, semblables à tous les étudiants qui descendent du Nord vers le soleil. Ils étaient propres comme du poisson frais. Ils étaient beaux. Leurs longs corps minces semblaient soigneusement polis comme des galets aimés de la mer. Avec leurs vêtements blancs, leurs casquettes ornées d'insignes universitaires, leurs écussons sur le coeur, ils étaient charmants. Et la joie se lisait dans leurs yeux. Des yeux extraordinairement bleus qui contemplaient le Pont Saint-Bénézet avec attendrissement, le reconnaissant comme s'il s'agissait d'une vieille personne de la famille dont on a beaucoup entendu parler mais qu'on n'a jamais vue. - As-tu le coeur ému ? demanda un garçon en s'adressant au chauffeur. - Terrible ! murmura le chauffeur avec le même accent délicieux et inimitable de ceux qui sont nés quelque part sur les rives de la Baltique. Le chauffeur était une jeune fille. Une de ces blondes fraîches qui vous donnent envie d'être malade pour être soigné par elle. Au milieu de l'émotion générale elle paraissait particulièrement émue. Elle avait ralenti. Tous regardaient Avignon. - Pont d'Avignon thaù kurli zö hart ! s'écria un garçon. Et l'allégresse submergea le petit car. Ils se levaient, s'embrassaient, riaient, chantaient pêle-mêle Auprès de ma Blonde, La Marseillaise, Sur le Pont d'Avignon, tandis que le joli chauffeur accélérait, riait et chantait avec eux. Hélas, la joie fut de courte durée, un silex ayant rencontré le pneu arrière gauche de leur véhicule qui soupira, tituba et s'immobilisa sur une pelouse rase qui sentait bon. Les cris de joie se transformèrent en cris de détresse. Une heure plus tôt, devant l'Arc de Triomphe d'Orange, ils avaient déjà crevé. Et ils n'avaient pas fait réparer le pneu car ils voulaient, ils devaient être à Avignon avant le coucher du soleil. Ils étaient tous descendus du car, un peu titubants de fatigue, secoués par le long voyage, déçus, dépaysés, si près du but et naufragés. Étrangers soudain. Une fille murmura : «Qu'est-ce qu'on va faire pour la Cérémonie, Koba ?» Tous se tournèrent vers celle qui, un instant plus tôt, tenait le volant : Koba. Koba avait l'air pensif et fronçait ses jolis sourcils, regardant alternativement ses mains déjà noires de cambouis et la masse du Rocher des Doms en face d'elle. Elle sentit tous les regards sur elle et sourit. - On va se mettre au travail ! annonça-t-elle avec bonne humeur en désignant la roue crevée. - Mais... dit quelqu'un. Gentiment elle balaya l'objection d'un nouveau sourire : - Je sais, la situation est fâcheuse, mais : sans essayer, n'aucun succès !
Quatrième de couverture Il la regarda avec un sourire. - Depuis combien de temps êtes-vous à Paris ? Michèle rougit. - Ça se voit tant que ça ? - Heureusement, dit-il. Avril 1982, je retrouve Michèle qui partait à la conquête de sa vie à la fin des années 50. Le décor a éclaté autour d'elle, entraînant dans sa chute tout ce qui était fragile. Un théâtre pelucheux, une directrice plus parfumée que compétente, des ludions qui furent à la mode... Mais le temps qui passe épargne l'amour. L'amour du théâtre. L'amour de la vie. L'amour. Tout court. Mais le temps qui passe éclaire à sa façon, sur fond rétro, avec une petite musique déjà historique, ce visage de jeune fille qui partait à la conquête de sa vie à la fin des années 50.
Félix, fils de Pauline est avant tout un roman d'amour entre une femme d'aujourd'hui et un homme de la Belle Époque.Tout commence en 1883, au pied de l'Aigoual, à Valleraugue, dans les Cévennes, le jour où Monsieur l'Instituteur rend visite aux parents de Félix. Jean le tailleur d'habits et Pauline la fileuse l'écoutent comme si c'était la République elle-même qui venait de s'asseoir au fond de l'échoppe et leur parlait dans toute sa majesté fraternelle. Ils savent déjà que c'est bien elle, la République, qui leur a dépêché son messager pour ouvrir à leur fils la voie royale du savoir.La narratrice n'a pas connu Félix. Elevée sur les bords de la Fontaine dans la splendeur romaine d'un empire défunt, elle l'a longtemps pris pour un dieu. Ce qu'elle nous raconte, ce n'est pas seulement la vie d'une famille mais nos racines profondes, la fin d'un siècle, le début d'un autre, l'époque où on croyait au progrès de l'humanité avant de pleurer les morts de la Grande Guerre... Ce n'est pas seulement un ancêtre et sa descendance qui se rencontrent au carrefour de la mémoire, c'est un homme et une femme qui se retrouvent dans la déchirure du temps.
Entre Nîmes et Montpellier, une grande vieille maison de famille attachante et délabrée, au milieu des vignes. C'est là que Ludovique passe l'été avec Jean, son mari, musicien, le piano à queue et les enfants. Tout baigne dans la grâce des paysages très anciens. Avec sa rivière ombragée de vieux arbres, sa longue allée de platanes, sa terrasse semée de vases d'Anduze, sa source où les Romains venaient boire, Foncaude est un paradis. La maison est envahie, des amis, des cousins débarquent, des étrangers s'incrustent et Ludovique accueille, sourit, astique, cuisine, pouponne, nourrit tout ce monde jusqu'au jour où, partie pour le supermarché, elle se retrouve sur une plage de son enfance, seule, égarée au Grau-du-Roi. Comment est-elle venue là ? Est-ce une fugue ? Est-ce le drame ? L'aventure ? Ludovique a besoin d'être sûre qu'elle existe, qu'elle n'est pas seulement un grille-pain, un lave-vaisselle, une cocotte minute, que ceux qu'elle aime la regarde encore. C'est une situation que les femmes, même heureuses, connaissent bien, et le récit tendre et drôle de Frédérique Hébrard les ravira... comme il ravira leurs maris, car cette histoire est avant tout un grand roman d'amour.
Le citoyen Laurent Lecointre a-t-il perdu la tête ? A quarante-sept ans, ce père de famille et négociant prospère, fournisseur de draps à la cour, a tout pour être heureux. Mais alors que les fiançailles de sa fille se dessinent, la Révolution française éclate. Et le bonhomme décide, sans crier gare, de se jeter dans la gueule du volcan. Patriote exalté jusqu'à la furie, créature de Mirabeau et Marat, persécuteur de Berthier puis de Beaumarchais, Lecointre n'a plus qu'une obsession : les affaires publiques. Porté au commandement de la garde nationale versaillaise, bientôt élu à l'Assemblée législative, l'ennemi des rois se transforme en tyran domestique et en accusateur public. Jouant avec la guillotine comme d'autres avec le feu, il déploie son tempérament excessif dans toutes les circonstances les plus graves de la période, des terribles journées versaillaises d'octobre 89 à la chute de Robespierre, cinq ans plus tard, en passant par le procès de Marie-Antoinette dont il est le premier témoin à charge. C'est l'itinéraire exceptionnel de ce personnage énigmatique, haut en couleur et attachant que Le Bouffon de la Montagne retrace. Des bancs enfiévrés de la Convention aux brumeux rivages du Cotentin où il est envoyé en mission, de la prison du Mont-Saint-Michel à l'exil dans la campagne briarde, l'épopée farcesque de Lecointre provoque le vertige par l'accumulation de ses authentiques péripéties. Et le roman de cape et d'épée se double donc d'une réflexion sur le revers comique d'une des plus tragiques périodes de notre histoire.
La vie d'Arnaud de Creully bascule en ce printemps 1134, quand, en regagnant son village, il aperçoit l'incendie ravageant la masure de sa mère qu'il est impuissant à tirer des flammes. Persuadé que l'insouciance de sa jeunesse est la seule responsable de sa mort, il fait voeu de silence et s'engage à accomplir le pèlerinage de Bayeux jusqu'à Saint-Jacques-de-Compostelle afin d'y obtenir le pardon de sa faute. Accompagné de Morel, son ami d'enfance, et de singuliers pèlerins compagnons de route, les étapes de son parcours seront émaillées d'aventures parfois émouvantes ou drôles et toujours pittoresques. Tout au long du chemin, il fera d'étranges rencontres dont une, celle de la douce Sabah, qui risquera de compromettre son engagement et "le Serment de Compostelle". Mais son pèlerinage accompli, reviendra-t-il finalement en Normandie, libéré de son lourd fardeau ...
Octobre 1493. Alors que Florence pleure Laurent le Magnifique, Milan connaît sous le règne de Ludovic le More un essor florissant, et bien des artistes de renom sont invités à la cour ducale. Léonard de Vinci partage son quotidien avec sa mère Caterina et son apprenti bien-aimé Salaï. Il travaille au gigantesque cheval de bronze qu'il a promis au duc de Milan pour honorer son père, Francesco Sforza, et doit affronter des problèmes techniques qu'il n'avait pas soupçonnés. Accaparé par d'innombrables projets, il confie les secrets de ses recherches à un carnet, fort convoité par certains.Quand un cadavre est retrouvé au milieu de la cour du château, Ludovic le More fait appel au génie multiforme de Léonard, comptant sur ses connaissances en anatomie et sur son intuition pour éloigner les soupçons de peste et démasquer le jeu d'intérêts croisés des Este et du roi de France, dans lequel banquiers et religieux ne sont pas en reste.Un roman historique plein d'invention, un voyage surprenant dans une des périodes les plus fascinantes de l'histoire italienne, la Renaissance.Marco Malvaldi est né à Pise en 1974. Il est l'auteur d'une série policière (La Briscola à cinq et Un tour de passe-passe), de romans policiers historiques et de livres de vulgarisation scientifique. Le Cheval des Sforza est un immense best-seller en Italie.Traduit de l'italien par Nathalie Bauer